Rudolf Steiner et les Cathares

00000.jpgHarvey Spenser Lewis (1883-1939), le fondateur du Mystique et Ancien Ordre de la Rose-Croix, énonçait que Rudolf Steiner, par ses propres vertus, était parvenu à saisir des secrets rosicruciens dont lui, Lewis, connaissait l'authentique tradition. C'était agréable et sympathique, mais personnellement, je préfère les génies qui trouvent les choses par eux-mêmes aux philosophes qui conservent par devers eux les traditions symboliques et initiatiques. Je pense qu'ils sont plus fiables, puisque, comme le disait Voltaire, les traditions ne sont souvent que de vieux abus. 

Et puis les dieux peuvent changer: évoluer. Saint Augustin le disait: de l'Ancien Testament au Nouveau, Dieu avait changé les lois – avait changé de visage, de personne. Du Père on était passé au Fils, pour ainsi dire. Et qu'est-ce qui permet de s'en apercevoir? Le Saint-Esprit. Et où se dépose-t-il? Sur les individus géniaux.

H. S. Lewis ajoutait que Steiner savait que, au Moyen Âge, la vraie sagesse était dans des groupes combattus par l'Église catholique, les Templiers et les Cathares. Et, certes, on ne peut pas nier que Steiner ait vigoureusement condamné l'attaque, par Philippe-le-Bel, des Templiers. Pour lui, ceux-ci adoraient noblement le véritable Christ, et le roi de France était démoniaque. Dante avait les mêmes idées: cela apparaît, dans la Divine Comédie. Et Steiner saluait dans ce poème une inspiration véritablement initiatique.

Mais il faut nuancer – comme toujours avec Steiner. Car il admettait aussi que la spiritualité des Templiers avait quelque chose de dépassé – de luciférien, comme il disait, entendant par là un mysticisme excessif, tentateur et illusoire. Et on retrouve là saint 00000000000000000000000.jpgThomas d'Aquin, dont il se réclamait essentiellement – on le retrouve dans son rejet du mysticisme oriental, mêlant illusoirement l'adoration de Dieu au sensualisme. Steiner admet que, à la fin du treizième siècle, ce qu'avaient si hautement vénéré les Templiers n'était plus ce qu'ils croyaient voir. Qu'il y avait un décalage entre le Christ et l'être de lumière qu'ils adoraient, pour ainsi dire. Léger, mais réel.

L'Église catholique accuse l'Anthroposophie d'être gnostique, et on pourrait croire que l'Anthroposophie assume ce reproche. Il n'en est rien. Dans ce que j'ai pu lire, Steiner dit bien que la Gnose venait de traditions antérieures au Christ, et donc, à ce titre, ne le comprenait pas de façon parfaite. Qu'elle le confondait avec des concepts dont elle ne voulait pas se séparer. Ce n'est pas qu'il ait jamais justifié aucune violence, contre les gnostiques ou leurs héritiers, mais qu'il admettait simplement leur caractère déviant, non chrétien au sens pur.

Et ce n'est pas, non plus, qu'il ait approuvé l'Église catholique dans toute sa théologie théorique: pas du tout. Il lui reprochait notamment d'avoir confondu l'âme et l'esprit, pour lui distincts. Mais je n'ai pas lu qu'il ait tellement soutenu la Gnose: non. Or, beaucoup se réclament de lui comme si c'était le cas, se fiant peut-être aux accusations fausses de l'Église catholique à son encontre.

On peut à mon avis en tirer que le gnosticisme oriental des Cathares n'aurait pas reçu sa totale approbation, et qu'à cet égard il était, encore, dans la tradition de saint Thomas d'Aquin, et aurait démenti sa complète union de pensée avec Déodat Roché (dont j'ai parlé une fois récente) – même si celui-ci se réclamait de lui.

Commentaires

  • Nous voilà enfoncés une fois dans plus dans les catacombes de la linguistique christique, 99% de la terminologie chrétienne est biaisée, corrompue par ces sophismes imposés et entretenus par des dogmes, la raison pour laquelle aucune forme d'ésotérisme ne pourra jamais s'enraciner dans cette mystique issue d'une catéchèse infantilisante , soyons sérieux !

    Premièrement, le chapitre ouvert au travers de cette note du blog de notre chers Rémi, relate plus de l'histoire de France que du christianisme, en ce qui me concerne, il n'y a pas de christianisme, mais il y a DES christianismes, chacun élevé autours de pouvoirs, souvent ennemis et l'église s'est imposée à cette époque par le truchement d'alliance et de jeux de pouvoirs.

    Il n'y a rien de spirituel dans ces déboires, ce n'est que du politique.

    Quand aux Cathares et aux templiers, ces deux phénomènes sont devenus des écrans aux hypothèses inconnues à leurs époques, il ne s'agit que de développement inventés ultérieurement à ces pages de l'histoire.

    Le terme "cathare" est très récent, il a été inventé au 20ème siècle, on ne retrouve aucune allusion de "Cathare" avant le 20ième siècle !

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