Paganisme et christianisme chez Charles Perrault: un certain refus de distinguer

000000000000.jpgCette année, j'ai suivi un étrange cours sur les Contes de Charles Perrault, dans lequel pas un instant il n'a été question de merveilleux – sauf pour le minimiser, le marginaliser, le réduire. C'était dans une université que je ne nommerai pas, le professeur n'étant pas forcément plus responsable qu'un autre: la critique en général en agit de cette façon, et il préparait un concours dans lequel il faut avant tout récapituler l'état de la recherche. Une invention non validée par des articles scientifiques n'y a aucune place, même quand elle relève de l'évidence. Il faut que cela soit contrôlé – notamment, je pense, par le principe sacré de laïcité.

C'est à croire, de fait, que Dieu même était présent lors de l'instauration de la loi française de 1905. Tout y est soumis, dorénavant. La déesse de la laïcité, qui a inspiré le vote de l'Assemblée constituée, est maîtresse 0000000000000000.jpgabsolument. Et ne veut pas, cependant, qu'on parle d'elle, nouvelle Isis voilée.

Victor Hugo a assuré, dans La Fin de Satan, que l'ange de la liberté avait prévalu sur Isis. La liberté d'expression, même relativement aux anges et déesses, prévalant bien, en principe, sur toute loi seconde, je n'en voudrais pas moins évoquer dans ce blog relativement subversif une curieuse réflexion entendue pendant le cours universitaire évoqué – laquelle niait absolument une conception que Charles Perrault partageait en réalité avec tout le catholicisme. Car ce conteur, dans ses remarques critiques, rejette le merveilleux païen d'Apulée et Homère, qui pour lui ne signifie rien, n'a aucun sens. Et, à l'inverse, il défend le merveilleux gaulois et chrétien, médiéval, qui pour lui a du sens, et s'oriente moralement de façon convenable.

Importe-t-il qu'il ait tort ou raison, à ce sujet, quand on l'étudie objectivement? Mais en cours j'ai réellement entendu énoncer qu'en réalité les fables païennes avaient aussi du sens, et qu'on ne pouvait pas entrer dans la logique de Perrault.

Ah! Mais ne s'agissait-il pas d'étudier ses œuvres? Ou s'agit-il de les étudier contre ses sentiments, en les interprétant contre ce qu'il disait?

La critique a beau jeu de prétendre qu'on ne doit jamais prendre au mot un auteur. Que ses paroles peuvent n'être que de convention. Ici, quelle preuve a-t-on? Mais vraiment aucune. Les écrits privés de Perrault confirment son catholicisme. Il admirait 000000000000000.jpgBlaise Pascal, qui distinguait profondément la sagesse chrétienne de la sagesse païenne. Et nous savons que dès le début le catholicisme s'est opposé au paganisme: ce n'est pas un mystère. On en trouve mille exemples chez saint Augustin. Ce n'est pas difficile à comprendre.

On trouve même l'idée que le merveilleux est possible s'il est allégorique, comme le poète Prudence, au cinquième siècle, l'a illustré dans ses hymnes aux martyrs ou son poème de la Psychomachie – combat des Vertus et des Vices, dans lesquels les seconds sont appelés monstres, et les premiers sont clairement des sortes d'anges. Les miracles étaient regardés par le christianisme comme des interventions authentiques de la divinité, et les fables païennes comme retraçant soit des inventions pures et simples de poètes voulant séduire leurs lecteurs (sur le modèle de Harry Potter), soit des inspirations démoniaques faisant des démons eux-mêmes des dieux.

On peut dire que c'était fallacieux, illusoire, qu'en réalité le merveilleux chrétien était fait sur le même patron que le merveilleux païen; on peut dire ce qu'on veut; il est évident que ce n'était pas l'opinion de Charles Perrault. 

Et il n'était pas le seul à le penser, alors. Outre Blaise Pascal déjà cité, notre bon François de Sales a clairement rejeté le paganisme même philosophique des Stoïciens, tout en saluant la grâce constituée par le merveilleux chrétien. Et surtout, dans la littérature profane, Pierre Corneille, qui était croyant, a explicitement dit que les croyances païennes étaient fausses, tandis que le merveilleux biblique, avec ses anges et ses démons, était vrai. Que cela choque la sensibilité moderne ne doit pas amener à changer rétroactivement le passé.

Prétendre que les grands écrivains officiels se sont exprimés de cette manière contraints par l'Église est être de mauvaise foi. C'est simplement faux, ou en tout cas on n'en a aucune preuve. On veut imposer le rationalisme philosophique au panthéon national pour en faire la promotion, voilà tout.

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