Le Père Noël à Bugarach (9)

000000000000000.jpgDans le dernier épisode de cette mini-série auguste, nous avons laissé notre récit alors que nous racontions comment l'Homme-Corbeau, gardien secret du Razès, avait acquis l'opale jeteuse d'éclairs blancs dont il ornait son front.

Et c'est par cette arme sainte qu'il venait d'anéantir le second doigt de l'horrible Bug, qui en hurla désespéré. Et Arach se fit entendre: il se fondit en insultes obscènes – auxquelles, grave, l'Homme-Corbeau ne répondit pas. Mais il recueillit le Père Noël et son attelage qui menaçait maintenant de tomber, puisque le doigt-câble de Bug ne le retenait plus, et l'emporta au bord du lac de Bugarach, récemment creusé. Il pensait, ainsi, que les rennes pourraient se calmer, se rassurer, boire, reprendre souffle, et il espérait que le Père Noël aussi reprendrait ses esprits. Il se pencha sur lui au doux son du clapotis de l'eau froide, en cette nuit étoilée d'hiver. Mais le regard de saint Nicolas restait toujours vide. Son âme avait réellement été volée, l'avait été complètement.

L'Homme-Corbeau, comprenant qu'il n'y avait rien à faire – et voyant que les rennes, calmement, buvaient à présent l'onde du lac –, se dressa, et son regard ardent jetait des éclairs, et il serrait les dents de rage, de dépit, et l'esprit de la vengeance monta en lui des profondeurs, et le remplit d'un feu noir.

D'un coup il déploya ses ailes, immenses dans la nuit, faisant ombre aux étoiles, et on les entendit claquer. Plus d'un habitant crut à un coup de canon. À un avion défiant le mur du son. Quelques illuminés pensèrent à une nouvelle soucoupe volante; quelques révoltés maudirent l'armée française et ses machines de mort; quelques angoissés se crurent spécialement visés par un obus prochain; quelques exaltés imaginèrent une attaque des Russes. Mais ce n'était que l'Homme-Corbeau qui prenait son vol, furieux, avide de vengeance, indigné, pressé de châtier justement les deux trolls coupables d'un horrible crime.

À la rigueur, celui qui aurait conçu une étoile filante frappant l'air de sa célérité aurait été davantage 00000000.jpgdans le vrai, car, né une seconde fois des anges et en particulier d'Isis, l'Homme-Corbeau avait, dans sa nature, un rapport étroit avec les météores. Mais celui-ci parlait, avait une voix; car c'est en criant sa haine qu'il se précipita vers la falaise du pic, annonçant aux deux malfaiteurs leur mort prochaine.

Mais il est temps, chers, dignes lecteurs, de laisser là cet épisode terrible, pour renvoyer au prochain, quant à l'affrontement fatal entre l'Homme-Corbeau et ses deux ennemis affreux.

Les commentaires sont fermés.