CLXXVII: l'épisode du robot bleu

eternals-640x361 (2).jpgDans le dernier épisode de cette geste étrange, nous avons laissé le gardien secret de Paris appelé Génie d'or alors qu'il venait de vaincre un nouveau robot de Fantômas et s'être lui-même soigné des plaies qu'il en avait reçues.

Il tourna le regard vers le nord; au-dessus des immeubles de la rue Reynouard la tête d'un robot bleu se voyait, dépassant des toits. Il faisait trembler le sol bétonné à chaque pas, et détruisait en passant, de ses gros poings carrés, les beaux édifices s'élevant à droite et à gauche de son chemin fatal. Dans une pluie de débris ils s'écroulaient, soulevant des nuées de poussière et créant un fracas terrible; et, quand son coup se contentait de s'enfoncer dans une façade sans y faire rien d'autre qu'un trou, il complétait son œuvre de destruction rageuse en assénant un grand coup depuis les hauteurs, en plaçant son poing derrière lui. Et alors les immeubles s'en écroulaient d'autant plus vite, et on voyait les habitants qui n'avaient pas pu fuir tomber avec les gravats ou être éjectés et propulsés à la façon de pantins. Leurs cris mêmes, horrible chose à dire, étaient noyés dans le tonnerre des bâtiments ruinés, et leurs vies semblaient ne plus signifier rien.

Parfois aussi il lançait, après avoir pris de l'élan, son énorme pied à la base des édifices, puis les achevait d'un coup d'épaule. Et ils s'en effondraient plus effroyablement encore, tuant et broyant, écrasant et assassinant, à la façon d'un monstre de l'enfer que l'art mécanique serait parvenu à matérialiser, après qu'ils avaient été rejetés dans l'abîme par Hercule et les autres héros, ou même les saints de la religion du Christ. Car on dit que non seulement le roi Arthur abattit dans sa jeunesse un ogre qui infestait le Mont-Saint-Michel, mais que Charlemagne tua des géants en Occitanie, et saint Louis abattit un minotaure en Aragon, saint Marcel un dragon à Paris, et que sainte Geneviève chassa les gargouilles qui infestaient la Seine, et que, durant des siècles, grâce à l'action de ces preux chevaliers du vrai Dieu, les créatures de l'enfer se sont cachées, rejetées, confinées dans les profondeurs. Mais enfin, l'art magique de la technologie leur a donné un nouveau corps, une nouvelle voie de sortie, car il leur a permis d'agir sans rompre le serment qui les maintenait sous terre. En effet, les machines mêmes étant faites de matière terrestre, et étant animées par de l'énergie terrestre, les démons, dit-on, ont le droit de s'y lover, et par elles d'agir à la surface, rendue perméable à l'abîme eternals-makkari-header.jpgpar l'invention de ces engins du diable.

Mais d'aucuns, je le sais, n'hésitent pas à qualifier ces idées de superstitions, affirmant que ces monstres jamais ne furent, alors même que le Génie d'or, il y a de cela de nombreux siècles, les a directement combattus en compagnie de sa mère la nymphe Sëgwan, guerrière accomplie qui sortait de la rivière de Seine tout armée, quand elle combattait les ogres. Il reconnaissait, dans les monstres de fer auxquels il s'opposait, la présence des mêmes larves horribles qu'il avait dû, en un autre temps, abattre, et qui avaient fait naître la légende des monstres abattus par des saints et des héros, dont il était en réalité le parangon et l'archétype, lui-même!

Or ces robots immondes, aberrations de la nature suscitées par l'ignoble Fantômas, préparaient la venue de ténèbres plus profondes, car ils rompaient les sortilèges qui les avaient maintenus dans les profondeurs, et il faudrait, un jour, revenir les affronter. Mais pour l'heure il suffisait bien d'observer ce robot bleu qui ruinait Paris dans son arrondissement seizième, et faisait fuir les foules devant lui dans l'épouvante.

Mais il est temps, lecteurs, de laisser là cet épisode pour renvoyer au prochain, quant à cette effroyable histoire qui voit massacrer sans rémission les malheureux Parisiens.

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