La mythologie germanique et les mots anglais. Apprentissages des langues par l'imagination fabuleuse

00000000000000000.jpgUn certain Jean-Philippe Fons a écrit un jour un article contre la mythologie germanique et sa présence dans les programmes d'études des écoles Steiner; mais on peut découvrir que ce M. Fons est docteur d'Anglais et qu'il a enseigné cette langue à l'Université – et alors on est surpris, car en anglais les jours portent justement les noms des dieux germaniques. Mercredi est en français le jour de Mercure, mais en anglais c'est le jour de Wotan - ou Woden, comme on prononçait son nom en Angleterre, et c'est bien sûr le même que l'Odin islandais. Jeudi est pour nous le jour de Jupiter, pour eux le jour de Thor, et vendredi pour nous vient de Vénus, pour eux de Freya, déesse du printemps, et mardi pour nous est le jour de Mars, pour eux celui de Tiwaz, un dieu oublié, non présent dans l'Edda islandais. 

Car la mythologie germanique n'était pas partout uniforme – si, pour l'acclimater à l'Allemagne, Richard Wagner a repris les récits de l'Edda en donnant aux dieux et héros leurs noms allemands. Au vingtième siècle, Jack Kirby a repris ceux de l'Edda, dans les comics Marvel qu'il a réalisés, ayant eu l'idée de raconter l'histoire d'un homme qui, retrouvant le tombeau de Thor, devenait Thor à son tour en frappant sur le sol un bâton là découvert. Le bâton devenait le fameux marteau. 

Finalement, Jack Kirby a décidé que cet homme était réellement Thor, et que celui-ci n'était pas mort – seulement exilé sur Terre. En entrant dans le corps d'un mortel il avait oublié son origine divine – ce qui, beau et romantique, rappelle La Chute d'un ange de Lamartine. Odin l'avait exilé parce qu'il s'était rebellé contre lui. 

Et un jour, le mortel, Donald Blake, se souvient de tout, de son origine divine – et voyage en pensée, sous la forme astrale de son double immortel, de Thor à la cape rouge, vers Asgard, et son père lui pardonne tout! C'est sublime, et Jack Kirby a ajouté de belles choses à cette mythologie, l'a rendue romantique et en même temps plausible, l'a insérée dans notre époque, 000000000000.jpgnotre monde. C'était un grand homme. 

Et qui peut croire qu'il aurait ainsi travaillé sur cette mythologie par goût pour le nationalisme allemand, lui qui a combattu l'Allemagne de Hitler et a commencé sa carrière en créant le personnage de Captain America, célèbre pour avoir donné directement un coup de poing au dictateur nazi, avant de se consacrer à son suppôt le Crâne Rouge? Ridicule. Jean-Philippe Fons l'insinue pourtant bien. Jack Kirby, quoique d'origine allemande, était juif, et il a simplement rendu hommage à cette mythologie qui est belle en soi, et en soi ne porte aucunement les valeurs d'Adolf Hitler ou même de Richard Wagner.

Mais surtout, lorsqu'on est professeur d'anglais, comment peut-on éluder cette mythologie? Pour le moins, elle permet aux enfants de se souvenir du nom des jours en les rendant moins abstraits – en les liant à des images belles et fortes, à des héros, à des figures puissantes, rayonnantes! La pédagogie qui ne s'appuie que sur l'intellect même pour les plus jeunes enfants est vraiment absurde. Si c'est ce que M. Fons appelle les valeurs éducatives de Condorcet, alors! 

Le rationalisme peut faire beaucoup de mal aux enfants, naturellement portés vers l'imaginaire. On ne peut pas les faire entrer dans des cases, dans des structures mécaniques préétablies, sans nuire gravement à leur santé, tant physique que mentale. Non seulement la mythologie germanique est pleine d'une riche sagesse, mais elle est nécessaire à l'apprentissage de l'anglais d'une façon heureuse et saine – elle est nécessaire à la santé des enfants, puisque tous apprennent l'anglais.

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