La vision de l'abbé Saunière et Marie-Madeleine à Rennes-le-Château

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On raconte* que Bérenger Saunière, le distingué curé de Rennes-le-Château, a vu un jour en vision Marie Madeleine dans une grotte proche – laquelle on peut distinguer depuis l'espèce de promenade fortifiée, ou belvédère, qu'il a bâti au sommet de la colline. Comme pour un château, il y a mis des tours, dont l'une s'appelle justement Magdala.

On a là une magnifique vue sur un grand plateau entouré de montagnes, et l'impression de l'infini est vive – et cette sorte d'immense cirque, de toute beauté, semble habitée par un esprit dont le corps serait de lumière, et remplirait le lieu de sa splendeur vive. On imagine, à la place de jambes, une robe de clarté recouvrant et bénissant tout – et des mains aux nombreux doigts s'étendant jusqu'à Rennes-le-Château, la touchant, la caressant.

Et c'est sans doute ce qui a fait naître cette vision de Marie-Madeleine – dont, pour l'abbé, cet être avait le visage tout simplement parce que son église lui était dédiée.

Ce qui ne prouve pas qu'elle y soit jamais venue. Il n'y a nul besoin, pour dédier une église à un saint, que celui-ci s'y soit rendu. Bien au contraire, les historiens ont tendu à établir que beaucoup de saints n'ont fait que donner un visage nouveau à une divinité antérieure, plus humain, plus prosaïque, plus clair – et en même temps plus moral: je ne le dis pas pour blâmer. Car après tout le saint et la divinité qu'il a remplacée peuvent habiter ensemble, dans la même étoile, sous la coupe du même ange.

Cependant, dans le cas de l'abbé Saunière, les choses sont simples, car les histoires paysannes parlent, pour la même grotte où il a eu sa vision, de fées malicieuses, appelées localement mitounes. Frédéric Mistral justement affirme que les fées vivent sous terre, et qu'on accède à leur règne par des failles dans la roche. Au fond, elles cristallisent la belle lumière des lieux jusqu'à lui donner forme. La Terre les emprisonne, et c'est le sens du mythe.

Et il est très probable qu'on ait confondu ces fées anciennes et Marie-Madeleine – ou, pour mieux dire, qu'on ait assimilé les premières à la seconde. Car le contraire n'est pas vraisemblable: Marie-Madeleine n'a pas pu être 0000.jpgprise pour une fée, car on attribue localement aux fées de mauvais tours, et quelle sainte en a jamais fait? La croyance aux fées, plus ancienne que la vision de Béranger Saunière, est au fond plus fiable.

Les mauvais tours des fées correspondent encore à ce qu'énonce Mistral, qui affirme que ces radieuses créatures sont devenues nuisibles après être tombées amoureuses de mortels, et que Dieu les a remplacées par ses anges pour cette raison.

Cela a ici du sens: la fée de la grotte a été remplacée par Marie-Madeleine, et l'ancien lieu de culte a changé, il se fait maintenant dans l'église, au vu et au su de tous, protégé par le seigneur du château. Le christianisme a eu cet effet. Il maintient à distance les fées devenues méchantes – ou les contraint à se faire douces, dans la lumière de l'église! Marie-Madeleine, depuis le ciel, a dompté les fées locales: c'est ce qu'on peut dire. Elles ont ainsi pris son visage, et c'est pourquoi Saunière les a prises pour elle.

*Certains le disent, mais il semble qu'ils l'aient inventé, et que Bérenger Saunière n'ait jamais eu une prétention pareille. C'est ce que m'annoncent des lecteurs de ce modeste blog. De fait, en cherchant ici ou là, il semble que la personne ayant eu cette vision serait plutôt une dame appelée Elizabeth van Buren, laquelle en a eu beaucoup sur Rennes-le-Château et Bugarach. Mais on peut comprendre qu'elle a eu aussi la vision de Saunière ayant la vision de Marie-Madeleine dans la grotte dite du Fournet, rebaptisée de la Madeleine par les adeptes de la dame en question, si j'ai bien compris la chose, si j'ai bien suivi le fil. Au reste, cela ne change rien au fond de mon propos. La vision de Marie-Madeleine a dans tous les cas été inspirée par les Mitounes. Et peut-être même celle de Bérenger Saunière ayant la vision de Marie-Madeleine! Elle aussi est inspirée par la vision d'une mitoune mâle adorant une mitoune femelle – et peut-être lui chantant des chants d'amour courtois. Car le modèle troubadouresque semble aussi venir des Mitounes – quoique pas forcément, pour le coup, celles de Rennes-le-Château.

Commentaires

  • Il parait que le rusé abbé se faisait des couilles en or en faisant la réclame dans les journaux de ses messes pour particuliers qu`on pouvait lui commander par la poste depuis toute l`Europe. Évidemment, pas la peine de dire les messes puisque c`était invérifiable. Avec le pactole récolté, le gaillard faisait notamment des virées régulieres dans les restos chics et les maisons closes huppées de Paris.

  • Et surtout il créait ou faisait créer de belles œuvres d'art dans son église et de beaux bâtiments dans sa paroisse, il était un chenapan de génie.

  • Vous qui aimez le mystere, Rémi, je vous recommande la quadrilogie de Philippe Cavalier "Le Siecle des chimeres". Une oeuvre de génie contemporaine totalement méconnue.

  • Ou un businessman éclairé. A-t-il au moins sa statue ou une rue à son nom ?

  • D'accord Jean Jarogh, je regarderai.

    Il a, Rabbit, un musée à son nom.

  • Le problème est de penser ou croire. Je préfère penser, imaginer, rêver, créer, être utopiste, écouter le silence, m'informer, m'instruire, chercher, entendre, écouter, sentir et ressentir, explorer, essayer, mettre la main à la pâte, sculpter, peindre, imaginer, palper, étudier bref que de croire bêtement aux fables royales. Bon, il faut des années pour s'apercevoir des manipulations lorsque bébé vous devez appartenir à une secte religieuse, à un clan. Il y a Athée et athée. Choisissez votre direction, mais en étudiant le pourquoi des croyances et des religions humaines. Stop ne demandez pas à un religieux, c'est un idiot. Il a participé à s'accaparer, voler le conscient et l'inconscient pour en faire un dieu, mais à sa façon. Attention la gangue des croyances est très difficile à casser tellement elle a été mise dans les profondeurs du cerveau encore inconscient des gamins. Normal leur cerveau est à cet âge, une éponge. Bien à vous....

  • Je ne crois pas, beaucoup de gens sont devenus athées après avoir reçu une éducation religieuse. On dit ça pour terroriser les éducateurs. Pour moi j'ai reçu une éducation athée qui n'a pas beaucoup respecté mon penchant naturel pour le monde des anges.

  • Si l`athéisme est la conviction que Dieu n`existe pas, c`est une croyance au meme titre que n`importe quelle religion.

  • Exactement. Charles Duits l'appelait même le culte du dieu sans tête. Donc, si les professeurs pouvaient être réellement neutres et cesser de s'en prendre aux enfants qui manifestent leur intérêt pour les dieux en s'imaginant dogmatiquement que cela vient de leurs parents, ce serait très bien.

  • J'ai reçu une "éducation" religieuse également et habité un presbytère. Par la suite,, une grande expérience de la vie en France et ailleurs, puis, une étude approfondie sur le pour quoi des croyances durant plus de dix années, avec des échanges et discussions avec des religieux, des religieuses, des sages, des scientifiques, des médecins, des égyptologues etc, je suis un Ahée convaincu.

    Considérer que l'athéisme courant simplet sans aucune étude sérieuse sur le pourquoi des croyances humaines, devient une croyance du même type que les croyances religieuses. Mais ça ne reste qu'un slogan vide de substance.

  • Vous voyez bien, Pierre Noël : c'est peut-être même votre éducation religieuse qui vous a rendu athée. Il n'y a donc pas de quoi s'inquiéter.

  • La tete me tourne quand je pense au nombre de dieux qui ont été, sont et seront adorés par des especes intelligentes rien que dans notre galaxie...

  • Oh que non, Athée.

  • "Si l`athéisme est la conviction que Dieu n`existe pas"
    Utiliser le terme de conviction dans ce contexte est mettre le pied dans un piège millénaire.
    Ce n'est que dans le domaine scientifique que l'on peut utiliser la logique et l'expérimentation pour nier quelque chose. De là à l'affirmer comme vrai il y on rencontre encore d'autres obstacles.
    Il vaut donc mieux s'en tenir à la définition d'athée qui utilise un a- dit privatif, ce qui donne au terme le sens de sans-dieu. Le fait qu'une majorité d'êtres humans croient (ou ont foi) en une ou plusieurs forces surnaturelles ou en un ou plusieurs dieux, n'empêche donc aucunement l'athée d'aller son chemin à travers la vie sans cette présence.
    De même qu'il ne devrait pas s'attirer la méfiance ou la haine pour ce choix, il ne devrait pas non plus éprouver ou manifester ces sentiments pour les croyants. Il est vrai que ce n'est pas toujours facile, tant l'histoire est chargée de méfaits et de crimes commis au nom d'une religion.
    Tant pis si certains ne peuvent l'admettre et préfèrent rejeter la faute soit sur une autre religion que la leur ou sur l'absence de religion, ce sont des faux-fuyants qui ne tiennent pas devant la vérité historique, même si de nombreux contre-exemples existent out aussi bien.
    En définitive il vaut mieux, pour ne pas ternir par la haine les qualités que l'on peut avoir, reconnaître et se réjouir du fait qu'il y a de vrais croyants sincères est prêts à donner leur vie pour leur foi et pour leurs "frères humains".
    Cela ne nous empêche pas de tout faire pour empêcher les autres, croyant ou non, de nuire autant que peut se faire, et pour autant que leurs actions sont justiciables de la loi civile. Entrer dans des débats sans fin et stériles sur l'existence de dieu (ou Dieu), le sens ou la valeur de leur foi. C'est une tâche qui doit leur être laissée. Travaille à nous améliorer peut suffire à notre tâche.
    Laissons les débats théologiques théologiens et retenons la leçon du paradoxe de Zénon: pour montrer que l'athée peut accomplir son trajet de vie il lui suffit d'avancer sans faillir jusqu'à son terme.
    P.S. Il va de soi que pour lui la vie ne peut avoir de but qui se situe au-delà, tout est à faire ici et là parmi et pour les autres "frères humains".
    NB Pour les amis de l'écriture inclusive, je note que dans l'expression utilisée ci-dessus il s'agit d'une référence littéraire dans laquelle *frères" ne dénote pas un des sexes.

  • @Mere-Grand Si l`on donne au mot athée le sens que vous dites de vivre en acceptant l`incertitude quant a l`existence et la nature de ce que l`on nomme Dieu, je suis moi-meme athée. Contrairement a l`attitude consistant a proclamer que Dieu n`existe pas et que les religions ne sont qu`une invention humaine, le fait de reconnaitre son ignorance et de l`assumer face aux difficultés de la vie est une sorte d`humilité et cela ne signifie nullement que les grands enseignants Moise, Bouddha et Jésus n`aient rien a nous apprendre.

  • @Jean Jarogh
    Je vous remercie de votre réponse.
    Vous ne résumez cependant pas tout à fait correctement mon intervention.
    Commençons par la fin:
    L'existence de dieu n'est pas nécessaire à la valeur des messages de Moise, Bouddha et Jésus. Ces messages resteraient même en grande partie valables si ces trois prophètes, messagers ou sages n'étaient pas croyants, comme le sont les messages d'autres grands personnages du passé.
    Je pense utile de distinguer "proclamer que Dieu n'existe pas", de "penser que dieu n'existe pas" et même de "croire que dieu n'existe pas". L'un suppose une certitude ou une quasi certitude, logiquement intenable, alors que les deux autres n'expriment qu'une opinion, qui se confronte à ce que les croyants considèrent comme une savoir ou même une certitude. Celle-ci se fonde sur une révélation, qui n'est pas non plus indiscutable et ne s'impose qu'à certains.
    Pour les autres, et donc pour la plupart des athées, l'origine de toutes les croyances, qu'ils s'agisse des mythes de création des aborigènes d'Australie ou d'Amazonie, ou des récits de déluges de Sumer, repris dans l'Ancien Testament, est à chercher dans l'imagination humaine, même si on peut parfois leur attribuer une part de vérité historique.
    Dans la mesure où ces récits et ces révélations ne sont pas des savoirs pour les non croyants, il est impossible d'y opposer des arguments autres que des contre-croyances, ce qui est à mon avis sans aucun intérêt ou utilité. Je ne prétends pas que cela n'ait aucun intérêt du point du vue du savoir quotidien qui anime nos discussions plus ou moins amicales, qu'elles se passent au bistro ou devant un lieu de culte. Ou même celles plus anciennes et plus essentielles, qui ont animé les soirées devant le feu où les ancêtres des sociétés sans écriture ont initié les plus jeunes aux vérités nécessaire à la cohésion et à la survie de leurs tribus. Actuellement et du point de vue de nos échanges, cela reste un passe-temps, sans autre.
    Etes-vous athée, comme vous le "proclamez"? A mon (humble) avis, vous l'êtes si vous vivez votre vie sans vous référez à dieu (Dieu), sans y chercher le réconfort contre les vicissitudes de l'existence et si vous acceptez l'idée que tout ce que vous avez de vie se passe ici-bas, pour le meilleur et le pire.
    Vous êtes même un très bon athée si vous essayer de mettre vos forces au service de l'humanité ici-bas et maintenant, dans la mesure de vos possibilités et de vos forces, même s'il s'agit de reprendre une partie du Serment d'Hippocrate (qui semble avoir été repris par le Dalaï Lama): ne pas nuire.
    P.S. Veuillez me pardonner mon ton doctrinal, qui est plus un reflet de style que le reflet d'un ego qui serait surdimensionnée.

  • Gap. Car gap il y a, entre cette note et now en nos contrées.

    Ce matin, une Française, pro en quelque chose et invitée à ce titre sur les ondes de notre coûteuse TSR la 1re, disait, au sujet des relations UE-Suisse:

    "faut arrêter de couper les cheveux en 4".

    Foin de ces abbés subsistants d'un passé non reproductible et leurs moinillons.
    On parle d'une politicienne Française lancée-nommée par les LREM à l'UE, Valérie Loiseau.

  • Le monde imaginaire de Rémi Moginier est peuplé de créatures qui sortent plus du casting d'un film d'Heroic Fantasy que de l'organigramme de l'une ou l'autre des religions du Livre. On a beau y voir quelques anges venus à tirer d'aile faire le coup de main contre un monstre sorti d'un univers parallèle ou Marie de Magdala fuyant les conspirationnistes de l'édition, ce n'est pas ici que l'on apprendra si Dieu est CEO d'une multinationale américaine ou l'inventeur chinois du téléphone quantique. À ce propos un proverbe local pour parvenir à maîtriser ses spéculations métaphysiques: 学然后知不话足 (plus on étudie, plus on voit que l'on ignore de choses).

  • Merci Rabbit, j'aime ces figures de fantasy que vous créez sur le modèle des miennes - même si, pour Marie de Magdala, j'aurais ajouté que, tout en fuyant, elle envoyait, de sa main vers l'arrière, des traits d'or abattant les démons du conspirationnisme, nombreux mais pas si forts, face à ses prodigieux pouvoirs, qu'elle ne puisse en venir à bout, si elle prend soin de les séparer grâce à sa fuite. Car leurs vitesses ne sont pas les mêmes. En outre, bien qu'amateur surtout de poésie mythologique, je connais assez bien la Théologie pour dire que Dieu est partout, et que la question est de savoir comment il est ici ou là, sous quelle forme: ange? démon? A cet égard il ne faut jamais généraliser, même s'il existe des effets statistiques. Chaque situation, et donc chaque entreprise, chaque théorie, chaque technique est différente.

  • A propos des divinités a qui l`imaginaire des Hommes a donné vie et qui ne veulent pas mourir meme apres qu`on les aient oubliés, il vaut la peine de lire "Malpertuis", le petit chef d`oeuvre de Jean Ray, lui-meme hélas tombé dans l`oubli, dont ce fut le premier roman (1947).

  • "Si l`athéisme est la conviction que Dieu n`existe pas"


    Dieu existe car l'ignorance existera toujours et Dieu est Ignorance.
    Ne pas reconnaître une humiliation lorsque un de vos semblables vous la fait subir est ignorant.

  • Ce qui est bien avec ce genre de discussion sur le sexe des anges ou la réalité du divin c'est qu'elle promet d'être longue et riche.
    Sans vouloir mettre tout le monde d'accord, je pense qu'on pourrait commencer par rappeler la sagesse ancestrale des Vedas avec cette phrase de l'Upanishad : Tat Tvam Asi qui pourrait se traduire par " Je est Dieu".
    Mais quoi de mieux que cet extrait de son ouvrage à venir, que nous attendons tous impatiemment, de Mario qu'il avait publié sur mon blog pour nous déniaiser, tous tant que nous sommes :

    •Début de citation (c'est Jésus qui s'explique, répondant à une question de Darius Rochebin dans le cadre de l'émission «Pardonnez-moi»)

    •(...) Une voix intérieure m’invitait à partir à la recherche d’un autre Père, d’un Père qui saurait alléger les souffrances d’un enfant brimé et répondre aux aspirations d’un adolescent porté à l’exaltation et au mysticisme. “Il sera pour moi un fils et je serai pour lui un père", se mit à murmurer la voix en enchaînant en boucle, de sorte que je pouvais tout aussi bien entendre: “Je serai pour lui un père et il sera pour moi un fils”. Nul doute, dans mon coeur meurtri de misérable bâtard, qu’une promesse m’était adressée et que cette promesse annonçait un bonheur parfait, exclusif. Je suivis donc cette voix, qui me guida sur la voie d’un Père attentionné, chaleureux, juste et tolérant. Celui qui s’imposa à moi se révéla si bon, si doux, si affectueux, si compréhensif, si charitable et si protecteur que je fus bientôt submergé par un torrent d’amour. Je me précipitai dans ses bras avec toute l’ardeur de mon âme innocente et il devint mon réconfort, mon support, ma force, ma source vive. Plus tard, devenu adulte, je compris que ma mission sur Terre consistait à faire connaître ce Père idéal à mes semblables, de manière à ce qu’ils puissent, eux aussi, bénéficier de sa mansuétude et de son amour sans faille. À l’évidence, une force supérieure m’avait chargé de les convertir à cette version revisitée du Dieu de leurs ancêtres, à ce Dieu de paix. J’avais été élu, pensais-je. L’Émissaire, l’Envoyé, celui dont les Écritures hébraïques avaient annoncé la venue, c’était moi - j’en étais convaincu. Plus je lisais et relisais certains passages du Tanakh, plus il devenait évident qu’ils avaient été rédigés à mon intention. Ce “germe”, ce “serviteur”, ce Fils tant attendus - tout cela résonnait en moi comme un appel venu d’en haut: j’étais destiné à devenir le vin nouveau, le “bon vin” qui allait régaler les invités aux noces de Cana. Je me mis donc, comme beaucoup d’autres en ce temps-là, à voyager et à prêcher et, en maints endroits (surtout dans les campagnes), il se trouva du monde pour manifester de l’intérêt, voire de la sympathie pour ma doctrine. “Oui, «le Seigneur que vous cherchez, le messager de l’alliance que vous désirez», c’est moi”, me hasardai-je un jour à proclamer. Beaucoup se laissèrent convaincre, au point que quelques inconditionnels imaginèrent, à mon corps défendant, de me faire monter sur le trône de David. Cette proposition suscita des remous et finit par m’attirer la haine du plus grand nombre. S’ensuivit pour moi et pour ceux qui me faisaient cortège une suite d’épreuves qui me rapprochèrent encore plus du Dieu auquel je m’étais attaché. Au cours de cette période, je me sentis si proche de ce Père d’amour et de consolation que j’acquis la conviction de ne faire qu’un avec Lui . Comme si, à force de subir sa présence rayonnante, sa lumière aveuglante , sa chaleur incandescente, j’avais fini par me fondre en Lui... Oui, je le confesse: aussi invraisemblable que cela puisse paraître, j’étais persuadé d’être devenu Dieu. Ou, ce qui revient au même, que Dieu s’était incarné en ma personne. J’y croyais. J’y croyais dur comme fer. Dois-je m’en repentir? Maintenant que j’y repense, je me rends compte d’une chose: vers la fin, je ne m’appartenais plus, je ne me contrôlais plus. J’étais (comment dire?) - j’étais comme habité, envoûté, possédé. Peut-être bien que je délirais. Mais je crois plutôt que c’était un mélange de clairvoyance et de délire, de lucidité et de folie. Comme si j’étais à la fois moi et quelqu’un d’autre. À ce propos, je me souviens avoir un jour tenu le discours suivant à mes disciples:
    •"En vérité, en vérité, je vous le déclare, de même que Dieu est en l’homme, de même l’homme est en Dieu. Car qu’est-ce que Dieu, si ce n’est l’homme? Et qu’est-ce que l’homme, si ce n’est Dieu? Ne vous ai-je pas enseigné que j’étais dans le Père et que le Père était en moi? Que j’étais Fils de Dieu et Dieu moi-même? Que le Fils était indissociable du Père et le Père indissociable du Fils? En écoutant mes paroles, vous vous êtes imaginés que j’étais différent des autres hommes, différent de vous. Eh bien non, détrompez-vous! Je ne suis pas seul, beaucoup s’en faut, à demeurer en Dieu ! Et Dieu, qui vit en moi, ne réside pas uniquement en ma personne! La vérité, c’est que chaque être humain sur cette Terre est à la fois Fils de Dieu et Dieu soi-même. C’est ainsi que le Père vit dans le Fils et que le Fils vit dans le Père. Et c’est ainsi que le Père connaît le Fils et que le Fils connaît le Père. Car que serait le Fils sans le Père, je vous le demande? Et que serait le Père sans le Fils? Mais je suis bien sot de vous poser ces questions: vos bouches bées disent assez combien elles vous dépassent. Et pourtant vous demeurez tout ouïe car vous avez faim et soif de vérité. Or, “quiconque est pour la vérité écoute ma voix”. Vous auriez depuis longtemps abandonné ma compagnie si ma parole n’était pas “pleine de grâce et de vérité”, si je n’enseignais pas la voie de Dieu en toute vérité et si je n’étais pas “le chemin, la vérité et la vie”. Si vous continuez à me suivre, si vous me restez fidèles, c’est parce que mon discours est plus nourrissant que le pain bénit et plus désaltérant que l’eau des bénitiers. Alors, écoutez – écoutez ce que je vais vous dire. Écoutez-moi et comprenez:
    •nous tous – nous tous ensemble – sommes Dieu, à la fois unique et infini.
    •Que cette phrase s’inscrive au fronton de votre esprit et je n’aurai point prêché dans le désert. Vous m’êtes témoins que j’ai toujours affirmé: “Je suis dans le Père et le Père est en moi”. Mais n’ai-je pas aussi déclaré que vous étiez en moi et que j’étais en vous ? Il s’ensuit que Dieu est en chacun de nous et que chacun de nous est en Dieu. Tous, tant que nous sommes, nous vivons en Dieu, nous sommes Dieu. Jusqu’ici, je vous ai enseigné que tout ce que possédait le Père était à moi. Maintenant, je vous le déclare, afin de dissiper tout malentendu: tout ce que possède le Père vous appartient, à vous autant qu’à moi. Car tout ce qui est à moi est à vous; de même, ce qui est à vous est à moi. Lorsque j’affirme: tout ce qui est à moi est à Dieu, et ce qui est à Dieu est à moi, j’ajoute aussitôt: tout ce qui est à vous est à Dieu, et ce qui est à Dieu est à vous. Car, de même que je suis un avec le Père, de même vous ne faites qu’un avec lui. Ainsi le veut le grand principe universel selon lequel le Tout est dans l’Un, et l’Un dans le Tout.
 Tout cela vous est révélé, à vous mes disciples, afin que vous sachiez que le vrai Dieu est sans commune mesure avec cet être cruel et sanguinaire imaginé par vos aïeux, avec cette créature diabolique qui se terre dans les cieux pour mieux terrifier la terre, avec cet oppresseur funeste que vous craignez au point d’en être paralysés. Ne voyez-vous pas que celui que vous situez dans le ciel est au milieu de vous ? Le temps est venu de reconnaître que «le royaume de Dieu est au-dedans de vous». Car, soyez-en certains, le véritable Dieu ne réside pas dans un Empyrée hypothétique et lointain, pas plus qu’il n’a élu domicile dans un temple: s’il vit, c’est à l’intérieur de nous-même, dans nos coeurs, parce que nous l’y avons fait entrer . Et chaque fois que Dieu est présent dans le coeur de l’homme, l’homme ne fait qu’un avec Dieu. Un comme union, un comme communion."

    •Fin de citation

Écrit par : Mario Jelmini 22h22 - mardi 06 mars 2018

  • Malpertuis n'est pas trop oublié... sauf par les inspecteurs qui ne le mettent pas dans les programmes ! Chef-d'œuvre bien sûr.

  • Bsr, l'affaire de Rennes LE Château est résolue...

    Et cela ne parle pas d'un trésor mais de secret.s...

    Preuve en est Marie Denarnaud était sans un sou....

    Ne cherchait plus...

  • "Malpertuis"

    En fait, je pensais à Peter Pan (l'abbé Saunière) et clochette (Marie-Madeleine) au Pays imaginaire , mais le manoir de Jean Ray sied très bien à la préservation et l'entretien des mythes, à la façon des châteaux écossais.

  • Tout à fait!

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