Templiers et cathares: quels liens ont-ils?

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Il est étonnant que, lorsqu'il s'agit du pays dit cathare, en Occitanie, on évoque également les templiers (notamment pour Rennes-le-Château), comme s'il y avait un lien fort entre les deux, alors qu'on peut lire, dans La Chanson de la croisade albigeoise, que ce sont les Français, Simon de Montfort puis le futur roi Louis VIII, qui sont accompagnés des Templiers. Les Templiers font partie des croisés, et non de ceux que les Français persécutent. Les templiers ont combattu les cathares et les seigneurs languedociens leurs alliés. La confusion vient d'une perspective historique trop globale. Comme, après avoir anéanti les cathares, les rois de France ont anéanti les templiers, on se dit que les deux groupes étaient objectivement liés. C'est corroboré par Harvey Spenser Lewis, le fondateur de l'AMORC, qui, les embrassant dans une même sphère chatoyante, assure que les cathares et les templiers conservaient en secret l'héritage de l'initiation antique.

Mais il n'en est pas ainsi. En tout cas du point de vue de la succession historique. Car, d'un point de vue mystique, il y avait peut-être des points communs. La tendance à vénérer une image très solaire de Jésus-Christ, à rejeter des objets du culte trop terrestres – et donc à s'opposer jusqu'à un certain point au catholicisme officiel – a pu se retrouver dans les deux cas. Un autre trait pouvait les lier: l'influence orientale. Les cathares, dit-on, venaient des Bogomiles, en Bulgarie – de chrétiens peut-être marqués par le bouddhisme: on le connaissait, en Orient. Et les templiers, pense-t-on, ont reçu de l'Orient une influence déterminante, dont certains pensent qu'elle les a amenés à négliger le Jésus historique, pour ne vénérer qu'une image très 0000000000.jpgmystique et pure du Christ – mêlée à Dieu, perdue dans sa lumière sublime; ce qui rejoint l'arianisme.

Car, au-delà des Bogomiles, l'arianisme a certainement favorisé, aussi, le catharisme. Cette hérésie, répandue chez les Wisigoths était réputée proche en plusieurs points de l'Islam par Henry Corbin. Elle faisait du Fils un simple reflet terrestre du Père, resté supérieur. Cela portait au mysticisme, et en même temps à négliger le monde, à ne pas croire en ses métamorphoses. On attendait surtout d'en sortir pour rejoindre Dieu. À l'inverse, le roi de France voulait qu'on pût dire qu'il instituait des règles justes pour créer une cité idéale dont il fût le chef. Ces mysticismes échevelés donc le gênaient.

Comme les templiers n'étaient pas reconnus spécialement hérétiques, c'est une rivalité directe avec le roi de France avide de leur or qui les a perdus. Mais c'est aussi parce que le catharisme amenait le Languedoc à ne plus payer ses impôts que le roi de France y est intervenu. L'ordre matériel devait s'imposer.

En tout cas, au treizième siècle, les templiers servaient encore d'auxiliaires fidèles au Roi, ce n'est qu'au siècle suivant qu'ils seront anéantis par Philippe-le-Bel. Donc les templiers ont combattu les cathares, et il est absurde de les lier historiquement.

Commentaires

  • « Templiers et cathares: quels liens ont-ils ? »
    La Femme !
    Lien : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/2017/07/lescathares.html

  • Cher Rémi, merci d'avoir rédigé cette pertinente mise au point. Les Templiers, comme les Cathares, font rêver depuis... leur anéantissement. Sans doute aimons-nous les englober au mépris de l'Histoire, car tous deux donnent de la religion chrétienne un aspect non-institutionnel. Nombre d'entre les chrétiens portent en eux, plus ou moins confusément, la nostalgie du christianisme des origines ou, comme l'a écrit Joseph de Maistre, du christianisme transcendant.

  • Assurément. Un christianisme soit plus exalté soit au moins plus ésotérique et mystérieux. Merci à vous.

  • J'adore l'histoire des templiers, objets de trahisons, de mensonges de toutes part en particulier de leurs Z'amis. Jacques de Molay peut vous en dire plus.....

    Ils ont eu une gestion des biens, de l'organisation sociale et militaire sans égal.

    ""La fin dramatique de Jacques de Molay a inspiré légendes et fictions tournant en particulier autour de la malédiction qu'il aurait lancée contre Philippe le Bel et Clément V. La plus célèbre est la suite romanesque Les Rois maudits (1955 à 1977), de Maurice Druon, qui prend pour point de départ l'exécution de Jacques de Molay."" Wikipédia.

    Un très bon sujet, bravo *L*

    https://www.herodote.net/

  • Merci. On trouve la légende originelle surtout chez Éliphas Lévi. C'est rigolo, mais les histoires de sociétés secrètes m'intéressent (et me convainquent) modérément. J'aime mieux imaginer des esprits vengeurs non incarnés et animant des mortels à leur insu. Cela me paraît au fond plus vraisemblable.

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