Le Père Noël attaqué à Bugarach (13)

000000.jpgDans le dernier épisode de cette étrange et singulière série, nous avons laissé l'Homme-Corbeau alors qu'il venait de voir d'horribles formes noires se détacher d'une porte qu'il avait crue faite de matière dure et solide.

Il s'agissait d'araignées grosses, lentes, silencieuses, effrayantes, se suivant à la file, et se touchant les pattes comme pour communiquer. Il semblait à l'Homme-Corbeau qu'elles se matérialisaient devant lui, au fur et à mesure qu'elles sortaient de la porte obscure, de ce seuil fait d'ombre, et qu'elles devenaient dures et métalliques sous ses yeux.

Une vie luisante habitait leurs membres, le long desquels couraient des éclairs silencieux. Elles avaient assurément quelque chose qui relevait de la machine, mais il était clair qu'une vie propre les animait, et une conscience, car leurs yeux flamboyaient en se tournant vers l'Homme-Corbeau, ou au moment où leurs pattes se touchaient, et, même, l'Homme-Corbeau entendit un chuchotement venir d'elles, ou comme un lointain murmure. Et il disait, dans la langue secrète de Sinislën, que l'Homme-Corbeau avait appris à déchiffrer il y a peu: C'est lui, c'est lui, c'est lui le pervers violeur de notre maîtresse insigne, lui, le séducteur diabolique de notre belle dame. Oui, c'est lui, c'est lui, celui qui l'a contrainte, qui l'a forcée, qui l'a trompée, l'a soumise par ses charmes, ses sortilèges, ses belles paroles, et l'a humiliée, lui a fait perdre sa splendeur, a cherché à 00000000000.jpglui voler son trône pour lui-même, prétextant l'ordre supérieur des anges! C'est lui, c'est lui – continuait le chuchotement sifflant, âpre, métallique, aigu –, c'est lui, c'est lui, que nous devons abattre, déchirer, démembrer, morceler, dévorer, anéantir, mes sœurs, ce mâle immonde, cet animal dégoûtant; c'est lui, c'est lui, le souilleur de la pureté canigolienne, le corrupteur des blanches Pyrénéides, l'empoisonneur de la vierge des montagnes! Il faut le détruire, le tuer, le dissoudre, le réduire en bouillie, le mettre en pièces, l'émietter à l'infini! Oui, il faut, il faut, il faut, mes sœurs, oui il faut, il faut, il faut le réduire en bouillie, l'émietter à l'infini, le mettre en pièces, le dévorer, le démembrer, le morceler, l'anéantir.

Et ainsi de suite. Car elles répétaient obsessionnellement la même chose, continuellement, toujours, comme une chanson, mais une chanson hideuse, pleine de rythmes mais sans mélodies gracieuses, âpre comme la mort, laide comme le mal.

Mais il est temps, chers, dignes lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à la suite de cette étrange histoire.

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