Le Père Noël à Bugarach (6)

00000000000.jpgDans le dernier épisode de cette surprenante série de Noël, nous avons laissé l'Homme-Corbeau, gardien secret de l'ancien comté du Razès, alors qu'il s'élançait vers le pic de Bugarach où on l'avait prévenu qu'était vicieusement ligotée la pieuse innocence du Père Noël.

Ayant profondément foi en sa bonne fée – qui, étoile singulière brillant de son éclat particulier, était dans le ciel de la suite de sainte Marie Madeleine –, il arriva à toute allure en vue du Père Noël enchaîné et comme cloué à la paroi du pic de Bugarach par le doigt pareil à un câble de l'horrible Bug, lamentable troll. Il se dit qu'en fait sa tâche serait peut-être aisée: rien ne semblait pouvoir l'empêcher d'arriver jusqu'au bon saint Nicolas – tout était calme et sans obstacles, sans ennemis, sans défenses manifestes.

Il se plaça bientôt près du saint patron des enfants, et lui parla, lui demandant si cela allait. Le malheureux leva la tête, et l'Homme-Corbeau eut un frisson: son regard était vide, comme si son âme avait été complètement bue.

Comment cela était-il possible? Il essaya de réveiller son esprit, lui mit la main sur l'épaule – mais le saint aux dix mille cadeaux ne fit que tourner mécaniquement la tête vers la main posée, comme s'il ne comprenait pas la sensation causée par elle, puis recommença à regarder de son air vide son sauveur, avant de baisser à nouveau le front, comme s'il ne signifiait absolument rien pour lui.

L'Homme-Corbeau se dit: «Quel est ce mystère? Ne reste-t-il plus, sur ce plan terrestre, de cet homme qu'une coque vide? L'âme du Père Noël a-t-elle été bue, 000000000.jpgdéjà, par l'horrible Bug? Quoi qu'il en soit, commençons par trancher ce long doigt rouge infect, qui maintient ici le Père Noël prisonnier.»

Il se concentra – et un fin rayon blanc de feu cristallisé sortit de la pierre d'opale qu'il portait au front, pour toucher le doigt qui ligotait le Père Noël comme un lasso – entrant dans sa chair, et qui maintenait aussi, dessous, le traîneau suspendu dans les airs, avec les rennes qui beuglaient de temps en temps, mais étaient globalement inertes et effrayés, attachés au traîneau par le timon. Tout de suite, une fumée âcre s'éleva dans les airs, et le doigt tressauta, laissant couler un sang noir. On entendit un cri de rage à l'intérieur de la montagne, et la paroi trembla.

Mais il est temps, chers amis lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant au récit de la bataille entre Bug et Arach et l'Homme-Corbeau, gardien saint du Razès immortel.

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