Biodynamie et Occitanie

0000000000000.pngJ'ai expliqué, dans un précédent article, pourquoi la biodynamie, qui crée des produits alimentaires d'excellence, peut soutenir profondément une économie française désindustrialisée, et est réellement rationnelle dans ses perspectives économiques. Elle l'est en général, mais je pense qu'elle l'est particulièrement pour la France, et notamment certaines régions qui vivent difficilement l'évolution économique, comme l'Occitanie ou la Corse.

Et cela, à deux égards, sous deux rapports différents.

D'abord, il me semble, à moi – de façon peut-être subjective – que l'esprit méridional n'est pas très adapté à la rationalisation scientifique du travail telle que la voulait Henry Ford (1863-1947). On peut bien l'y contraindre – et, mû par l'amour des machines qui étreint le monde entier, constater à cet égard des progrès –, mais en général les programmes d'industrialisation de ces régions a été un échec – a fait long feu.

Pas seulement en France. En Italie, les industriels piémontais et lombards, à la demande du gouvernement romain, ont tâché par exemple de soutenir l'industrialisation de la Sardaigne; le résultat en a davantage été la pollution que la richesse. Et il faut admettre qu'en Corse et en Occitanie, il en va de même – en particulier dans le département de l'Aude, que j'ai eu l'honneur 00000000000.jpgd'habiter quelque temps. (Car je vis désormais à Toulouse, pour préparer le concours de l'Agrégation.) On y a fait des chapeaux, des sacs, on s'y est adonné à l'industrie textile alors que c'était un pays de bergers, mais il n'en reste que peu de choses. Quelques usines fournissent en chapeaux l'industrie du cinéma, mais cela ne suffit pas à enrichir un département, et le tourisme n'y a été qu'artificiellement nourri par les contes relatifs à Bugarach et Rennes-le-Château: là encore, cela a fait long feu.

Même le souvenir cathare (que n'avaient guère les locaux, catholiques à la mode ordinaire) s'étiole. La solution n'est pas là, pour la vallée de l'Aude – où, passé l'effet des fantasmes sur Marie-Madeleine et les extraterrestres, on se demande ce qu'on peut faire. Il n'y a qu'à Narbonne et à Leucate, au nord-est du département, qu'on se divertit à la mer – et c'est le seul endroit qui marche vraiment, d'un point de vue économique.

Mais curieusement, c'est aussi là qu'on trouve le vigneron qui marche le mieux aussi – et qui a ses champs justement entre Narbonne et Leucate: 0000000000000.jpgGérard Bertrand. Or, il a adopté la biodynamie, et l'affiche ouvertement.

Le fait est que la vallée de l'Aude reste viticole, et que les vins font partie de l'excellence française: le gouvernement n'a pas pu ne pas s'apercevoir qu'elle permettait de la maintenir à un haut niveau.

Le vin ne s'achète en effet pas seulement pour sa quantité, car ce n'est pas un produit de première nécessité: dans la viticulture, 0000000000000.jpgla réduction de la production ne nuit pas à l'autonomie alimentaire nationale. Ce qui compte est la qualité, le goût, les saveurs, et l'effet de la biodynamie a été à cet égard constaté, sinon compris.

Mais le goût est une sensation, appartient à l'âme humaine, et, sous ce rapport, ne peut pas être mesuré mathématiquement.

Il est donc évident que Gérard Bertrand est la locomotive qui montre le chemin aux vignerons de la vallée de l'Aude, et sans doute à toute l'Occitanie, voire à la France entière. Mais, à terme, il est probable que le maraîchage et l'élevage même seront saisis dans cette dynamique biodynamique, si je puis dire, car la quantité est politiquement nécessaire, mais la qualité est humainement indispensable. Et la biodynamie la permet vraiment, contrairement à ce que disent ceux qui, ne comprenant pas comment la qualité se créée, ne parlent soit que de quantité, soit que de tradition. De fait, la vallée de l'Aude produit également de la viande de qualité, mais les revenus sont bas, et, pour sauver les agriculteurs, je pense que la biodynamie vient à point.

Il y a une autre raison pour laquelle les Français en général peuvent très bien réussir en biodynamie, mais je la donnerai une autre fois.

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