Le cheminement du génie (Perspectives, XCVI)

0000000.jpgCe texte fait suite à celui appelé La Révélation du génie, dans lequel je rapporte que, sous la forme de Radûmel le Fin, j'ai entamé une mission de résolution d'un ultime mystère m'ayant déjà amené à affronter l'Ennemi dans une forêt puis dans une montagne.

Je traversai une cascade. Et devant moi des femmes à l'étonnante beauté se montrèrent, tenant des épées fines et luisantes; et je tirai mon épée, et elle jeta un éclair plus vif encore, dont s'obscurcirent les leurs. Et j'en fis des moulinets, et elles s'enfuirent après avoir vu leurs lames se briser au choc de la mienne, et l'une d'entre elles être frappée à mort après qu'elle m'eut assailli, sans que j'eusse hésité un seul instant. Ils l'emmenèrent sanglante et gémissante, mais je rengainai mon épée et continuai mon chemin sans mot dire.

Je parvins à une cité, et les habitants enragés se jetèrent sur moi, les fous. Ils hurlaient, crachaient, je ne sais pourquoi; mais ils n'étaient que des nains, et je tirai mon épée bénie par Ithälun, et elle jeta un éclair, et comme je m'avançai en l'abattant à droite et à gauche mon cheval creusa dans leur foule éphémère une facile trouée; et des barricades furent dressées devant moi, mais les sabots de mon cheval les brisèrent et les écartèrent, et les bâtiments parurent vouloir aussi se déplacer et s'amasser pour me barrer la route, mais je les poussai – et la force d'Ithälun, conjuguée avec celle de Solcüm (lesquelles ils m'avaient, magiquement, confiées), les écarta sans effort de ma route. Ils tremblèrent sur leurs bases et reculèrent, soulevant le sol et les dalles de béton posées sur lui. Et la foule s'enfuit de devant moi, me prenant pour quelque ange exterminateur, quelque génie annonciateur de la fin du monde!

Mais je continuai mon chemin, et arrivai à un lac. Il était immense, brillant, poli comme un miroir. Et les eaux se soulevèrent, et des serpents géants apparurent, qui se jetèrent sur moi. Et je tirai mon épée, qu'avait bénie la belle Ithälun, et je tranchai leurs cous l'un après l'autre, et les survivants s'enfuirent en criant, plongeant leurs corps massifs sous les vagues. Et mon cheval marcha sur les flots, et je traversai sans encombre le lac.

Puis je parvins en un désert, devant d'immenses plaines où il n'y avait rien. Et je traversai ces plaines, et des failles dans le sol apparurent, et des monstres à visage d'araignée en jaillirent, et m'attaquèrent. Mais je tirai mon épée étincelante de mon fourreau gemmé, et les éclairs qu'elle jeta, ayant été béni par Ithälun la belle sous le regard de Solcüm le Preux, les éblouirent, leur firent cligner des yeux. Et sans peur je me jetai sur eux et les découpai, les détranchai, les dispersai, et ils rentrèrent dans leurs fosses en hurlant, avant de les refermer de leurs longues pattes mêlées, enchaînées les unes aux autres pour accroître leurs forces conjuguées.

Et je parvins à une mer immense, apparemment sans limite. Et un géant en surgit, soulevant les flots en d'immenses vagues. Et dans le vent je vis arriver des spectres ailés, pareils à des chauves-souris, soutenant son effort d'assaillant. Et je tirai mon épée enchantée, et elle jeta des éclairs, et je tranchai les ailes des spectres, et enfonçai ma lame bleue dans le cœur du géant, qui s'écroula.

Et je parvins au bout de la mer, et des nuages se dressèrent devant moi, et ils contenaient des guerriers étoilés, pleins de lumière, aux yeux flamboyants, qui aussi m'attaquèrent, si corrompus et orgueilleux étaient-ils! Et encore je tirai mon épée, et encore elle jeta un éclair, et les yeux flamboyants des guerriers d'or tremblèrent, et la puissance d'Ithälun se fit sentir sur eux, car elle était secondée par les êtres des étoiles aux ailes blanches dont j'ai parlé, et ils s'écartèrent, prenant peur, et je n'eus pas à en tuer un seul, je dus seulement frapper l'un d'eux du plat de ma lame sur la joue, et il n'osa pas me répondre, et les autres reculèrent, et me laissèrent passer.

(À suivre.)

Commentaires

  • J’ai eu du plaisir à prendre connaissance de cet extrait, en attendant de lire ceux qui lui ont précédés. En vous lisant, je ne peux m’empêcher de penser à cette épée de feu (de l’archange, du chérubin) en référence aux chérubins qui grâce à leurs épées ont été, voir (cf. Gen. III.24), divinement placés à la porte du « Gan Eden » (mot hébreu désignant le paradis terrestre) pour empêcher nos ancêtres mythiques, Adam et Eve d’y pénétrer. Je vois également dans ce texte fort bien rédigé cette épée de Damoclès qui doit peser sur l’ennemi formé par nombre d’assaillants. Et permettez-moi d’apercevoir dans ce texte les traces de cette amère vérité: la paix, le bonheur, hélas souvent d’abord entaché de violence. Force est donc de s’interroger : si sans la violence, saurions-nous, savourions-nous, le bonheur et la paix. Dans ce bas-monde, l’immatériel et le matériel –- voir les les lois de la physique--- ne s’affirment-ils pas par leurs contraires ?

  • Merci infiniment de ce magnifique commentaire cher David. Les anges de la Bible m'ont toujours beaucoup inspiré, en tout cas depuis que j'ai lu le texte sacré, en français et en latin, plusieurs fois. Il y a en effet des obstacles à la résolution des problèmes, et parfois on est obligé d'agir durement et brutalement, c'est fatal. La résolution des problèmes amène la paix, évidemment. Et c'est constamment à recommencer, car le mal suscite toujours de nouveaux problèmes et selon sa nature, son aspect, sa forme, on résout le problème tantôt par la douceur, l'écoute, l'échange, et tantôt par l'action vigoureuse voire violente. Oui, c'est fatal. Et je suppose que mon double du pays des génies était à ce moment de sa vie raconté ici à un point où il fallait agir avec vigueur, ne plus s'arrêter aux obstacles, ne plus hésiter - l'enjeu était devenu trop grand, et les obstacles semblaient s'amonceler sans véritable sens, simplement pour l'empêcher d'avancer, comme autant de fabrications délibérées de l'ennemi de la paix finale. Mais merci encore, ces remarques m'ont touché infiniment.

Les commentaires sont fermés.