CXXXV: la protection du génie de la liberté

000000000000.jpgDans le dernier épisode de cette étonnante série, chers lecteurs, nous avons laissé notre récit alors que nous rappelions l'origine véritable de la statue du génie de la liberté, au sommet de la colonne trajane de Juillet, à Paris, place de la Bastille; et nous en étions au moment où ce génie de la liberté apparut à un certain Justin Sagous, conseiller privé du roi Louis-Philippe, dans sa chambre même, près d'un tiroir illuminé par un mystérieux bijou.

Or, Don Solcum s'en souvenait bien, puisque lui-même avait créé cette figure de son être, à destination de Justin Sagous et des hommes en général. Elle correspondait bien à sa nature, mais il avait dû tirer des pensées et des souvenirs de Justin Sagous même certains éléments, ne pouvant tout créer depuis les cieux. 

Il devait, en vérité, s'appuyer sur ce qui émanait des hommes mortels eux-mêmes – les formes qu'ils créaient dans leur âme, et qui s'exhalaient d'eux dans leur souffle et leurs yeux, sans qu'ils s'en aperçoivent: ce que les hommes rêvent s'imprime davantage qu'ils le savent sur ce qui les entoure. 

Ils le projettent de leurs divers organes comme des formes invisibles, et ne croient pas que cela existe, parce qu'ils ne le perçoivent pas, fous qu'ils sont. Le Génie d'or, lui, pouvait voir ces formes s'exhaler dans l'éther – elles ne lui échappaient pas. Il pouvait voir, de ses propres yeux éthériques, ce qui était ainsi créé, et le saisir, s'en emparer, et le modeler, l'assembler, bâtir des 172982217_10158058309088317_1138955226515241474_n.jpgcorps nouveaux, à sa véritable nature comme un vêtement. Par eux il pouvait descendre sur Terre, et y avoir une emprise. Car sinon le monde physique ne lui apparaissait que comme une ombre indistincte, noire et sans substance. Il ne pouvait, de lui-même, s'y mouvoir.

Et c'est ainsi que seulement de manière intermittente il apparaissait aux hommes, ainsi qu'on le sait: il semblait se mouvoir derrière la matière, et ne s'y imprimer que par à-coups. Il y a là un grand secret des choses, que je ne dévoilerai pas en détails: ce n'est point le lieu. Il suffit de savoir que ces corps substantiels faits pour ainsi dire de psychisme épaissi projetaient une ombre, et que c'est cela, c'est cette ombre que les hommes prenaient pour des apparitions, des choses réelles, des phénomènes physiques inexpliqués. Ils l'appelaient extraterrestres, ou d'autres choses encore, que je ne redirai pas ici.

La statue du génie de la liberté est ainsi une ombre épaissie de ce qui est apparu un soir à Justin Sagous, et qu'il décrivit au roi Louis-Philippe. Le monument fut érigé peu de temps après. Et sachez que le corps même du Génie d'or, en cette fin du vingtième siècle où se déroule notre récit, fut acquis à partir de l'âme élémentaire projeté par l'imagination saine et pure de Jean Levau, ainsi que cela a déjà été raconté. Il lui a de cette manière permis d'agir dans l'atmosphère terrestre, en lui fournissant un abri et en même temps un véhicule. De même, la statue de la colonne de Juillet a longtemps été un tel abri, un tel temple, pour l'esprit du Génie d'or.

Depuis ce point que la statue occupe, une porte s'ouvrait sur son propre monde, qui lui permettait d'entrer dans le nôtre; et par là diffusait-il sa grâce sur Paris et ses habitants, à la façon d'un miroir qui eût renvoyé sur les hommes ce que leur âme et leurs pensées pouvaient accepter, pouvaient admettre. Car des mystères trop profonds les eussent effrayés. Par elle il pouvait transmettre ses pensées, et féconder les cœurs, y faire naître de nobles idéaux, et des voies d'évolution et de progrès, non seulement pour les Parisiens, mais pour l'humanité entière.

Mais il est temps, chers lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à la suite de cette étrange histoire.

Commentaires

  • Rémi, votre article parlant de ces dieux que Justin Sagous crée, s’imagine, me renvoie à votre poème « Le taureau cosmique » où le passage "l’or de tes deux croissants surgissant de ton front..." ayant trait à l’image que votre personnage conçoit et qui donne en premier lieu naissance aux sylphes, puis à ce géant qui dans l’esprit du personnage étend son ombre obscure jusqu’à mettre son âme dans le taureau cosmique, etc. Don Solcum va même plus loin puisque cette imagination florissante et impétueuse aboutit à toutes sortes de déités. Tout cela m’interpelle en ce sens que je me demande si les Dieux mentionnés dans les religions monothéistes accompagnés de représentations féeriques ou diaboliques engendrées ne le seraient-elles pas par ces hommes fous de de cette avidité à connaître leur origine, voir leur dimension, existentielle, dans un univers qui leur échappe.

  • Merci de ce commentaire, David. Dans l'esprit de mon texte, les formes créées par l'être humain sont plutôt comme des prières adressées aux dieux, pour qu'ils les habitent ou les corrigent. Les formes fausses, bien sûr, n'abritent que des esprits trompeurs. Créer une forme d'ange accueille l'ange si elle est digne de lui, elle l'attire. Sinon elle le repousse, et une singerie d'ange l'habite. Dans le monothéisme biblique, une forme particulièrement pure est apparue, à même d'accueillir la divinité la plus haute; les autres en sont apparues par contraste comme fausses, illusoires, vides. Mais justement ces formes plus ou moins nobles et belles sont bien la voie d'une connaissance, par laquelle l'univers n'échappe plus, il n'y a à cet égard pas de fatalité, je ne crois pas, et le monothéisme a aussi été une manière d'en savoir plus qu'on n'avait jamais fait, sur la question, et donc de porter l'évolution humaine à un point jusque-là inconnu, du point de vue de la conscience.

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