Jean-Claude Mayor et Marguerite Chevron dans l'almanach de Savoie 2022

00000000000.jpgDans le n° 23 de L'Almanach des Pays de Savoie des éditions Arthéma, donc pour l'année 2022, on trouvera deux articles de ma modeste personne: un sur Jean-Claude Mayor, ancien journaliste à la Tribune de Genève, et un sur Marguerite Chevron, une poétesse catholique du dix-neuvième siècle, dans la Savoie des ducs - ou, pour mieux dire, des rois de Sardaigne. Le premier, on s'en souvient, a écrit des recueils de légendes relatifs à Genève et au Salève; pour Genève, il évoque volontiers l'époque savoyarde, l'époque où les comtes et ducs de Savoie exerçaient le pouvoir judiciaire à Genève, je dirais d'Amédée V à Charles III, mais peut-être qu'un historien pourra être plus précis. Car avant cela, on le sait, le pouvoir judiciaire était censé être exercé par le comte de Genève sous la juridiction du prince-évêque, et, après cela, Genève est devenue une république indépendante. Mais Jean-Claude Mayor aimait bien l'époque féodale, notamment parce qu'elle était pleine de légendes - remplies de merveilleux. La Maison de Genève, en particulier, était réputée liée à la fameuse Vouivre, serpent ailé et immortel, comme la ville de Milan. C'était talismanique, je pense. Les Savoie étaient plus fidèlement catholiques, dans la foulée de Charlemagne et du Saint-Empire, et leurs légendes avaient plus d'anges et de saints, moins de créatures fabuleuses et occultes. Mayor a bien sûr évoqué ces choses, et aussi le caractère princier des Savoie lorsqu'ils se rendaient à Genève. Il l'a fait, au fond, dans l'esprit des retrouvailles des Vaudois, dont il était, avec leur passé savoyard, dont a participé Ramuz. Avant Berne et Calvin, il y a eu du merveilleux, à Genève et dans le Pays de Vaud!

Il a aussi célébré le Salève, s'appuyant à la fois sur la tradition littéraire genevoise et la savoyarde, unissant ainsi les deux peuples, même si sous sa plume des différences apparaissaient: du style élégant de John Petit-Senn, descriptif mais réaliste dans la foulée de Rousseau, aux inventions étranges des écrivains catholiques locaux, évoquant directement Dieu, il y avait un monde.

Marguerite Chevron était une poétesse pleine de mérite, qui n'a pas appris à lire avant l'âge de quinze ans, et qui était d'origine paysanne. Elle a appris à lire dans les traités mystiques à disposition des gens ordinaires, à cette époque, tels que L'Ange conducteur. Les défenseurs des pauvres, ou du prolétariat qui s'en prennent au catholicisme me font bien rire: en Savoie, le prolétariat était catholique et royaliste. Marguerite Chevron a célébré le roi Charles-Albert et ses travaux, ou alors a mis en vers les anges, les a décrits, savamment et dans un feu poétique et romantique qu'elle confessait volontiers: exaltée, elle eût voulu 000000000000000.jpgne vivre qu'avec les purs esprits. Elle a fait leur tableau détaillé, mais les a aussi reliés à l'âme humaine, dans leurs vertus, et aussi dans leurs vices, évoquant le diable. Elle a expliqué que, quoique purement spirituels, les anges avaient des sortes d'organes, comme les hommes. Et je suppose que, pour pouvoir les connaître aussi bien, elle a aussi développé ses propres organes spirituels de perception.

Elle a fondé une école, voulant à son tour faire bénéficier de la lecture des ouvrages pieux et de la poésie de Lamartine, où elle-même avait appris à aimer la poésie et à faire des vers. Car ce poète était couramment disponible, dans la Savoie du temps. On l'aimait, on l'approuvait, notamment parce qu'il avait chanté la Savoie et Dieu. Même s'il l'avait fait dans un esprit rousseauiste, on ne lui en voulait pas. On lui en voulait d'autant moins qu'il ne polémiquait pas contre l'Église catholique, même quand il s'affichait comme républicain. Il restait chrétien et croyant, c'est ce qui comptait. Somme toute, il se disait savoyard, et même Rousseau n'avait fait que louer les Savoyards, sans s'en dire un pour autant. Marguerite Chevron fut une grande dame, et elle est morte jeune, épuisée et pure. Morte d'avoir trop aimé Dieu, comme eût dit François de Sales. Grâces lui soient rendues.

Un numéro 23 à lire, par conséquent! On y trouvera également une bonne présentation de François de Sales (justement) par Michel Germain, et des souvenirs du passage de Charlemagne en Maurienne: on se souvient que c'est là qu'un ange lui a donné l'épée Durandal, confiée ensuite à son neveu Roland. Moment grandiose. Les anges ne viennent-ils en France qu'en passant par la Savoie? Je tends à y croire. Bonne lecture!

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