Pierre Plantard et les rois fainéants

0000000000000.jpgJ'ai déjà indiqué que les histoires inventées par Pierre Plantard (1920-2000) sur ses glorieux ancêtres ont été portées à ma connaissance, il y a de nombreuses années à Genève, par le poète local Charles P. Marie, qui avait lu à cet effet le livre de Henry Lincoln, portant sur ce sujet. Pour ce livre, il s'était pris de passion, et il me l'avait ensuite prêté. Il rêvait, lui aussi, d'une noble ascendance, et il me montrait les arbres généalogiques qui le faisaient descendre de Mithridate.

Mais il est curieux que Plantard ait inventé qu'il descendait des rois mérovingiens, vu qu'ils passaient pour fainéants. Contre les invasions sarrasines, notamment, ils ne faisaient rien, et leur maire du palais Pépin le Bref a simplement dû mettre leur dernier représentant dans un monastère pour pouvoir agir librement et reconquérir la Gaule du sud – avec en son sein la partie du Languedoc où Plantard prétendait qu'existait un profond mystère mérovingien: Rennes-le-Château et ses environs.

On ne voit donc pas la logique: les mérovingiens refusent de libérer Rennes-le-Château des Sarrasins, et pourtant, affirme Plantard, ils s'y seraient réfugiés et y auraient laissé un héritier dont lui-même descendrait. Mais quand? Si c'est avant que Rennes-le-Château ait été repris par Pépin le Bref, c'est que les mérovingiens étaient les alliés des Sarrasins, de telle sorte que 000000000.jpgles destituer était plutôt normal. Si c'est après l'intervention de Pépin, on ne sait pas pourquoi celui-ci a été empêché d'y aller les chercher et de les enfermer dans un monastère pour les empêcher de se reproduire, comme l'histoire dit qu'il a fait avec les mérovingiens restés dans la Gaule du nord.

La ruse de Pierre Plantard est d'avoir inventé que cette lignée mérovingienne réfugiée à Rennes-le-Château date en fait de l'époque de Clovis. Mais même en ce cas elle n'avait aucune légitimité à régner, puisque, deux siècles plus tard, le roi légitime a été placé dans un monastère par Pépin. Si elle était si légitime, pourquoi n'est-elle pas allée le libérer? Ou alors, pourquoi, vivant à Rennes-le-Château, n'a-t-elle pas résisté aux Sarrasins? Ou si elle l'a fait et qu'elle a échoué, pourquoi prétendre qu'elle a subsisté?

Comme on dit, un droit non réclamé tombe en désuétude.

Au reste, cette lignée mérovingienne en Languedoc est-elle vraisemblable? À l'époque de Clovis, Rennes-le-Château était dans le royaume des Wisigoths, qui étaient ariens. Or, les mérovingiens étaient absolument catholiques, et tenaient leur légitimité de 0000000000.jpgleur proximité avec Rome  – et ils combattaient les Wisigoths à ce titre. Quels mérovingiens auraient pu se réfugier chez eux? C'est peu crédible.

Mais quelle gloire de toute façon tirer d'une ascendance en ces rois dit fainéants? Inconsciemment, Pierre Plantard voulait-il par là signifier qu'il ne travaillait lui-même pas beaucoup? On raconte qu'il vaguait, oisif, à Rennes-les-Bains pour prendre quelques eaux sans ordonnance médicale, et que c'est là qu'il a commencé à raconter ses histoires. Cherchant de quoi s'occuper après les traitements du matin, il visitait Rennes-le-Château et Bugarach et, encore tout enivré par l'eau chaude qui avait dilaté son âme, il rêvait sur ce qu'il voyait, stimulé sans doute par les réalisations remarquables de l'abbé Saunière dans le village antique de Guillaume de Gellone – un pair de France carolingien, non mérovingien, installé à Rennes-le-Château après les victoires de Pépin et de ses descendants.

Rudolf Steiner dit que le corps éthérique, porteur des images intérieures et lié à l'eau corporelle, peut, dans l'eau et ses vapeurs, se détacher du corps physique. On voit alors à l'extérieur de soi ses propres rêves, qui en prennent un air objectif. Il est de tradition que les villes thermales favorisent la rêverie plus ou moins inspirée: Aix-les-Bains, par exemple, a soutenu les élans poétiques de Lamartine. Ce grand poète voyait, au-dessus du lac du Bourget, la figure immense de la femme défunte qu'il avait tant aimée!

Pierre Plantard aurait dû faire des alexandrins, peut-être. Il aurait pu bâtir de belles épopées.

Commentaires

  • Les rois fainéants et les maires du palais
    Les descendants de Dagobert n’eurent que le nom de rois. Enfermés dans leur palais, ils furent dans la dépendance complète des Maires.
    Les rois n'existent plus que de nom, ce sont les Maires du Palais qui agissent pour eux, comme ils agissaient auprès des Reines. Ils sont l'action ; les rois, qui ont pris le rôle des femmes, sont devenus fainéants, par suite de la psychologie des sexes, qui veut que la femme pense et que l'homme agisse. Mais, comme ces rois fainéants ne pensent pas en femmes, il n'y aurait personne pour diriger les hommes si, dans les familles royales mêmes, ou aristocratiques, des femmes remarquables ne reprenaient le rôle que leur nature leur assigne. C'est ainsi que Begga, femme de Pépin de Landen et mère de Pépin d'Héristal, semble être l'inspiratrice du mouvement qui va renverser les rois francs.
    Pépin de Landen, qui gouverne l'Austrasie, écrase les Neustriens à Leucofao en 680.
    La famille de Begga possédait de grands domaines entre la Meuse et le Rhin.
    Les hommes de cette famille étaient des Ducs (conducteurs), mais ne possédaient pas l'autorité morale d'une Mère.
    La reine Begga fonda des asiles pour les femmes malheureuses, qu'on appela des béguinages. Ces femmes prendront son nom ; elles seront appelées des béguines.
    Après la mort de Pépin de Landen, son fils Pépin d'Héristal prend sa place. Pendant qu'il est Maire d'Austrasie, il anéantit le pouvoir royal des Mérovingiens et établit définitivement celui de l'aristocratie, c'est-à-dire des meilleurs.
    Il gouverna tout le royaume sous l'inspiration de sa mère, avec le titre de Duc des Francs. Il mourut en 714, après avoir tenté de relever l'empire franc qui s'écroulait.
    Pépin d'Héristal avait eu deux fils qu'il avait perdus ; c'est son petit-fils Théodoald qui va lui succéder, sous la régence de sa mère Plectrude (714-715).
    Voilà donc encore une femme qui gouverne. Quant aux hommes, ils ne font que se battre et on ne les mentionne qu'à propos de leurs batailles.
    Mais les Neustriens (masculinistes) vont se révolter et des intrigues vont se tramer pour mettre un homme à la première place. Ils attaquèrent les Austrasiens. Ceux-ci, alors, pensèrent à un fils que Pépin d'Héristal avait eu d'une autre femme que la sienne et qu'il tenait en prison pour des raisons morales. Ils le tirèrent de captivité et le mirent à leur tête. C'était Charles Martel (715-743), « un vrai barbare et un rude soldat », disent les chroniqueurs.
    Il laissa aux Neustriens le roi fainéant qu'ils avaient et gouverna sous son nom. Il se bat contre les Sarrasins, qui voulaient envahir la France, sous la conduite d'Abdérame, qu'il refoule (732), ce qui lui vaut, comme récompense, le titre de Patrice, qui lui est donné par le pape, et les Clefs de saint Pierre, c'est-à-dire les honneurs spirituels des antiques Déesses-Mères. Dès lors, il se crut tout permis. Il était homme et femme à la fois. Il distribua des évêchés et des abbayes à ses compagnons d'armes. Et voilà la direction morale du pays donnée à la soldatesque. Cela introduisit dans l'Église les mœurs dissolues des camps, disent les histoires de France de nos écoles.
    C'est parce qu'il frappait fort qu'on lui a donné le surnom de Martel ; mais ce n'était vraiment pas un motif suffisant pour l'investir d'une autorité spirituelle.
    Charles Martel mourut en 741. Il était le père de Pépin le Bref.
    Voici le jugement porté sur lui par un historien, M. Vincent : « Charles Martel n'avait guère été l'ami de l'Église ; s'il favorisait les missionnaires qui tentaient d'évangéliser l'Allemagne, il n'hésitait pas à spolier les églises et les monastères de Neustrie et d'Austrasie, pour faire des bénéfices à ses leudes (complices). »
    Voilà l'homme moral que son père tenait enfermé. Il n'avait aucun des caractères de l'aristocratie dont il hérita.
    La conclusion qui s’impose de tout ceci, c’est que les Francs-Saliens n’apportèrent dans le monde qu’un code inique et imbécile, et que des rois qui furent des bandits ou des incapables.
    Mais les femmes, qui ne participent pas à la loi du sexe masculin et ne subissent pas la déchéance sexuelle, devaient, dans ce monde barbare, relever la vie sociale par leur règne long et brillant. Le peu de civilisation qui se produisit alors leur est dû, ce qui prouve que la nature reprend toujours ses droits et que tous les codes des hommes n’empêcheront pas les lois immuables de la Nature de dominer les lois des hommes.

  • Ah, les femmes, que ferait-on sans elles? On n'aurait même pas le plaisir de connaître la puissance illimitée de la Mère Nature, je suppose, les hommes, stupides, barbares, imbéciles, ineptes, brutaux, bestiaux, ne parlent, eux, que du Père céleste, bande d'ignorants. La loi salique, inspirée par le Père céleste, ne valait rien, et la loi romaine, inspirée par Jupiter le Père du Droit (Jus-Pater) ne valait rien non plus, à cet égard, il faut toujours écouter les femmes et leur douceur légendaire, leur absence totale d'égoïsme, leur divine inspiration, qui peut notamment leur faire dire que les hommes sont là pour travailler pendant qu'elles vaticinent pour les éclairer - car je l'ai entendu énoncer à quelques-unes. C'est juste. C'est bien. Mais enfin, sans vouloir diminuer le rôle initiatique des femmes, puisque j'adore sainte Clotilde qui a instruit Clovis, je pense quand même que la lignée carolingienne a été consacrée par Charlemagne, et que l'Humain total est dans l'équilibre, car le démon de l'action physique qui étreint volontiers les hommes crée en fait une tendance au discernement, tandis que le sentiment inspiré crée une tendance à une orientation générale nécessaire mais qui ne suffit pas. Les Francs étaient grands grâce aux femmes burgondes et aux femme wisigothes, mais en fait ils étaient grands aussi en eux-mêmes, et les deux sexes se complétaient, et il n'y a pas lieu de sexualiser toute cette histoire, d'ailleurs le pauvre Plantard n'y a jamais pensé.

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