CXXXI: le carnage de la place du Costa Rica

000000000000.jpgDans le dernier épisode de cette étrange série, chers lecteurs, nous avons laissé le grand robot bleu de Fantômas, créé par sa sorcellerie séculaire, alors qu'il était en train d'attaquer Paris dans la rue Reynouard, et qu'il venait de repousser une contre-attaque de notre gendarmerie d'élite.

Mais depuis l'arrière du monstre l'hélicoptère qui avait fait retraite revint, et tira un missile sur son dos lisse et bleu. Il le percuta, et le robot fut projeté en avant, et un creux dans son dos apparut, qui n'alla pas jusqu'à rompre sa formidable carapace protectrice. Lorsque la poussière de l'explosion se dissipa, on le vit un seul genou à terre, et déjà relevant la tête. Alors il se produisit quelque chose d'inattendu: sa tête pivota sur elle-même, à la façon d'une toupie, sans que son cou se tendît, privilège de la machine. Et le second hélicoptère, voyant cela, se mit à le canarder de ses mitrailleuses intégrées, mais les balles traçantes ne faisaient que le ceindre de lignes lumineuses, car elles rebondissaient, comme l'avaient fait celles des policiers à pied, sur sa carapace formidable. Et voici! de ces deux yeux sortirent deux rayons de feu, et la guêpe de fer fut traversée de part en part et, le réservoir atteint, s'écroula dans une gerbe de flammes brûlantes.

Les gendarmes et les policiers restés en vie, et qui avaient pris place plus loin protégés par des engins plus forts, se prirent à fuir, saisis d'une incontrôlable panique, et l'état-major tremblant résolut d'adopter une nouvelle stratégie en érigeant des barrages sur le chemin qu'on pensait que le monstre prendrait. Des blindés et des sacs de sable postés tout au bout de la rue 000000000.jpgReynouard, juste devant la place du Costa Rica, et de courageux policiers se postèrent derrière, tirant de loin sur le robot, espérant toucher, qui une jointure, qui un œil, qui un trou ouvert pour laisser passer les rayons de feu ou les missiles incorporés aux doigts: car on vit, à un certain moment, s'ouvrir le bout de ces doigts, et de petits missiles en partir, qui explosèrent sur les tas de sacs ou sur les blindages de protection. On s'étonnait, véritablement, de ces incroyables ressources. Et finalement le robot bleu leva la main, ouvrit la paume, et de cette paume un surprenant rayon bleu surgit, qui dispersa les sacs de sable et de ciment et tua douze policiers. Le chaos régnait absolument, la fin du monde semblait proche.

Courageusement on créa, au milieu de l'avenue Kléber, un autre barrage, plus fort et mieux bâti qu'auparavant, et des chars d'assaut furent placés là; trois hélicoptères alignés restaient au-dessus des immeubles, dans l'attente de l'attaque. On pensait en effet que le monstre voudrait sans doute se diriger vers l'Arc-de-Triomphe et le boulevard des Champs-Élysées, afin de multiplier ses destructions affreuses, et atteindre le cœur de Paris, et de la France.

Il avait bien cette intention, et résolument il dépassa la place du Costa Rica et s'engagea dans l'avenue Kléber,

Son goût pour la ruine ne connut alors plus de frein, car il semblait prendre plaisir à aller de droite et de gauche dans la large avenue, et à déraciner les arbres qui l'ornent si joliment, à écraser les voitures garées sur les voies latérales, à défoncer les immeubles élégants de cette artère fameuse.

Et de sa main il abattit un hélicoptère qui s'approchait, en lançant un nouveau rayon bleu, vibrant comme un éclair. Ce qu'on lançait sur lui depuis le barrage créé ne semblait que l'irriter et le nourrir de rage et de puissance, et sa haute taille qui lui permettait de dépasser les immeubles de sa tête métallique et rigide donnait le sentiment à tous qu'il était invincible, qu'on ne pouvait point l'arrêter, que même une bombe atomique le laisserait indemne et toujours aussi dangereux. Et quelle bombe atomique de toute façon pouvait être jetée en plein Paris?

Mais il est temps, chers lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à la suite de cette bataille intense.

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