Charles Perrault et la doctrine de François de Sales

000000000000.jpgDans son Introduction à la vie dévote, François de Sales dit qu'à la mort, le monde physique s'évapore: seules restent, substantielles – réelles –, les actions qu'on a accomplies, en tant que forces morales élancées dans l'univers. Les unes portent les anges, les autres les démons, et par elles on est tiré vers le Paradis, ou l'Enfer.

Dans un précédent article, j'ai signalé que, dans les mythologies orientales et antiques, les vertus étaient personnifiées par des femmes d'une beauté radieuse, et pouvant voler dans les airs jusqu'aux étoiles – et donc portant des ailes, dans l'ancienne Rome: ce sont les Victoires.

Elles sont évidemment proches des Anges au sexe indifférencié, emportant les Saints au Ciel: elles sont même parfaitement équivalentes. En passant des unes aux autres, on a seulement voulu effacer la dimension érotique de l'ancienne religion: le lien que Platon voyait, entre le désir et la divinité. Roland porté au Ciel dans sa Chanson éponyme est bien la suite des héros romains portés par les Victoires dans l'Olympe. C'est parfaitement clair, il n'y a nulle raison d'en douter.

Et le fait est que les fées, dans la mythologie celtique dont elles viennent, avaient la même fonction, comme l'indique l'histoire du roi Arthur, emmenée dans La Mort du roi Artu par de mystérieuses dames vers l'Ouest et l'île d'Avalon, qui est aussi celle des Morts. Cela relève tellement de l'évidence qu'il est impossible que les philosophes médiévaux n'en aient pas été conscients. Et c'est un fait que même Charles Perrault parle des fées de cette façon: la fée marraine de Cendrillon, matérialisant les vertus de sa protégée, crée pour elle un monde beau, peut-être au-delà de cette vie – ou alors en avance d'hoirie, pour ainsi dire.

Et si ce merveilleux déluré étonne même les spécialistes de la littérature médiévale, au fond plus sobre, il ne faut que se référer au mysticisme de François de Sales, puisque celui-ci, on l'a vu, estime que le monde physique n'est que fumée: c'est peut-être à 00000000000.jpgcause de ce genre de pensées qu'il a été rapproché du bouddhisme. Ou, plus simplement, lié au baroque.

Le courant salésien confine à l'orientalisme, au mysticisme asiatique. C'est un fait. Si donc le monde physique n'est qu'une vapeur, il n'est guère étonnant que les forces spirituelles aient tôt fait de remplacer, par une forme de superposition, ce monde physique mort par le monde vivant des vertus et des vices: on est dans le baroque, mais dans un baroque mû par des forces morales.

Le merveilleux devient ainsi parfaitement possible. Ce n'est même plus que la frontière entre les mondes soit effacée, puisqu'il n'existe, au fond, qu'un seul monde: celui de l'Esprit; la sphère sensible s'efface d'elle-même, au cours du récit, sous le poids de la révélation intelligible. Et qui ne sait que c'est la tendance profonde du classicisme, par exemple chez Jean Racine?

Or, si Boileau et Perrault se détestaient, on sait que Racine et Perrault s'entendaient plutôt bien.

Je reviendrai une autre fois sur la filiation entre François de Sales et Charles Perrault, passant, possiblement, par Mme Guyon et Fénelon, quoiqu'il ait pu le lire directement, tout le monde alors le faisait.

Commentaires

  • Étant donné que vous traitez de mythologie, de religion, d’enfer et de paradis Permettez-moi Rémi de mettre mon grain de sel.

    En fait le mysticisme asiatique rejoint (je pense que l’on se réfère à 'hindouisme,au sikhisme, au bouddhisme et au jaïnisme) le mysticisme judéo-chrétien, dans le sens de la punition et de la récompense du défunt. Si la religion judéo-chrétienne situe la résultante de nos actes sur terre au paradis ou en enfer, le mysticisme asiatique, lui, situe la résultante sur la terre même. Pour les bouddhistes, le karma conditionne la réincarnation de l’âme dans différents corps (humains, animaux ou végétaux, selon les théories). Tous ces dogmes ne me satisfont pas du point du vue logique.

    Prenons la religion judéo-chrétienne. Comment la souffrance que l’on a infligée à autrui peut-elle disparaître par le brûlement en enfer du criminel ? Comment la jouissance procurée par un homme charitable peut-elle se mesurée à l’aune d’un paradis promis au bienfaiteur. Pour la religion Judéo-chrétienne, paradis et enfer ne servent qu’à prévenir le mal ou à encourager le bien. Mais alors, ce Dieu conceptuel que l’homme a conçu avec ses propres défauts et ses propres qualités — aucun Dieu ne s’est jamais présenté à aucun humain, ce sont maint hommes qui ont prétendu être son porte parole--- pourquoi a-t-il engendrer le mal et le bien ? Pourquoi cette mise à l’épreuve ?

    Concernant la théorie du Karma, dont les religions asiatiques sont friands, et selon laquelle les causes et les effets sur terre conditionnent notre future réincarnation. Elle ne me satisfait pas, car prenons un cas extrême : Comment l’âme d’un individu funeste peut-elle pratiquement s’améliorer à travers une ou nombreuse réincarnations aussi souffreteuses soit-elles , étant donné qu’il ne se souvient pas de sa vie primitive qui lui permettrait de devenir bon ? On tombe là dans cette foi qui se heurte à toutes cohérence.

    C’est pourquoi j’avance de façon humble et de façon intuitionniste qu’il n’y a pas Dieu et nous,  mais que Dieu est en nous avec ses imperfections et ses perfections. Par ailleurs, pour définir l’âme : elle est une sensation de contemplation, de se sentir exister. J’en parle plus longuement dans deux de mes nouvelles que je publierai un jour ici.

  • Cher David, merci de ces commentaires. La souffrance infligée à autrui retombe ensuite sur celui qui l'a commise, en principe, et la victime en sort au contraire purifiée et pleine de joie spirituelle. Il en est ainsi aussi dans le bouddhisme, qui croit à l'enfer et au paradis en plus des vies successives - mais évidemment ce sont un enfer et un paradis qui ne durent que le temps qui sépare deux vies terrestres. Il est possible d'imaginer je suppose une âme s'enfonçant peu à peu dans les ténèbres, le Jugement dernier en parle. Même dans le bouddhisme c'est imaginable car somme toute le cycle des vies terrestres doit s'arrêter selon lui, mais l'âme ensuite continue d'exister.

  • En outre les péchés dans le bouddhisme créent des défauts dans l'âme, des faiblesses, dont par une conversion on peut se guérir, ou alors par la souffrance. D'une vie à l'autre, voire en cette vie. Mais cela n'arrive pas toujours, il est possible de s'obstiner.

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