Biodynamie et goûts personnels

0000000000.jpgUne étude du sociologue Jean Foyer, appelée Syncrétisme des savoirs dans la viticulture biodynamique et publiée en 2018 dans la Revue d'anthropologie des connaissances, met en avant le sentiment des agriculteurs qui pratiquent la biodynamie: ils ne comprennent généralement pas la logique de Rudolf Steiner qu'ils appliquent, mais les effets leur en plaisent. Ils constatent que leurs vignes se portent mieux, qu'elles sont plus en forme, plus rutilantes, et eux-mêmes se sentent mieux parmi elles. Donc ils la pratiquent, même si l'ésotérisme des conceptions anthroposophiques leur échappe.

Cela montre, déjà, qu'il n'est pas vrai, comme le disent certains, que la biodynamie dépend humainement de la Société anthroposophique: la pratique qui veut – et même le label Demeter, donné effectivement sous contrôle de la Société anthroposophique, n'est pas obligatoire. On peut pratiquer la biodynamie pour son bien-être, à la rigueur sans le dire, sans le mettre en avant. La vérité est qu'il déplaît à certains qu'une méthode enseignée par Rudolf Steiner puisse avoir de bons effets, ils voudraient pouvoir tout nier.

Cela montre, ensuite, que pour les agriculteurs qui ont le sentiment évoqué au-dessus, la biodynamie est psychologiquement bénéfique. Même s'il était vrai, comme l'affirment les détracteurs, que la biodynamie n'a pas d'effet avéré sur les plantes, il n'en resterait pas moins authentique qu'elle motive et stimule les praticiens, les rend heureux, et donc leur donne envie de travailler – et leur permet de le faire. Car les hommes ne sont pas des robots, il leur faut motivation et stimulation. En mettant de la poésie dans la pratique, elle rend celle-ci agréable et aimable – à peu près comme la poésie de Virgile donne envie de cultiver son jardin, lorsque, dans les Géorgiques, il chante, en la mêlant de mythologie, la pratique agricole. On pourra au moins reconnaître à Steiner le talent d'un Virgile. Or, quoi qu'on dise, ces Géorgiques ont motivé des générations d'agriculteurs, ont stimulé l'agriculture occidentale durant des siècles; par elles, la civilisation a survécu, a vécu, a bien vécu!

Mais il y a plus. Il y a que contester la validité scientifique du sentiment des agriculteurs concernés n'a aucune valeur légale, morale ou républicaine, car, en droit, les agriculteurs sont absolument libres de faire ce qu'ils veulent chez eux, et leur contester ce droit de pratiquer la biodynamie en les harcelant et en les accablant d'études orientées relève simplement du despotisme, 000000000.jpgressortit à l'abus des fonctionnaires qui cherchent à imposer leurs vues aux entrepreneurs – à faire de leur capital une propriété d'État, en un mot à les exproprier de facto. On n'a pas le courage de faire comme l'Union soviétique, du coup on harcèle jusqu'à ce que les entreprises privées exécutent les vues de l'État. Mais en un sens c'est pire, puisque cela échappe au droit et justifie l'abus par la Science – une forme de religion qui, loin d'être laïque, rend l'État tout sauf neutre.

La liberté exige que les agriculteurs soient mis au courant de l'efficacité réputée scientifique de leurs pratiques lorsqu'ils le demandent eux-mêmes. La liberté, et le respect de l'individu. Sinon, à vrai dire, ils n'ont pas de comptes à rendre. Ils sont maîtres chez eux. Cette façon d'essayer de contrôler leurs pratiques et leurs pensées par des voies détournées est-elle digne d'une démocratie?

L'agriculture biodynamique fait du bien aux agriculteurs qui la pratiquent, et ce n'est pas à l'Université, au ministère de l'Agriculture ou à d'autres fonctionnaires engagés dans des missions interministérielles de combattre ce bien ressenti; l'État est là pour l'être humain, non le contraire.

Les commentaires sont fermés.