Le combat des araignées (14)

000000000.jpgDans le dernier épisode de cette obscure série, nous avons laissé le gardien secret du Razès, futur libérateur du Père Noël capturé, alors qu'il assistait à la matérialisation, sous ses yeux, d'étranges araignées-robots, sorties d'une porte faite d'ombre.

Soudain l'Homme-Corbeau vit apparaître, derrière la dernière araignée de la file, Sinislën même, dans l'encadrement de la porte d'ombre. Elle arborait son visage le plus froid et le plus cruel, et sa pâleur faisait quasiment d'elle le génie de la mort. Ses yeux étaient rouges comme la braise, et elle portait une armure sombre, brillant à peine à la clarté des étoiles sous son manteau pourpre. Elle parla, et voici! sa voix glacée était comme des mots de pierre, d'où ne sourdaient que des haines. Et elle dit: Jamais tu n'aurais dû venir ici, Homme-Corbeau, jamais tu n'aurais dû revenir! Dommage pour toi. Maintenant tu vas périr. Les araignées de Sultûl vont te dévorer, et te plonger dans le monde des morts. Tel est apparemment ton destin. J'aurais aimé qu'il en fût autrement, et que notre amitié pût évoluer autrement, mais personne ne pouvait l'empêcher, pas même les Dieux. Adieu, Homme-Corbeau. Heureuse de t'avoir connu. Mais il faut à présent que tu disparaisses.

Et d'un geste de Sinislën les araignées se mirent en marche, d'un seul mouvement. L'Homme-Corbeau se mit en garde, se concentra, et un rayon blanc jaillit de son opale frontale, puissant et continu. Hélas les araignées n'en furent aucunement détruites. À peine ralentirent-elles un instant. L'Homme-Corbeau crut les entendre rire, mais peut-être était-ce le rire abominable de Sinislën. Il recula.

Et il disparut. Son corps se fragmenta en une nuée de flocons, qui bientôt fut agitée et écartée, pendant que des corbeaux semblaient surgir, en nombre, de l'obscurité qu'elle contenait. Et ce nombre s'attaqua aux six araignées de métal sorties de l'ombre, et de leurs becs et serres les piquèrent, les blessèrent, et 0000.jpgdu sang huileux, jaune sale, coula de leurs plaies et pattes brisées.

Mais des oiseaux morts également jonchèrent la place, et leur sang rouge coulait aussi, et l'on entendait, venant d'on ne sait où, un gémissement, dans l'air. Sinislën regardait la bataille sans rien dire, les yeux flamboyants, attendant l'issue. Et parfois un serpent jaillissait de sa main pour saisir un corbeau imprudent passé près d'elle: ou était-ce un tentacule fin, détendu de sa main infâme? Car la queue restait accrochée à ce qu'elle portait sous la manche. Et le corbeau saisi était instantanément emporté, et avalé dans l'obscurité de cette manche, et alors le gémissement reprenait.

Mais il est temps, lecteurs dignes, de laisser ce récit de cauchemar, pour renvoyer au prochain, quant à la suite de cette étrange histoire.

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