Les météorites ennemies de la sociologie contemporaine

0000000000000000.jpgJ'ai, dans un précédent article, évoqué l'idée de Gérald Bronner, philosophe sociologue, telle qu'elle apparaît dans Les Gardiens de la Raison de Stéphane Foucart, selon laquelle le plus important, dans notre civilisation technicienne, est de préparer un danger majeur qui selon lui se profile: la chute d'une météorite sur Terre. Une chute pas vraiment scientifique, en soi, pas prouvée statistiquement; mais c'est quand même au nom de la Science que le péril est brandi, puisqu'il justifie l'effort vers une technologie toujours plus poussée – et la mise au ban de solutions différentes, fondées sur la connaissance de l'Esprit.

Or, ce qui est remarquable, dans cette météorite paranoïaque, est qu'elle répond à un archétype profond, visible, explicite dans les vieux mythes. J'ai souvent cherché à montrer que la science-fiction était en réalité remplie de ces archétypes d'essence spirituelle – et même, mon premier article important, paru dans une revue littéraire belge, portait sur cette question. 

J'étais tout jeune, alors, et j'ai cru que j'allais me faire des amis dans le milieu de la science-fiction. Mais il est dominé par des gens qui veulent faire croire que leurs imaginations sont scientifiquement établies, qu'elles n'émanent pas de l'âme humaine et 0000000000000000.jpgd'archétypes intimes. Cela n'a donc pas marché.

Dans le Coran, de fait, les étoiles filantes – les météorites, donc – sont des anges déchus, des êtres célestes qui tombent sur Terre pour y apporter du mal, des tentations, toute sorte de choses. Dans le paganisme, ils apportaient des connaissances, aussi, des techniques. Et le fait est que Gérald Bronner semble diaboliser ces pauvres météorites, lui-même, il est presque prêt à leur attribuer une intention malveillante, à l'égard de l'humanité.

Or, dans sa philosophie ésotérique, Rudolf Steiner assurait que l'obsession de la technologie était largement une résurgence de l'esprit scientifique arabe, tel qu'il s'était déployé par exemple dans l'Espagne médiévale. Et il est vrai que la mosquée de Cordoue était remarquablement mathématique, qu'elle annonçait en cela les villes modernes, notamment américaines. Cela dit, selon Marco Polo, cela existait aussi en Chine, dès le Moyen Âge.

Il y a plus. La peur d'un corps céleste descendant sur la Terre et la détruisant a été cristallisée de façon remarquable par Lars von Triers, dans son film Melancholia: il y avait un incroyable effet de réel, en son sein, et plus d'un spectateur (dont moi) est ressorti de la salle persuadé que cela allait vraiment arriver. Tout se passait comme si une prescience était ici déployée. 

Or, de nouveau, l'ésotérisme de Rudolf Steiner assure qu'il arrivera un jour où la Lune se précipitera sur la Terre et s'y dissoudra. Seulement cet ésotérisme? Je me souviens que, petit, j'ai lu un ouvrage de vulgarisation affirmant la même chose – mais 000000000000000.jpgannonçant que la Lune serait remplacée par un anneau, comme autour de Saturne, et qu'on ne risquait rien. Évidemment. Je pense que Gérald Bronner ne s'en souvient pas forcément, mais qu'il a lu le même livre que moi, et que le coup de l'anneau ne l'a pas convaincu – que, arrivé à l'âge adulte, l'image a resurgi en lui sous la forme d'un cauchemar, d'un cauchemar profondément prégnant, ayant l'allure de la réalité. Je pense que Lars von Trier est dans le même cas. C'était sans doute le même livre, quoiqu'au Danemark.

Ainsi, les archétypes travaillent dans le subconscient, et finissent par devenir théorie scientifique, hypothèse probable. Dès lors, il faut l'assumer. Il faut regarder dans sa propre âme et voir quelles peurs mystiques inspire une image, et ce que l'on pressent, non pas physiquement, mais moralement, et spirituellement. L'image fait pression sur l'âme, attendant d'elle quelque chose. Il y a, dans la chute de la Lune sur la Terre, une dimension morale et spirituelle. Or, dès qu'on l'a saisie, on sait comment agir pour résoudre le problème, dissoudre cette peur. Et, certes, ce n'est pas en forgeant des machines qui y résisteront: c'est matériellement illusoire, et moralement, spirituellement ne résout rien.

Commentaires

  • C'est dur à avaler scientifiquement, mais en fait la Lune s'éloigne de quelques centimètres chaque année de la Terre. Quand elle s'en ira, phénomène qui va s'accélérer, cela sera tout aussi dramatique pour la vie sur Terre : oscillations qui vont détruire le cycle des saisons, en tout premier lieu.
    Sur le plan général, cette obsession américaine des catastrophes répond à leur croyance mystique dans le Déluge. Le débat entre catastrophistes et évolutionnistes a marqué tout le début de science géologique. Selon mon prof de paléontologie, la disparition "rapide" des dinosaures a tout de même duré un million d'années...alors que les propagandistes des télés américaines la voient sur un seul jour.
    Le risque d'une chute d'astéroïde sur la Terre existe. Mais je ne vois pas ce que l'on peut y faire... L'humanité aura bien une fin, mais laquelle ?

  • Nous sommes tous si américanisés, à présent... L'obsession technologique française vient aussi du désir de Napoléon et de De Gaulle de rivaliser avec les Anglais et les Américains. Plus que le Déluge l'épisode biblique évoquant la destruction de la cité de Sodoma par le feu du ciel pourrait être à l'origine de la peur des météorites. Le livre dont je parle dans l'article évoquait un lent éloignement de la Lune et puis un brusque et dangereux rapprochement...

  • Merci Rémi pour votre belle analyse. Et si derrière les archétypes catastrophistes, comme les météorites, se projette l’exutoire aux culpabilités humaines dans l’image d’un monde pollué ? Tant de forêts sont détruites, tant de déchets sont immergés dans les mers et le océans, etc, etc. Alors, l’humain inconsciemment ne trouve-t-il pas dans les croyances religieuses ou mythiques cet anéantissement terrestre dont il est l’unique responsable ? Il est plus facile de s’en remettre à Dieu qu’à soi.

  • La mauvaise conscience, cher David? Sans doute. Elle rend paranoïaque, disent les sages. Il y a un passage de la Bible, qui va dans ce sens, le peuple ayant péché, Dieu lui envoie des peurs irrationnelles. Quand on n'a rien à se reprocher on n'a rien à craindre, dira le dicton. Au plaisir. Merci infiniment de ce commentaire.

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