Quelques pages dans le Myrtho n° 7 de mon ami Marcel Maillet

0000000000000000000.jpgMon ami Marcel Maillet, célèbre poète du Chablais, tient une revue de poésie électronique appelée Myrtho, dont le septième numéro est paru: voyez-en le contenu en cliquant ici: Myrtho 07.pdf. Vous y verrez des hommages à des poètes classiques que j'aime bien sûr aussi, et qui sont parfois peu connus. C'est agréable et amusant, on découvre un tas de choses. J'ai moi aussi consacré beaucoup de temps à des poètes méconnus, mais surtout savoyards. L'hommage le plus vibrant est adressé à Guillaume Apollinaire, qui a fait de merveilleux poèmes, qui était un champion de l'art lyrique. Et puis Marcel consacre quelques pages à mon dernier recueil, Chants et conjurations, et en les relisant je suis étonné de voir que mes vers créent des images que j'ai oubliées, mais qui me plaisent et me surprennent: 

Glissant alors sa main légère et de cristal
Dans ma propre main lourde, elle fit un signal
De l'autre, à ce moment un vaisseau de lumière
Vint du ciel l'entourer d'une étrange bannière.

J'aime assez cela. C'est mon genre: essayer de créer des images à la fois fabuleuses et remplies d'intensité morale est mon style.

Mais sans doute je puis me laisser griser par le fabuleux même, sur le mode de Lucifer, comme disait Rudolf Steiner. Le pôle rationaliste, ahrimanien, comme disait aussi Steiner, de l'académisme universitaire m'intéresse tant que la raison est réellement concernée; mais quand je sens le parti-pris rationaliste qui refuse d'entrer dans la logique spirituelle ou religieuse des écrivains dont les départements de littérature s'occupent, j'ai du mal à garder mon calme, cela m'irrite d'emblée.

Cet agnosticisme dogmatique mène naturellement au matérialisme, et entretient fréquemment le mensonge, sur les auteurs. On dirait qu'il n'est pas séant de parler de l'ésotérisme de Victor Hugo, du catholicisme de Charles Perrault, qu'il n'est pas convenable de lier les imaginations du monde spirituel avec une conviction philosophique ou religieuse définie. On dirait qu'il est interdit de se référer à François de Sales ou de l'étudier à l'université publique. Ou bien Louis-Claude de Saint-Martin et Éliphas Lévi, comme s'en plaignait André Breton. Mais si ces deux auteurs occultistes et francs-maçons pouvaient bien lui plaire parce qu'il aimait les choses étranges et écrivait sous la lumière de l'Ange du Bizarre, il faut bien reconnaître que François de Sales leur est supérieur sans avoir été occultiste, et que son rejet de la sphère universitaire est encore plus incohérent, encore plus en contradiction avec les prétentions universalistes de l'Université.

Revenons cependant à Marcel et à son magazine sympathique et frais. Car la plus belle partie est peut-être occupée par ses propres vers, qui terminent le volume. J'ai adoré en particulier ce poème:

Quel magicien
quel jardinier céleste
a semé dans le sous-bois
cet archipel de fleurs légères
brume de frêles fougères
et d’aériennes cardamines ?
Pour quelle visitation de l’ange ou de la fée ?
Pour quelle annonciation 
d’un éternel printemps ?
S’ouvre
dans la closerie de la clairière
un ciel moiré de noctuelles
et le chercheur d’énigmes s’émerveille
qui reçoit le divin 
et marche vers l’enfance.

Marcel pose sous forme de question la possibilité du merveilleux chrétien ou de la féerie sanctifiée, pour ainsi dire baptisée. Et il le lie à l'enfance à venir, puisque, comme disait Goethe, le génie est celui qui retrouve son enfance en toute conscience. L'âme 00000000000.jpgest à l'état d'enfant, en réalité: comme être spirituel, ange à venir, l'homme n'est qu'un petit enfant. Et ce qui me fait plaisir, est l'écho qu'offre ce poème à ce que Marcel dit de moi et de mes vers: Rémi est resté fidèle à l'enfance, l'âge où tout est possible. Du moins, cher Marcel, j'essaie de la pénétrer de lucidité, sans perdre sa qualité. Car c'est l'équilibre à conquérir, la médiocrité dorée d'Horace, et que Steiner, encore, disait à la fois christique et profondément humain. Évidemment, cela ne plaît pas à ceux qui, n'aimant pas l'enfance, voudraient ne faire de l'être humain qu'une sorte de machine supérieure. Et qui n'aiment la poésie que quand ils peuvent la dire déraisonnable, irréelle et foolish, comme disent les Anglais. 

Commentaires

  • Merci pour votre article que j’ai lu avec grande attention. En ayant eu l’occasion de lire vos deux poèmes intitulés « La barque enchantée » et les « Chevaliers du futur », (je vais tâcher de me procurer votre recueil) je dirais qu’il s’y dégagent à la fois ce fantastique mêlé parfois de romantique, et cette spiritualité amplifiée et magnifiée par cette fée, la Morphée des rêves, permettant à la plume de nous accordez cette trêve créative dans la platitude de nos vicissitudes.

    Lorsque vous dite que vous êtes irrité par le parti-pris nationaliste, etc, je vous comprends, mais à mon humble avis, la poésie a la faculté de par les vers rimés ou rythmés de permettre aux lecteurs de se détacher du message prosaïque et d’adhérer à l’excellence de l’unité versifiée. La forme ne prime-t-elle pas sur le fond ?

    Quant au poème de Marcel, il s’y dégage ces images fortes qui avec des mots magistralement alignés nous transporte vers ces interrogations innocentes, infantiles, loin des occupations tant soit peu utiles et qui sont à mille lieues de nos préoccupations mercantiles.

  • Merci de votre commentaire cher David. Je suis d'accord avec ce que vous dites, la poésie permet d'échapper au rationalisme et au prosaïsme, mais je pense que la société progressera lorsqu'elle cessera de compartimenter les domaines de la vie et que des liens plus forts et étroits seront établis entre la création poétique et la littérature académique. Vous savez bien déjà qu'aux Etats-Unis il y a à l'Université des cours de creative writing, tandis qu'en France on dirait qu'en même temps qu'on y vit de commentaires qu'on fait sur eux, on chasse les poètes de l'Université. C'est un vrai problème de société, je pense. A bientôt.

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