Foix, ville cathare

110315118_10158160256032420_4039755788720478611_o.jpgOn parle souvent des immolations de cathares qui ont eu lieu à Montségur et à Lavaur – et on fait résonner dans la voix des trémolos d'Apocalypse, notamment face aux ruines qui semblent encore fumer des bûchers, ou retentir des cris des victimes. On maudit, volontiers, les seigneurs français qui ont supplanté les seigneurs locaux – les disant assassins d'une culture, d'une civilisation. Bref, on aime ressasser des malheurs.

Et il est vrai que la lignée éteinte des comtes de Toulouse fait entendre cet air, mais il faut savoir deux choses. La première est que la croisade contre les Albigeois a été lancée par le roi de France Philippe-Auguste, qui était un grand conquérant, comme l'indique son nom, et qui (si mes souvenirs sont bons) a aussi combattu le comte de Flandre, à qui il a arraché la Picardie, ainsi que l'Empereur, qu'il haïssait. La seconde est qu'il existe un endroit, en Occitanie, qui n'a pas été anéanti par les croisés, malgré la présence en son sein des cathares: le comté de Foix.

Cité par la littérature comme une spécificité remarquable, il a toujours fait vivre en moi une image singulière, comme le reflet d'un profond mystère – ou du moins d'un noyau secret, luisant, beau, magique! Je ne sais pourquoi l'expression comté de Foix signifiait pour moi quelque chose de grand – même si sans doute que la littérature classique, que j'ai beaucoup lue, en contienne mille échos suffit à l'expliquer. Car pour l'ancienne époque, notamment la Renaissance, le comté de Foix était digne et glorieux.

Or si on se rend à Foix et qu'on visite son château, on comprend pourquoi.

D'abord une remarque: le château de Foix était bien un château cathare, mais comme il est toujours debout, n'a jamais été détruit, on en parle peu ainsi, comme s'il fallait absolument que tout le catharisme ait été anéanti, immolé, martyrisé. Il y a comme un dolorisme qui s'appuie sur les cathares pour trouver à s'exprimer, et qui fait 00000.jpgpeut-être suite au dolorisme du culte marial, autrefois. On a le goût du martyre, même en dehors du catholicisme classique.

Se lamenter est facile, et même agréable. Foix demande qu'on se penche avec plus de précision et d'acuité sur l'histoire.

C'est du reste une sympathique jolie ville, typique, au pied de montagnes superbes – et elle figure comme un rêve, mais pyrénéen. Elle fait penser à la Suisse, ou à la Savoie. Elle garde l'entrée d'un monde, et ce monde est beau. Il reluit de la lumière céleste – toujours plus pure, sur les sommets, qu'en plaine.

Or le comte de Foix protégeait les cathares et combattait le roi de France et ses chevaliers aux côtés du comte de Toulouse et du roi d'Aragon, dont il était le double vassal. Il est attesté que ses proches (notamment les dames, sœurs ou épouses) étaient cathares, et qu'il reçut lui-même fréquemment à sa mort le consolament, seul sacrement cathare, et dont le rituel a été conservé.

Le comte de Foix avait quelque de chose de magique. Il gardait le passage entre la France et l'Espagne – ou le comté de Toulouse et le royaume d'Aragon. C'était lui, le fils chéri de Pyrène, l'immortelle déesse des Pyrénées!

Et il gouvernait Andorre, dont la principauté est tout ce qui reste de son autonomie ancienne.

Son comté a été rattaché à la France par Henri IV, roi de Navarre. Car les comtes de Foix étaient parvenus à se coiffer de la couronne de Navarre, royaume pyrénéen pendant de celui d'Aragon, mais lié aux Basques, non aux Catalans.

Que les Pyrénées aient contenu des royaumes et contiennent encore une principauté en dit long sur leur génie secret, leur feu spirituel, l'intensité du vent qui souffle sur elles – et j'en reparlerai à l'occasion, car je n'ai pas tout dit sur Foix, et ai peu parlé d'Andorre, que j'ai aussi visitée.

Je redirai seulement que Foix est pour moi la manière dont le catharisme a réussi à s'insérer dans l'histoire, à subsister dans la France des rois. Et qu'il ne faut pas seulement regretter ce qui aurait pu être, mais aussi voir ce qui s'est véritablement créé de nouveau, et de bien, au sein de l'évolution historique. Foix brille au regard intérieur en ce sens.

Les commentaires sont fermés.