CLXXV: la victoire sur le baron d'Abîme

000000.jpgDans le dernier épisode de cette geste suffocante, nous avons laissé le génie doré de Paris alors qu'il assistait au réveil d'une sourde menace des profondeurs qui s'attaquait, par violentes vagues, aux maisons de Paris, notamment celles des bords de la rivière de Seine. Nous disions que celle-ci d'ordinaire transportait des éclats lumineux qui rendaient vie à la pierre parisienne.

Cette nuit-là, toutefois, on eût dit que les fées de la Seine avaient été chassées de ses ondes, et que les avaient remplacées d'horribles monstres qui débordaient d'un noir venin, et détruisaient prématurément la ville.

Sous les coups de boutoir des flots en furie déjà les quais se morcelaient, avalés par la rivière avide, et des humains parmi eux tombaient dans la bouche tourbillonnante d'une entité dont il semblait que les algues douées d'âme n'étaient que les filaments durcis d'une infecte salive.

Car la Seine entière était devenue démoniaque – et aux Parisiens sa colère semblait venger ses longues humiliations, et les souillures innombrables dont l'avaient polluée les hommes. Et voici qu'elle se révoltait, et que dans sa rage elle se livrait à un esprit de l'abîme – fils de Mardon, et oncle de Fantômas l'Atroce.

Le Génie d'or à coup sûr devait dompter cette créature – d'abord en assaillant collectivement les monstres d'algues qui, lui livrant passage, lui servaient de hérauts. Car ils ne s'agitaient pas autrement que selon sa volonté noire – avides de sang et de mort, ils étaient seulement ses soldats innombrables. Dans l'ombre de sa gueule oblongue se cristallisaient-ils, et pour refermer la porte du néant dont il tâchait de sortir, le Génie d'or devait d'abord les massacrer.

Sans tarder il s'y employa, les accablant de ses traits de feu adombrés de vert, les transperçant et les tranchant, les consumant et les morcelant, tout rempli qu'il était de la force de Vénus – dont l'étoile était apparue dans le ciel et brillait, pâle et belle, au-dessus des flots agités de la Seine; et même elle s'y reflétait, y semant des flocons mauves.

Mais dans le bâton cosmique du Génie d'or les rayons de lumière étaient teintés de vert – et une terreur d'émeraude s'abattit ainsi sur les monstres d'algues, qui furent en peu de temps anéantis.

L'entité alors se retira. Elle sentait la puissance du Génie d'or – et la présence, derrière lui, d'une haute dame stellaire qui lui faisait peur, la tenait en respect – et qu'elle reconnaissait, dans le même temps. Elle savait qu'elle pouvait la meurtrir profondément, et que la vivante destinée des cieux la soutenait!

Sagement elle retourna dans les profondeurs du fleuve, dont les flots se calmèrent. Ils cessèrent d'avaler les façades qui bordaient la rivière, et la nuée de furies qui entourait l'entité rentra avec elle dans sa grotte inconnue, 0000000.jpgpour ne plus reparaître.

Le Génie d'or put alors sortir de l'eau, et dans la gerbe d'écume, retenu par la force du flot, il ne put aller aussi vite que d'habitude. Cela eut pour effet de le laisser voir, tiré par sa gemme étincelante qui lui faisait comme une étoile au-dessus de la tête – de le laisser voir, dis-je, par plusieurs Parisiens, qui s'étonnèrent de cette forme d'homme à la cuirasse dorée, au heaume noir et que ceignait une ombre verte que traversaient les rayons bleus de ses yeux étincelants. Ils crièrent au miracle, ne surent ce qu'ils voyaient, ni quoi en dire, et la rumeur en peu de temps traversa Paris.

Mais dans l'immédiat, comme plusieurs curieux, insouciants du danger, s'étaient amassés le long des berges et sur les ponts proches, une clameur se fit entendre, car le peuple spontanément reconnaissait en lui un sauveur, le protecteur céleste, l'ange de Paris, et l'être que tous attendaient depuis des décennies – parce qu'on avait proclamé que les protecteurs occultes n'existaient pas, mais qu'au lieu d'en éteindre le désir, cela l'avait sourdement embrasé.

Mais il est temps, dignes lecteurs, de laisser là cet épisode, pour laisser place au prochain. Alors, le robot vert enfin sera vaincu!

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