CXXXIII: la bataille de l'avenue Kléber

000000000.jpgDans le dernier épisode de cette série ubuesque, nous avons laissé le Génie d'or, gardien secret de Paris, alors qu'il venait d'apparaître dans le ciel de la rue Kléber, que dévastait le grand robot bleu de Fantômas, le Sorcier.

Et voici, un feu vert, rayonnant et fin, sortit du bout gemmé de son bâton enchanté, et toucha le monstre ferreux dans son dos; et il le traversa, et les hommes virent ressortir ce feu de l'autre côté, juste sous la poitrine. Le monstre s'arrêta, et tourna la tête comme une toupie, sans que le reste du corps eût bougé en rien. Il vit le Génie d'or, de ses yeux lisses où se trouvait, dans un ovale noir, une cruelle étincelle, sans doute sa prunelle.

Et voici, ces yeux s'embrasèrent, et un rayon blanc en sortit – dont le Génie d'or bloqua le flux de son sceptre, visiblement doté du pouvoir de créer sur lui un champ de force. En tout cas le rayon blanc ne dépassait pas ce bâton brandi, mais s'écartait à droite et à gauche, en perdant sa vigueur. 

Quand le monstre arrêta son tir – qui, continu, chauffait dangereusement les orbites de ses yeux rutilants, voire sa tête entière –, le Génie d'or envoya à son tour un rayon vert, dont la violence arracha un morceau de visage au robot. Derrière, apparut le mécanisme qui l'animait. Parmi les fils électriques, les pièces métalliques et les joints en plastique, on voyait, assis sur une chaise de fer, le gnome habituel, maniant des leviers et appuyant sur des boutons, reflétant sur son visage des voyants, nimbé de sons 00000000.jpgcrachotants et jurant, et laissant enflammer ses yeux, et battant les bras, et sautant sur sa chaise en furie.

Il s'inquiétait, soudainement, de cette force incomparable qui s'opposait à ce qu'il avait aussi pris pour une force incomparable – et qui lui apparaissait comme de la faiblesse, à lui, terrifié désormais! Il craignait durement le sort qu'allait lui faire subir le Génie d'or, dont il savait qu'il avait déjà vaincu deux puissants robots de Fantômas, son maître.

Or le génie de Paris à toute allure se dirigea vers lui, volant dans les airs à sa façon habituelle – il entra dans la grosse tête ouverte, se saisit de lui sans attendre, l'emporta.

Cette fois il ne se laissa pas prendre: il le maintint sous son bras puissant, l'empêchant de se changer en quelque bête que ce fût, le maintenant dans sa forme aussi par une conjuration qu'il murmura, et qui apparut comme une dangereuse menace au gnome. Effrayé celui-ci se tint coi, pareil à tel petit chat dans les bras d'un homme: il voyait qu'il n'y avait rien à faire. Derrière eux, au sol, le robot, la tête brisée baissée, s'était mis à genoux; il ne bougeait plus. Toutes ses lumières étaient éteintes; seuls quelques fils électriques rompus enfantaient à leurs extrémités de silencieuses étincelles.

Avec précaution les policiers puis les badauds s'approchèrent de l'être, tâtant ses membres, les frappant et faisant résonner le métal, curieusement vide. Ils l'avaient cru vivant, et étaient étonnés que ce ne fût qu'une machine, que l'illusion seule avait animée! D'un autre côté ils étaient soulagés. La mort ne les guettait plus, le monstre était vaincu: et l'ombre fatale s'éloignait, déçue de n'avoir pas pu faire plus de ravage.

Mais il est temps, chers, aimables, dignes lecteurs, de laisser là cet épisode; pour savoir ce que le Génie d'or fit du gnome maudit qui commandait au robot bleu, il faudra attendre, guetter et lire le prochain.

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