CXCIII: le secours de l'Astre

0000000000000000000.jpgDans le dernier épisode de cette histoire épouvantable, nous avons laissé le Génie d'or, gardien secret de Paris, alors qu'un monstre abominable cherchait à se jeter sur lui dans le but de l'immobiliser, et de le dévorer.

Le Génie d'or le vit bouger et, laissant son bras au premier tentacule qui brusquement détendu l'avait saisi, le regarda droit dans les yeux – que le monstre avait énormes et gluants, larmoyants et sombres – et lança un nouveau rayon bleu de son propre œil étincelant. Mais le monstre ouvrit sa grosse bouche et avala le rayon, le fit disparaître dans son énorme gosier, apparemment sans mal aucun. Car l'instant d'après il referma cette bouche et esquissa un hideux sourire, laissant paraître ses dents affreuses de requin géant.

Sans se laisser effrayer inutilement, le Génie d'or suivit alors une autre idée. À un mouvement de sa pensée, l'émeraude fabuleuse de son bâton cosmique se mit à luire d'un éclat éblouissant, et lança brusquement une rafale de rayons sur le monstre, véritable feu nourri de flèches de lumière, de traits de clarté solidifiée. Frappé au buste, au visage, aux membres, le monstre cligna des yeux et s'arrêta, et il s'étonna d'avoir oublié la puissance de cette gemme étoilée. Car il l'avait connue, autrefois. Mais 0000000000000.jpgil ne se souvenait pas qu'elle fût munie d'une telle puissance. Cependant, rassemblant sa propre force, il reprit son avancée, sans se laisser éloigner et repoussé par ce feu nourri, qui le frappait sans l'entamer, si dure et si épaisse était sa peau naturelle. Pour lui, il n'était fait que de coups rebondissant sur son cuir, et ne lui faisant pas de mal véritable.

Il en fut ainsi, du moins, jusqu'à ce qu'un trait vert, plus fin, plus acéré et plus chanceux que les autres, l'atteignît juste sous la poitrine gauche, près du cœur – s'il en avait un. Et le rayon entra dans la chair, et un sang noir se déversa. Mais il ne dut pas aller profondément dans son corps, en tout cas n'atteignit certainement pas le cœur, car le monstre restait bien vivant et en pleine vigueur, et continuait à avancer. Sa plaie, juste, fumait, et laissait couler sur son ventre ce sang noir, aux reflets rouges, que ses membres abhorrés contenaient. Voyant cela, le Génie d'or redoubla d'ardeur, et le feu de sa gemme fut plus nourri encore, tout coruscant et nimbé d'étincelles. Dans le ciel, curieusement, l'étoile de Vénus semblait plus brillante que jamais elle ne l'avait été, et singulièrement proche. Mais cela n'a rien d'étonnant, car cette gemme était nourri de sa flamme, de son âme, et elle en tirait sa force. Il apparaît que l'être céleste commandant à cet astre s'intéressait désormais de tout près au Génie d'or et à ce qu'il 0000000000000000.jpgtentait d'accomplir, et le soutenait complètement dans son action. Ce qui n'a pas toujours été le cas, car cet être céleste a souvent méprisé les hommes et les gens de sa propre race qui ont voulu les aider, pensant et estimant qu'ils ne le valaient pas, et qu'ils déversaient dans l'univers plus de mauvaises choses que de bonnes. Mais depuis le sacrifice de celui qu'on nomme le Christ, venu sur Terre pour sauver ces êtres humains, il était passé, bon gré mal gré, du bon côté, et désormais défendait les hommes, Dieu soit loué. Et le Génie d'or en bénéficiait: sans cela, il serait lui-même resté du côté de ceux qu'on nomme les démons, parmi lesquels il s'était longtemps trouvé, en vérité. Mais c'est une autre histoire, et la rédemption des génies est un sujet vaste et complexe, que nous ne saurions traiter ici plus en détails. Revenons à notre combat de la place de la Bastille, à Paris.

Du moins le ferons-nous la prochaine fois, car pour aujourd’hui, il nous faut laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à la suite de cette affreuse histoire.

Commentaires

  • Merci Rémi pour cet épisode qui m’a bien tenu en haleine. Vous avez l’art du suspens dans un combat mettant au prise le bien et le mal. En tout cas le Génie d’Or nous apprend ceci : La lumière si elle est en général bienfaisante peut aussi être malfaisante pour ceux dont le mal emplissant l’être fait tourner la générosité en atrocité. D’où cette question essentielle : Notre souffrance n’est-elle pas cet agrément qui s’est pervertie au contact de nos fautes morales ? Je pense que bien des théosophes, des religieux pourraient le confirmer.

  • Merci infiniment de ce commentaire cher David. J'y adhère totalement. L'amour corrompu est la source de toute souffrance. Si je peux résumer ainsi. Merci.

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