Captain Córsica - Page 3

  • Degolio LXVI: au secours de Sainte Apsara

    10403594_1574376866179793_160177096558801158_n.jpgDans le dernier épisode de cette frémissante série, nous avons laissé le Génie d'or alors qu'il venait d'entendre Captain Corsica s'écrier qu'il allait partir chercher une certaine Sainte Apsara, enlevée par des Ogres.

    - Ô Captain Corsica, vaillant fils de Cyrnos, dit alors le Génie d'or, laisse-moi t'accompagner; ainsi pourrai-je payer la dette que j'ai envers toi! Ainsi pourrai-je t'aider comme tu m'as aidé!

    - En es-tu sûr, noble Solcum? répondit le héros de la Corse immortelle. Il s'agit de mon combat, et tu as tant à faire, à Paris, contre Fantômas!

    - Comment aurais-je la force d'agir à Paris si je n'ai pas pu te seconder ici, ô ami? Ce n'est point me retarder, que de te suivre, mais me donner le courage d'accomplir mes futures missions. Si je ne venais point avec toi, j'en serais si marri que le cœur me manquerait, face à l'ennemi!

    - Alors viens, fit le héros, fils de Cyrnos. Et toi, Cyborg d'argent, en es-tu aussi? Car je pourrais te contraindre à venir, mais je ne veux point le faire: je ne veux point exiger de toi ce devoir.

    - Peux-tu en douter, noble fils de Cyrnos? s'exclama le Cyborg d'argent. Ce n'est pas pour moi une charge, mais une joie, de payer, comme Solcum, ma dette à ta lignée, et à toi. Je suis pressé de 11001939_753674721395210_5162667827839813824_n.jpgconnaître les ressources de ma nouvelle armure, mue non par les forces mécaniques, mais par les forces éthériques - mon armure vibrante de vie, étincelante, souple, irisée, tissée de rayons de lune. À la seule pensée que je vais affronter des Ogres, elle jette des feux bleus; car elle est avide de les assaillir, de les presser. Et mes bras aussi vibrent, à l'idée de les combattre! Allons, car j'ai hâte d'y être. Et prions pour que Sainte Apsara soit encore en vie.

    - Mon père, dit alors Captain Corsica en se tournant vers Cyrnos; je demande la permission de quitter immédiatement ton palais pour poursuivre ces Ogres ignobles, et partir en quête de Sainte Apsara – ma chère Dévote Réparate-Brown.

    Cyrnos, en réponse, eut ces paroles: Je t'y autorise, mon fils, et te presse de faire au mieux, dans cette aventure. Néanmoins, il faut que tu sois des plus prudents. J'espère qu'il ne t'a pas échappé qu'il s'agit là d'un piège. Car comment sinon expliquer qu'ils aient laissé Talcarède en vie? Il est peu probable qu'ils l'aient cru mort. Ils comptent sur ta venue, et pensent pouvoir rallumer la guerre avec nous. Ils désirent que tu sois leur première prise! Ils t'attendent de pied ferme. Ne va donc pas te jeter dans la gueule d'un dragon: car il y en aura un, crois-moi, à l'entrée de leur royaume!

    Ce que j'espère est qu'ils n'aient pas prévu que tu serais accompagné du Génie d'or et du Cyborg d'argent, dont ils ne connaissent pas l'existence. Ils croient que tu viendras seul, ou secondé par des guerriers ordinaires. Donc appuie-toi, comme jamais, sur ces deux héros, sur ces deux amis, et fie-toi à leurs pouvoirs. Quoi qu'il en coûte à ta fierté, compte davantage sur eux que sur toi-même, car ils seront ceux qui te sauveront, et te permettront d'échapper aux ruses du Maufaé.

    Et quant à vous, messieurs (dit-il en s'adressant aux deux amis de son fils), songez à ce que je viens de dire, et précédez mon fils à la bataille et dans les pièges: car ils seront faits pour lui, mais vous avez des pouvoirs spécifiques. Ouvrez-lui la voie, et il pourra vous secourir, après avoir déjoué les ruses de l'Ennemi. Sacrifiez-vous pour lui, s'il vous est cher. Et soutenez-le, si vous le voyez en péril.

    Enfin, tous les trois, faites attention: car il se pourrait que derrière ce traquenard mon frère Ortrocos ait sa main. Et vous connaissez sa méchanceté, son infamie, son âcreté.

    C'est sur ces paroles néanmoins que cet épisode doit s'achever. La prochaine fois, nous assisterons au départ des trois héros vers la forêt de Valdaresca.

  • Degolio LXV: l'enlèvement de l'Apsara

    ruins_by_iidanmrak-d5wmt54.jpgDans le dernier épisode de cette épique série, nous avons laissé nos héros alors qu'un messager ensanglanté venait de leur annoncer qu'une personne nommée Sainte Apsara (ou Dévote Réparate-Brown) avait été enlevée par les Ogres de Valdaresca, et qu'il s'apprêtait à en narrer les circonstances.

    - Voici, dit celui qui venait d'être nommé, et après avoir bu d'une eau qui ondoyait dans le gobelet d'argent que lui avait tendu Tilistal dès qu'il avait entendu les mots de son maître: nous étions, elle et moi, dans les ruines de la cité immémoriale de Noscl, où vous savez qu'elle aime à séjourner, parce qu'elles lui rappellent les temps heureux où elle y vivait avec ses parents. Hélas! la plaie de son cœur ne s'est pas refermée, et, une fois par mois, elle effectue un pèlerinage sur le tombeau de ses géniteurs. Elle y pose des fleurs, répand de l'eau lustrale – puis, tournant ses pensées, sa voix et ses paumes vers le séjour céleste, elle prie les dieux, qui ont accueilli l'âme des siens, de les traiter comme s'ils étaient leurs propres enfants.

    Je me tenais en arrière, veillant comme d'habitude sur elle, scrutant les alentours, puisque ce lieu - nul ici ne l'ignore - reste infesté d'Ogres, le sang qu'ils ont répandu les y ramenant inlassablement. Ils se nourrissent, en effet, de cadavres, et s'efforcent d'absorber les mânes qui s'élèvent encore au ciel: retardataires, tourmentées et demeurant près de ce sol maudit dans l'espoir de revoir leurs proches, eprayer_by_furtivelungs.jpglles sont pour eux une proie facile. Plus liées qu'il ne faudrait à leur ancienne maison, c'est aussi, vous le savez, pour les soulager que Sainte Apsara se rend à Noscl. Par ses mots ailés, par le feu de ses suppliques, elle s'efforce de les délivrer de leurs chaînes terrestres et de les préserver des filets atroces des Ogres, qui les attrapent pour s'en repaître abominablement. Par ses charmes elle ouvre une porte dans la voûte céleste, et les étoiles leur apparaissent, et des êtres en viennent, qui leur tendent la main et les emmènent. Mais je crains que ce ne soit justement cette œuvre sublime que les Maufaés n'aient voulu détruire, en enlevant notre chère amie, notre svelte princesse.

    - Tu vois sans doute juste, Talcamède! s'écria Captain Corsica. Mais comment est-ce précisément arrivé? Raconte-le-nous, je t'en prie!

    - Soudain, reprit le messager funeste, alors que Sainte Apsara se tenait toujours agenouillée, ont surgi six Ogres armés, immenses et terribles. Trois démons plus petits les accompagnaient, ignobles Gnomes. Je poussai un cri, sortis mon épée, et me jetais au-devant d'eux, pour la défendre au péril de ma vie. Je tentai de blesser un des Ogres, mais deux Gnomes me saisirent par les pieds, et je m'affalai. Puis tous trois s'élancèrent, armés de gourdins, entreprenant de m'assommer.

    La dernière chose que je vis, avant de sombrer dans l'inconscience, fut Sainte Apsara, qui, prévenue par mon cri, s'était retournée et commençait à sortir son épée brillante de son fourreau d'ivoire.

    Quand je revins à moi, hélas! elle n'était plus là. Mais elle s'était bien défendue: elle avait fait mieux que moi. Car, sur les lieux de l'enlèvement, les restes d'un Gnome transpercé et d'un Ogre décapité demeuraient. Cependant, sa chemise soyeuse avait dû être déchirée, car il en restait, à terre, un morceau, teinté de sang. Je vous l'ai rapporté: le voici. Et il le montra.

    - Par ma foi! rugit Captain Corsica en s'en saisissant; s'ils ont touché un cheveu de sa tête, ils le paieront cher. Car je m'en vais tout de suite la délivrer, et plonger dans leur repaire.

    Sur ces paroles menaçantes du héros de la Corse libre, il faut arrêter cet épisode, et renvoyer la suite à la fois prochaine. On apprendra comment plusieurs héros partirent à la recherche de Sainte Apsara!

  • Degolio LXIV: la fin du récit du Cyborg d'argent

    styka_lestrygons.jpgDans le dernier épisode de cette mystifiante série, nous avons laissé le Cyborg d'argent alors qu'il venait de raconter à ses amis comment il avait été lié à un esprit céleste par le biais d'une gemme magique ornant son front; et nous avons fini l'épisode par la demande instante du Génie doré de Paris: ce nouveau héros serait-il, à son tour, préposé à la garde d'une cité?

    - Oui, répondit le Cyborg d'argent; car depuis que Captain Corsica a détruit le Lestrygon, sa base de Bonifacio est restée vide. Or, elle pourrait être occupée par un de ses adeptes – un de ceux auxquels il a appris la magie noire. Sous une enveloppe d'homme, il pourrait faire revivre son horrible tyrannie – et ramener son esprit à la surface de la Terre. Afin de l'éviter, je me suis vu confier la clef de son repaire secret: j'en suis le gardien. Il s'étend sous la ville, derrière la falaise qu'on voit depuis la mer. Toute la cité des Lestrygons y est contenue.

    Dans les premiers temps du monde, ils furent des êtres bons, venus des étoiles, et ils bâtirent de belles et puissantes choses. Mais ils sont peu à peu devenus mauvais. Un jour, l'un de leurs princes se lia à l'Abîme, parce que, craignant les hommes qui se multipliaient, ils voulaient acquérir le pouvoir de les abattre; et il chercha à provoquer une guerre avec ceux-ci, mais comme le roi du temps ne le permettait pas, il le fit assassiner, prit sa place, et lança sa guerre. Il asservissait les mortels qu'il pouvait trouver, et les élevait pour les dévorer, ou satisfaire tous ses désirs, même les plus infâmes. La légende se répandit, alors, de ces Lestrygons anthropophages.

    Parmi les hommes, néanmoins, un héros se dressa, né d'une nymphe de la mer. Il rassembla autour de lui les mortels qui avaient du courage et refusaient l'asservissement, et il parvint, aidé de sa mère et thetis2_west.jpgdes immortels des ondes, à chasser les Lestrygons, et à les confiner dans leur cité maudite: grâce aux charmes que lui avait appris sa famille, il tissa une barrière infranchissable n'ayant qu'une seule entrée, dont il possédait la clef. Ses enchantements rendirent le seuil de cette cité pareil, pour les mauvais géants, à un feu destructeur, et ils restèrent sous la falaise ainsi que dans une prison, ou une tombe: car ils étaient désormais comme morts.

    Par dessus, ce héros, fils de la Nymphe, érigea une cité, que l'on connaît sous le nom de Bonifacio. Il ordonna aux prêtres de conserver close la trappe qui menait à la partie maudite, à la ville des monstres, et une église fut bâtie dessus. De cette sorte, le génie de la cité sous la forme du saint protecteur, en gardait l'entrée, et interdisait aux hommes de l'emprunter.

    Mais les mortels devinrent négligents, cessèrent de sacrifier à ce génie, qui vint moins souvent, fut moins présent; et la porte fut rouverte, ainsi que je l'ai dit. Et Captain Corsica dut intervenir, et rejeter plus loin encore les Lestrygons – les précipiter dans l'Orc.

    Mais à présent, son père souhaiterait, si lui-même est d'accord, me confier la garde de la cité maudite, et la transformer, en faire une base pour le bien, et un château pour moi, un repaire d'où je pourrais mener mes actions salvatrices pour l'humanité. Il voudrait en quelque sorte faire de moi le nouveau génie de Bonifacio, et c'est pourquoi l'ancien s'est placé dans cette gemme que vous voyez à mon front et s'est uni à moi. Je relaie son action, si l'on peut dire.

    - Je comprends, dit le Génie d'or. Noble est désormais ta tâche! Et je...

    Il fut soudain interrompu. Un homme armé venait d'entrer bruyamment, forçant la porte, couvert deWounded_Samurai.jpgsang, haletant, et se précipitant sur les cinq amis. Il s'écria: Sainte Apsara, Dévote Réparate-Brown, elle... elle...

    - Eh bien, quoi? fit Captain Corsica en se dressant.

    - Capturée... par... les Orci – les Ogres de Valdaresca! dit l'homme – et sa voix s'entendait à peine, car le souffle lui manquait.

    - Dieux! s'écria Captain Corsica.

    - Par mon père cosmique, comment cela est-il arrivé? parle, ô Talcamède, dit Cyrnos. Bois seulement un peu d'eau de la fontaine sacrée, et tu seras remis, et prêt à tout nous raconter.

    C'est sur ces paroles néanmoins que doit s'achever cet épisode, qui promet de nouvelles directions pour ce récit, et la remise en mouvement de nos héros! La prochaine fois, sera évoquée la cité perdue de Valdaresca.

  • Degolio LXIII: le mystère de la gemme blanche

    cybo.jpgDans le précédent épisode de cette faramineuse série, nous avons laissé le Cyborg d'argent alors qu'il venait de révéler comment il avait pris le chemin du bien et quitté celui du mal, et qu'il mettait en garde le Génie doré de Paris contre Fantômas parce qu'il s'apprêtait à attaquer Paris. Il poursuivit en disant:

    Mais voilà, quoi qu'il en soit, mon histoire et ce qui pouvait en être révélé, mes chers amis. Puissiez-vous me pardonner le mal que j’ai fait à la Corse et au monde - et Dieu puisse pardonner à mes camarades, qu’en vérité je connaissais à peine, et que vous avez dû tuer - puisse-t-il accueillir leur âme en son sein, et qu’ils aient le chance de se racheter, car ils ont été trompés comme moi.

    Oh, si vous saviez! J’ai terrorisé le peuple de Provence, de Ligurie, de Toscane - commettant des crimes, dévastant des maisons, poursuivant des gens de ma vindicte, simplement parce qu'ils refusaient de se soumettre à Fantômas. Mais j’agissais comme en rêve, à la façon d'un automate - un autre que big_thumb_b1a9f5a14a206ebfb3e5c2f4b362da67.jpgmoi gouvernait mes membres. Je veux réparer mes fautes en devenant le gardien de la Corse, en aidant Captain Corsica, afin que le mal n’y pénètre plus. Puisse cela se faire avant ma mort!

    Captain Corsica alors s’exprima: Tu me parais rempli de belles intentions, Cyborg! N’aie crainte, car Cyrnos a dit la vérité, quand il a déclaré que le jugement des dieux n’était point sans mansuétude. Et puis faut-il regarder au profit que de ses actions on peut tirer? Une fois qu’on a vu la clarté qui est dans le bien, on est heureux d’y tendre, et d'y vivre, de s'y mouvoir, ainsi que dans un bain; et on se moque de ce qui doit advenir.

    - Il est vrai, ô Captain Corsica, répondit le Cyborg d’argent. Il serait tellement orgueilleux de s'en vouloir parce que je n'ai pas été autre que ce que j'ai été! Parce que je n'ai pas été un héros, un saint, mais un homme faible et lâche, je devrais m'indigner? Mais est-ce que je vaux mieux que ce que j'ai pu faire? À présent je sens près de moi cette clarté dont tu parles. Je la vois, même! Car par mes bonnes Mind_Gem_from_Avengers_Vol_5_29.jpgrésolutions, elle s'est rapprochée - et il me semble pouvoir la toucher, et y puiser le feu dont j'ai besoin. Un être y vit, qui m'aime, et me donne des forces. J'en verse de nouvelles larmes, mais de joie, de bonheur.

    À ce moment, les héros aperçurent, sur le front du Cyborg d'argent, une gemme blanche. Elle jetait un puissant éclat. Comme Captain Corsica s'en étonnait, Cyrnos dit: Voyez ici l'esprit qui a été lié au Cyborg d'argent pour le délivrer de l'emprise de Fantômas et lui donner une nouvelle puissance! Il s'entend nommer, et il s'éveille. Il vient de la sphère céleste, et fut désigné pour garder, par le corps du Cyborg d'argent, Bonifacio et toute la Corse - et même un jour le monde. Son pouvoir est grand - et lorsque vous verrez un rayon blanc jaillir de cette pierre, c'est qu'un monstre aura décidé de se dresser contre le bien, et qu'il faudra l'abattre. Le Cyborg devra alors se mouvoir.

    - Un noble miracle! fit le Génie doré de Paris. Et ce haut esprit, sans doute, je le connais; j'ai dû le croiser, au sein de l'Infini. Lui et moi appartenons à la même race. Mais qu'est-ce à dire? Le Cyborg d'argent sera donc le protecteur spécial d'une cité, lui aussi?

    C'est sur cette question, chers lecteurs, que cet épisode doit finir. La prochaine fois, ce sera la conclusion du récit du Cyborg! Et il sera de nouveau question des Lestrygons d'Homère.

  • Degolio LXII: la rédemption du Cyborg d'argent

    sepik.jpgDans le dernier épisode de cette sidérante série, nous avons laissé nos héros alors que Captain Corsica demandait au Cyborg d'argent s'il lui était possible de révéler aux autres comment il s'était sorti des ténèbres intérieures dans lesquelles l'avait plongé l'effroyable Fantômas. Et voici ce qu'il répondit:

    - Je puis le tenter, ô fils vaillant de l'éternel Cyrnos; car lorsque je me réveillai - après que, ayant été amené ici, je me fus évanoui sous l'action magique de Tilistal - je fus encore pris de terreur. Ce noble médecin et le roi ton père tentèrent de me parler, mais j'eus si peur, au son de leurs voix, que je sombrai à nouveau dans l'inconscience. Or, j'y fis comme des rêves. Je voyais des formes hideuses, dans un feu affreux; et, chose horrible à dire, d'elles venaient l'écho des paroles de Tilistal et Cyrnos: mais il résonnait en moi à la façon de cris d'animaux. Je me voyais déjà dévoré, ne sachant plus où j'étais. Je me pensais dans quelque jungle. Le désespoir s'empara de moi.

    Dans ma nuit profonde, je vis un éclair doré; il venait de la couronne que portait un être beau. Il me ressemblait, mais embelli, idéalisé. Il tendit le bras vers moi, et j'eus peur; mais l'autre bras, il le tendit derrière lui, cherchant à me montrer quelque chose. Et je revis les formes terribles que j'avais vues en rêve. Mais l'être beau cligna des yeux, et, voici! la scène changea: elles étaient maintenant deux url.jpg48.jpghommes élégants et princiers. L'un était assis sur un trône, et l'autre était debout, mais plus bas que lui - comme au bas d'un escalier. Une intense lumière les ceignait, et je ne distinguais pas leurs visages. L'être beau cligna des yeux une nouvelle fois, et je me réveillai; or, devant moi se tenait, grand et majestueux, Cyrnos - et à côté de lui, comme vous vous en doutez, Tilistal. Et soudain je compris. Je sus quelle avait été ma folie. Depuis, je suis sorti des ténèbres, et puis distinguer mes véritables amis de mes véritables ennemis. Grâces en soient rendues aux puissants êtres du ciel!

    - Comme cela est réjouissant à entendre, Cyborg d'argent! dit alors le Génie doré de Paris. Car nous doutions, Captain Corsica et moi, que tu pusses jamais guérir; le poids de tes crimes était si grand! Et finalement cela est arrivé assez vite.

    - Je me réjouis que tu t'en réjouisses, ô Solcum, répondit le Cyborg d'argent. Car quant à toi, je le pressens, de dures épreuves t'attendent. Ce sera ton rôle, désormais, de combattre seul Fantômas, sa goule, son armée! Et quand j'y songe, je me souviens du temps que j'ai passé avec eux - et je te dis: fais attention! prends garde! Grande est leur force. Ne sont-ils pas soutenus par des seigneurs anciens de l'Abîme, de l'Orc? Et seul contre eux seras-tu, car je crois savoir que Captain Corsica ne pourra point te suivre dans la capitale de la France - où tu as ton château, ton repaire secret.

    Il est temps néanmoins de laisser là ce récit, ô lecteurs. La prochaine fois, nous prendrons connaissance du mystère de la gemme blanche - celle qui contenait une âme céleste!

  • Degolio LXI: le souvenir du Lestrygon

    11045285_792040717558610_4366178139726690291_n.jpgDans le dernier épisode de cette impressionnante série, nous avons appris, par le récit du Cyborg d'argent au Génie doré de Paris et à ses amis, que Fantômas avait créé une abominable secte en Corse. Et alors que, frappé par le désespoir qu'exprimait le malheureux homme-machine, Cyrnos lui demandait de continuer à raconter les choses:

    - Je le veux bien, répondit le Cyborg d'argent en pleurant. Et donc, j'ajouterai que les membres de sa secte, qui en recrutaient partout d'autres - et en particulier, évidemment, dans les villes environnantes -, étaient des fanatiques vivant en autarcie dans les montagnes et défiant les autorités légales. C'est à cette époque que, sur les indications de Fantômas, quelques-uns d'entre eux réveillèrent le Lestrygon: le sortirent de sa tombe, prison éternelle où il demeurait à demi vivant; et je sais que Captain Corsica eut maille à partir avec lui, et qu'après des déboires terribles il finit par le vaincre. Fantômas ne voulut pas s'en mêler, mais il était content de détourner l'attention par ce géant venu du fond des âges; pendant ce temps, lui pouvait agir librement, et tranquillement!

    - Il est donc à l'origine de ce fléau! interrompit Captain Corsica.

    - Oui, répondit le Cyborg d'argent. Et pendant que tu le combattais, mon ancien maître, en compagnie de celle que je croyais avoir aimée, la Grande Chasseresse, se sont rendus à Paris, nous laissant, mes compagnons et moi, dans l'obscurité de sa base corse. Il revenait quand il voulait diriger certaines opérations, et c'est ainsi qu'il fut trouvé dans l'Alta Rocca par le Génie d'or. Mais à Paris, où il est reparti, il fomente un immense complot, une énorme révolution – créant, dans les profondeurs cachées, une base plus vaste que celle de Corse, et remplie de machines plus puissantes, de robots fastueux, de cyborgs ultimes, de géants d'acier!

    - Hélas, cela est venu déjà à ma connaissance, fit le Génie de Paris; je l'ai vu en vision: quand j'ai scruté son regard infâme, cela m'est apparu. Cependant j'avoue ne pas en connaître tous les détails.

    - Ô écoute, mon ami! Il a une science dont on ne dira jamais assez l'incroyable étendue. Guidé par les 10991380_753948844701131_2717299074396185964_n.jpgpuissants esprits de l'Abîme avec lesquels il s'est allié, il puise au feu souterrain qu'il s'emploie à dominer depuis plus d'un millénaire - se liant à l'électricité et au magnétisme, qui déjà n'ont plus guère de secrets pour lui, mais aussi aux forces de l'atome, dont on entend depuis quelques années parler - et qui sont plus mystérieuses encore, plus obscures. De grandes œuvres en sortiront, et l'on croira assister à une nouvelle ère, on pensera changer d'époque - et beaucoup d'hommes seront séduits, et il sera difficile de les combattre. Pour moi du reste cela restera impossible, car je suis à présent comme mis à demeure sur cette noble île de Corse; c'est comme la peine que je subis, et que j'accepte: je mérite tellement davantage, comme châtiment! J’ai été fou; j'ai été un misérable. Mais Tilistal et Cyrnos m’ont ouvert les yeux, m’ont montré l’univers tel qu’il était - le réel dans sa plénitude.

    Captain Corsica alors demanda: Mais comment est-ce arrivé? Car la dernière fois que nous t'avons vu, Solcum et moi, tu étais comme pris de panique; tu semblais avoir perdu toute ta raison. Un tel changement s'est opéré en toi qu'on peut bien l'appeler un miracle. Te serait-il possible de nous en livrer le fond caché?

    Mais il faudra attendre quelque temps avant de connaître la réaction du Cyborg d'argent; la prochaine fois, nous découvrirons les étranges expériences intérieures que le Cyborg d'argent effectua durant sa convalescence.

  • Degolio LX: la secte de Fantômas

    url.jpgDans le dernier épisode de cette métaphysique série, nous avons laissé le Cyborg d'argent alors qu'il racontait à ses nouveaux amis (Captain Corsica, Solcum le Sage, Tilistal, Cyrnos) comment sa bien-aimée, retrouvée sur un champ de bataille, lui avait montré sa duplicité et l'avait trahi affreusement. Il dit alors:

    Cependant vint la fin de la guerre. Fantômas décida de mettre en relatif sommeil sa base corse; il ne s'en servirait, dorénavant, que pour imposer à l'île une sourde terreur.

    Car il faisait régner, autour de sa base, l'épouvante, enlevant les promeneurs qui auraient pu la découvrir, et les jetant du haut des airs, ce qui fait qu'ils mouraient atrocement. On s'étonnait de ces morts, car on retrouvait les corps au sommet des montagnes: quels avions avaient pu les expulser de leur carlingue? Et comment y étaient-ils montés, eux qu'on avait vu partir à pied la veille pour ces mêmes montagnes? Le mystère était profond, et le peuple inquiet murmurait, évoquant d'antiques sorcières, des esprits des vents, de la brume. Fantômas, de fait, apparaissait ou nous faisait apparaître, aux villageois, dans les orages - que du reste il provoquait: car il avait ce pouvoir. Il commandait aux éléments. Or étions-nous pris pour les ogres abominables des légendes. Parfois les cadavres des égarés ne donnaient pas seulement le sentiment d'avoir été jetés d'en haut, mais d'avoir été aussi Agent-of-Coulson-Alive-Theory-Vision.jpgdépecés, torturés, dévorés; car notre maître, hélas! s'adonnait sur eux à d'horribles expériences - à d'infâmes essais, assouvissant par ce moyen son désir de connaissance occulte, en même temps qu'il se donnait le plaisir d'asservir le peuple par l'horreur qu'il inspirait.

    Il leur faisait dire, par ses adeptes - hommes qu'il avait laissé pénétrer dans son sanctuaire et instruits, voyant en eux des proies faciles, des âmes crédules -, qu'on lui devait des offrandes: en argent, en femmes, en hommes, en enfants; et ainsi autour de lui se créa une véritable secte. Il en cristallisa le rituel par le culte d'une statue que mystérieusement il animait, et qu'il faisait passer pour un être des étoiles. Il en disait l'exacte représentation, voire le corps figé et conservé par delà les éons: un jour, affirmait-il, il se réveillerait, et récompenserait les bons qui l'adoraient, et punirait les mauvais qui le méprisaient. Il assurait qu'il était de ceux qui avaient civilisé l'être humain à l'aube des temps, le sortant de la nuit ténébreuse de l'animalité. Il le faisait parfois parler, délivrer des oracles – annonciateurs aussi de son réveil final. Car alors ses yeux s'allumaient d'un vague éclat, ses lèvres remuaient, et des paroles obscures sortaient de sa bouche, que ses premiers adeptes étaient chargés de traduire à la foule.

    En vérité, un démon s'y trouvait, qui faisait ces miracles! Fantômas le connaissait: il l'avait rencontré au cours de ses pérégrinations dans l'Abîme, et il était son ami, voire tel pour lui qu'un frère. Tous deux, dans le puits situé sous le faux temple bâti pour abriter la statue, riaient de l'humaine sottise; et ils étaient si intimement liés qu'on les confondait parfois – on disait que Fantômas amenait ce démon avec lui à l'air libre, comme le médecin dont j'ai parlé portait l'esprit de Fantômas dans l'hôpital où il travaillait, et la ville où il vivait. Oh! quand je songe à ces horreurs, auxquelles je fus mêlé, un désespoir immense me vient; comment puis-je être pardonné d'avoir commis tant d'atrocités, d'avoir participé à des actions aussi abjectes? Dieux!

    - Ô Cyborg d'argent! lui dit alors Cyrnos. Ta douleur est poignante, et je verse aussi des larmes; car je ne sais, moi-même, si tant de crimes peuvent être aisément pardonnés. Mais il serait criminel de mettre fin à tes jours; le mieux que tu puisses faire est de tourner tes actions vers le bien et garder espoir en la mansuétude divine. Et en attendant, poursuis ton récit, car il nous apprend mille choses passionnantes sur Fantômas et son abominable action.

    Mais il est pour nous temps, justement, de laisser là ce récit, ô lecteurs!

  • Degolio LIX: la trahison de l'aimée

    b84952a698bacb5407ac56900597ef55.jpgDans le dernier épisode de cette éprouvante série, nous avons laissé le récit effectué par le Cyborg d'argent à ses nouveaux amis - Docteur Solcum, Captain Corsica, Cyrnos, Tilistal - alors qu'il évoquait ses missions, ordonnées par Fantômas, qui l'avaient porté à faire la guerre à des peuples eux-mêmes en guerre; il en était au moment où il venait de revoir, dans le ciel, la femme qu'il avait aimée à l'époque où il avait signé le contrat autorisant Fantômas à le transformer en cyborg. Voici qu'il continua en des termes non moins grandioses; il dit:

    Lorsque la mission fut achevée et que nous rentrâmes, semblables à des éclairs passant au-dessus de la mer, brûlant de renouer avec elle j'essayai d'attirer son attention. Je lui fis un signe, et mon cœur battit plus fort. Alertée, elle me regarda - mais ses yeux étaient dénués d'expression; ce fut comme si elle ne m'avait jamais vu. À un mot de Fantômas, elle tourna la tête vers lui; car il volait avec nous, sur son engin habituel - celui avec lequel vous l'avez vu s'enfuir. Et l'écoutant elle poursuivit son vol, portée par une machine qui accrochée à son dos faisait jaillir un feu étincelant, sans plus se soucier de moi.

    En mon cœur quelque chose se brisa; je sentis une fosse noire en mon sein se creuser. La destruction de ma volonté, commencée avec ma transformation, s'en acheva. Désormais, comme mû de l'extérieur, pareil à une marionnette, je serais absolument l'esclave de Fantômas.

    J'avais encore eu des velléités de révolte, lorsqu'il m'avait libéré de mon apathie forcée pour me pousser à des missions affreuses. Je croyais que, au sein de l'action, je demeurais le maître de moi-même: quand je renversais des immeubles en me jetant dessus ou en les bombardant de petites missiles sortis de mes mains, je pensais consciemment le vouloir, et songeais que ces médiocres qui empêchaient la réalisation des rêves de gloire de mon maître méritaient leur sort; je me disais que, désirant agir comme Fantômas le demandait, je pouvais aussi, si je voulais, porter mes membres dans un autre sens. D'ailleurs, lorsque j'exécutais ses ordres, j'avais pour habitude de maugréer, de pester, de protester, d'évoquer mille difficultés, de me plaindre, de me montrer acrimonieux. À dater de ce e55cb896dabb8594e5d5a5826dad3ccc.jpgjour, je n'agis plus que comme un robot, sans rien dire, le cœur lourd, la conscience enfouie, l'âme en peine. Et l'esprit qui était en moi en riait d'autant plus.

    Ô prenez garde - toi surtout, Solcum! Car cette femme puissante, cette traîtresse, règne à Paris. Elle s'y présente comme la fille cachée d'une femme d'une autre planète que les anciens hommes prirent jadis pour une déesse, étant issue d'une civilisation bien plus avancée, et dont le pouvoir est immense: c'est celle qu'ils ont appelée Vénus. Or, je l’ai vue combattre, et rien ne l’arrête; elle maîtrise les arts occultes - et possède une science qui ne sera répandue parmi les hommes que dans bien des siècles. Elle est le meilleur et le premier disciple de Fantômas – et pareille à son épouse, en vérité, même si elle se vend selon les desseins qu'il a, même si elle n'hésite pas à se donner à d'autres, si cela peut servir ses projets! Elle se nomme Itelnës – et on la surnomme la Chasseresse cosmique, car on dit qu'elle poursuit les ennemis de Fantômas à travers les astres, qu'elle s'élance dans les cieux et affronte jusqu'aux dieux, lorsqu'ils sont injustes; si grand est son orgueil!

    Mais il faut remettre la suite à une fois prochaine.

  • Degolio LVIII: les missions du Cyborg

    the_legion_by_22zddr-d59or1o.jpgDans le dernier épisode de cette taraudante série, nous avons laissé le Cyborg d'argent alors qu'il venait de raconter au Génie de Paris, à Captain Corsica, à Tilistal, à Cyrnos, tous rassemblés dans le palais de ce dernier, comment Fantômas l'avait transformé en être surhumain et avait ouvert sa conscience à un autre monde; il poursuivit en des termes tout aussi stupéfiants.

    Un jour, Fantômas me déclara qu'il avait besoin de moi en Corse; Paris, ce serait pour plus tard.

    Je fus envoyé dans l'île de Beauté, et devins l'un des cyborgs entreposés dans la base que vous prîtes d'assaut il y a peu, et que vous conquîtes. Je fus placé dans une niche, et on eût pu aisément me confondre avec une statue, car j'avais ordre de ne pas bouger, et ma conscience était généralement éteinte - j'étais comme endormi. Je ne sortais de cet état cataleptique que pour accomplir d'horribles missions – dans le but de terroriser le peuple. Volant par dessus la mer, je me rendais, avec mes compagnons, en France et en Italie, et nous attaquions les habitants. Les armées régulières nous prenaient pour des sortes d'avions inconnus. Comme nous étions plus agiles qu'aucune machine connue des hommes, certains nous dirent venus d'une autre planète, notamment Mars: car les hommes la croient habitée. Si la science de Fantômas venait bien d'êtres des étoiles, nous big_thumb_17cbc16fc9520ae152ae659b73540586.jpgétions de vrais Terriens! D'ailleurs les militaires n'en doutaient pas, nous assimilant à leurs ennemis, persuadés qu'ils avaient trouvé de nouveaux moyens de faire la guerre: car alors celle-ci faisait rage, et l'Allemagne occupait la France et l'Italie et y résistait aux assauts des Anglais et des Américains; le chaos régnait, et nous l'accroissions selon les desseins subtils de notre hideux maître. La terreur se répandait partout; désormais la mort pouvait survenir à tout moment, ou du moins la destruction, puisque nous étions indécelables et plus rapides et vifs qu'aucune machine connue. Nous projetions de la lumière colorée devant nous, et nous étions appelés une arme secrète, et l'on nous vouait une sorte de culte, nous inspirions une forme de superstition dont nous tirions un immense orgueil.

    Fantômas voulait, sur les ruines de l'Europe, et dans l'épouvante généralisée, bâtir un empire nouveau: il l'espérait. Dans les faits, il s'alliait avec Adolf Hitler, quoique celui-ci n'en sût rien: dans son délire mystique, il nous prenait pour des envoyés des mystérieux Géants de Feu, qu'ils croyait ses soutiens. Il nous pensait des guerriers de Wotan, son cher dieu germain! Fantômas en riait bien. Il n'avait que mépris pour l'homme, mais il escomptait récupérer son projet, et se saisir de son royaume millénaire dès qu'il serait mis en place. Cela n'a pas eu lieu, néanmoins, car la guerre a été perdue, et Fantômas lui-même n'avait pas estimé la puissance américaine à sa juste mesure. Mais cela pour lui ne serait que partie remise.

    Néanmoins, durant les missions que nous accomplîmes jusqu'en 1945 - date à partir de laquelle nous nous fîmes plus discrets, Fantômas ne voulant agir que dans l'ombre -, je revis la femme qui m'avait con309045.jpgvaincu de participer à toutes ces actions infâmes. Je l'aperçus alors que nous dévastions la région de Pise. Elle volait dans les airs près de Fantômas, lui servant en vérité de garde du corps. Elle était vêtue en âpre guerrière, en furie de notre temps, portant une armure douée de vertus extraordinaires, et ornée de teintes diverses et de symboles étranges; elle tenait à la main un sabre de feu bleu, qui jetait des éclairs et coupait n'importe quelle carlingue d'avion: car nous nous jetions sur l'aviation alliée pour montrer notre puissance et effrayer l'armée anglaise, la contraignant ainsi de plus en plus à demander l'aide américaine - ce qui avait pour but de l'affaiblir, à terme, en Europe.

    Mais il faut arrêter ce récit pour cette fois, et laisser la suite à une autre.

  • Degolio LVII: la transformation miraculeuse

    Dans le dernier épisode de cette fantastique série, nous avons laissé le récit effectué par le Cyborg d'argent au Génie d'or et à ses amis alors qu'il raco390068.jpgntait qu'il avait accepté de signer sa transformation en homme-machine par le médecin éclairé par la science de Fantômas. Et voici qu'il continua par des mots tout aussi palpitants.

    La femme dont j'ai parlé me félicita, disant que cette résolution était bien digne de moi et me ferait devenir ce que j’étais vraiment - manifestant mes mérites insignes, me faisant remplir les termes de ma destinée! Elle promettait de ne m’en aimer que davantage...

    On m’emmena à l’hôpital, et je me plaçai sur la table de chirurgie, où on m’endormit. À mon réveil, j’étais tel que vous m’avez vu quand vous m’avez combattu - transformé en ce qu'on nomme un cyborg.

    Je fus dès lors totalement attaché à Fantômas: il m'était impossible de me déplacer sans son ordre. J'étais en contact permanent avec lui: même quand il n'était pas physiquement présent, nous communiquions directement par la pensée. J'entendais souvent des voix, et il me fut dit qu'elles étaient celles du monde des hommes: je pouvais capter les ondes hertziennes, et les interpréter. Mais j'entendais aussi des murmures plus diffus, et Fantômas me révéla qu'ils étaient ceux d'êtres puissants et invisibles qui habitaient l'air et contrôlaient les âmes au-dessous de la conscience: je vivais dancingdemons.jpgdésormais à demi dans leur sphère. Ainsi devais-je apprendre à devenir l'un d'eux! Cela me fut néanmoins annoncé avec un rire; je me demandai si l'on se moquait.

    Je découvris peu à peu que mes yeux refaits pouvaient, de ces êtres aériens, distinguer les contours - sous forme de flux électromagnétiques perçus et interprétés de façon appropriée par la science de mon maître. Je participais d'un monde supérieur, rempli d'êtres divins! Du moins fut-ce là ma pensée.

    Pour ce qui est de la femme que j'aimais, elle ne reparut plus. Comme, m'en étonnant, je questionnai mon maître, il me dit qu’elle était partie pour ses affaires, et qu'elle reviendrait bientôt; mais je sus plus tard qu’elle l’aidait à séduire d'autres hommes dans le but de leur faire accepter les marchés proposés par Fantômas, qu'elle était sa créature, et qu'elle ne faisait rien qu'il ne lui eût dit de faire, de telle sorte que si je la revoyais, elle ne serait plus pour moi la même, puisque j'avais signé le contrat pour lequel elle avait feint de m'aimer; et il en fut ainsi, ainsi que je vous le montrerai le moment venu.

    Cependant, j'avais l'impression de vivre dans un rêve, ou un cauchemar: ma conscience était embrouillée, Palpatine_disturbance.jpget je n'avais pas la force de mouvoir de claires pensées. J’étais désormais comme passif, même quand j'agissais, car je ne le faisais que mû par la volonté de Fantômas, qui me parlait à l'intérieur de moi. J'accomplissais comme un simple pantin ce qu’il ordonnait, sans pouvoir me révolter, mes membres ne m’obéissant plus, mon âme ne m'appartenant plus. Je n'avais que les pensées qu'on voulait que j'eusse.

    J’avais pourtant accepté de signer en m’imaginant que, je pourrais, si je le souhaitais, échapper à mon maître, que je serais libre avec une puissance nouvelle; mais je sentais toujours en moi cet être qui dirigeait mes membres - et le chœur des voix maudites de l'air vide qui me chuchotait ce que je devais faire, dire, croire.

    Mais la suite de ce récit ne pourra être donnée qu'une autre fois.

  • Degolio LVI: le pacte de Fantômas

    4.jpgDans le dernier épisode de cette effroyable série, nous avons laissé le Cyborg d'argent alors qu'il racontait au Génie d'or et à ses amis comment il en était venu à subir sa métamorphose en homme-machine – et il en était au moment où, sorti d'un hôpital où il avait été soigné d'une blessure par balle, il était entré, à la demande de son médecin, dans une pièce étrange où se tenaient déjà des sortes de candidats à une initiation - autres âmes perdues, êtres déclassés, en marge de la société. Il poursuivit.

    Les autres étaient assis autour d'une table en chêne vernis, et fumaient. Lorsqu'ils me virent, ils m'accueillirent comme un des leurs: on leur avait parlé de moi. Et nous entreprîmes de discuter sous la direction du médecin qui nous avait tous amenés.

    Or nous sentîmes bientôt, au milieu de nous, une présence; et comme notre guide connaissait les arts médiumniques, il assura qu'il s'agissait de Fantômas – qui, à distance, se projetait parmi nous. Et au bout d'une heure, nous vîmes distinctement sa forme, dans la fumée du tabac. Il parut articuler quelques mots, mais sa voix était étouffée et comme lointaine, et nous ne le comprîmes pas. Notre maître 11002585_753714684724547_6261368078094075629_n.jpgdut expliquer ses paroles: il nous encourageait, disait-il, à exécuter ses desseins, et à nous engager pour former une nouvelle armée de surhommes - augmentés par la machine! Par ce moyen, ajoutait-il, l'humanité serait délivrée - et elle nous en garderait une éternelle reconnaissance, pionniers que nous étions!

    Lorsque la forme eut disparu, nous rentrâmes chez nous. Puis nous nous revîmes, au même endroit, et des scènes semblables eurent lieu.

    Peu à peu, je me laissai gagner; mais j'hésitais encore: tout cela me paraissait inquiétant, bizarre; cela pouvait être une sorte de cauchemar, de mensonge. Fantômas, quand il nous apparaissait, avait quelque chose de beau, de séduisant- mais aussi de repoussant. Son rire en particulier était déplaisant, et quand nous y répondions, c'était comme malgré nous.

    Néanmoins, trois de mes camarades acceptèrent avant moi de signer; et nous étions cinq. Le médecin paraissait s'impatienter. J'hésitais trop; il commença à me faire des reproches, à me parler de la chance que je laissais filer!

    Un soir, dans un café où je m’étais attardé, je rencontrai une femme belle et grande, qui vint à moi, et me sourit. Nous nous liâmes, et je tombai amoureux. Apparemment elle m’aimait, elle aussi, et on eût dit qu'elle me connaissait mieux que je ne me connaissais moi-même, comme si elle m'avait rencontré dans mon propre futur! Rien dans ma destinée ne semblait lui être inconnu. Je m'interrogeais: d’où cela venait-il?

    Alors elle me révéla qu’elle était une disciple de Fantômas, et qu’elle m’avait vu à distance grâce à des boules de cristal magiques - dont l'art, encore inconnu aux mortels, avait été enseigné à Fantômas par des Puissanc005d0d3197736d745e1329423c58c0ee.jpges stellaires. Or, elles dévoilaient les choses de l'avenir! Elles entraient dans le fond des âmes! Le passé obscur par elles lui apparaissait! Ainsi m’avait-elle trouvé plein de charme: ainsi était-elle tombée amoureuse de ma riche personnalité. Elle l'avoua sans rien me cacher: s'en étant aperçu, Fantômas l’avait encouragée à me rencontrer - et elle lui avait obéi.

    Elle me ramena dans la loge secrète tapissée de rouge où j'avais vu si souvent susciter l'esprit de l'immortel, et cette fois il y vint en personne: il se matérialisa complètement. Or, cette fois, après lui avoir parlé seul à seul, j’acceptai de signer l’accord de faire de moi un homme-machine! De passer ce pacte avec le diable d'un nouveau genre! Et il en fut ainsi: le médecin accourut, et j'apposai ma signature au bas d'un document l'autorisant à exercer sur moi diverses expériences.

    Je sus à ce moment que ce médecin était comme un suppôt de Fantômas, comme une coque vide, qu'il accueillait son esprit, et qu'à plus d'un égard les deux se confondaient. Cela me fut révélé comme par un éclair.

    Mais il est temps de laisser pour cette fois ce récit.

  • Degolio LV: le cercle initiatique

    23775_3d_space_scene_futuristic_futuristic_space_city.jpgDans le dernier épisode de cette édifiante série, nous avons laissé le Cyborg d'argent alors qu'il racontait au Génie d'or et à ses amis comment Fantômas lui avait révélé son rêve grandiose – le transformer en homme-machine et faire de Paris une cité céleste vers laquelle tous les regards convergeraient! Il disait que le discours du monstre venait de prendre fin; il continua son récit étrange.

    Ce mélange de vérités et de mensonges me troubla; je perdis mon assise intérieure. D'un côté, l'idée d'arracher Paris à sa destinée, d'en faire une cité du ciel, de la guider vers la parousie, me remplissait d'orgueil; et je m'imaginais loué, adoré, vénéré, et il me semblait que l'humanité entière me regardait comme un dieu, et que Paris devenait concrètement et réellement le phare du monde. En même temps, elle devenait mon palais, mon temple! J'en étais le roi et le dieu, et pensais bien être le seul homme digne d'obtenir un tel statut. De l'autre, il me semblait que des gouffres s'ouvraient devant moi, placés comme autant d'obstacles entre le présent et ce but divin; et de ces gouffres surgissaient des monstres, des formes nocturnes, qui me terrifiaient. Quiconque eût 9n4_main.jpgvu mes yeux eût distingué alors, j'en suis sûr, une succession d'ombres et de lumières qui lui eussent fait douter de ma santé mentale.

    À ce moment, je vis Fantômas esquisser un dernier sourire, puis disparaître: il s'évanouit brusquement dans les airs, ainsi qu'une illusion.

    Je restai longtemps songeur. Me revint en mémoire, curieusement, une aventure d’Arsène Lupin que j'avais récemment lue: durant ma convalescence, mon médecin l'avait laissée sur ma table de chevet - pour me distraire, avait-il dit, mais maintenant je crois que Fantômas lui avait suggéré de le faire, ou le lui avait ordonné. Or, dans ce petit livre, l'élégant cambrioleur à la force herculéenne possédait de fabuleuses machines, notamment un petit sous-marin destiné à quelques personnes seulement, et avec lequel il fuyait ses ennemis et auscultait le fond des mers - et il me sembla que cet homme était l'homme de l’avenir, libre des lois humaines et terrestres, parvenu à la surhumanité par ses forces propres et son lien avec les traditions occultes - notamment celles de Normandie -, et qu’il était comme la préfiguration de ce que je pourrais devenir moi-même!

    Bientôt, néanmoins, je fus guéri, et pus sortir de l’hôpital.

    Je passai alors quelque temps à traîner dans les rues d’Amiens, à séjourner dans ses bars.

    Régulièrement, à sa demande, je revoyais néanmoins le médecin qui m’avait soigné pour passer des examens: il prétendait vouloir vérifier que je ne conservais pas de séquelles. En réalité, il s’adonnait à toute sorte d’expériences sur moi, car il préparait ma métamorphose, qu'il pensait certaine: il ne doutait pas de ma résolution finale.

    Un jour il me demanda si j'accepterais de me joindre à lui pour retrouver d'autres jeunes gens qui 3838460593_8a4a9c4b81_b.jpgétaient dans mon cas. Ils se réunissaient pour discuter de leurs expériences, et pour savoir s'il valait la peine d'accepter la transformation que leur avait proposée Fantômas – lequel ils avaient tous rencontré. Cela m'aiderait à y voir plus clair, disait-il. Ils se rassemblaient dans une pièce d'immeuble très particulière, qu'il me laissait découvrir.

    J'acceptai, et me rendis dans cette espèce de chambre, qui était tapissée de rouge. Toute sorte de symboles ornaient les murs. Je me demandai si j'étais entré dans la Franc-Maçonnerie.

    C'est néanmoins sur cette question lancinante que nous laisserons pour le moment le lecteur.

  • Degolio LIV: le rêve de Fantômas

    lotr2.jpgDans le dernier épisode de cette inquiétante série, nous avons laissé le Cyborg d'argent alias Paul Colibut alors qu'il racontait à ses nouveaux amis - le Génie d'or, Captain Corsica, Cyrnos, Tilistal - comment il avait eu la vision, dans un hôpital où on le soignait, d'un être étrange, à l'air démoniaque – Fantômas. Il disait que celui-ci avait commencé à lui parler distinctement.

    Il me révéla que je me trouvais dans un hôpital dont il avait pris le contrôle, et que le médecin qui m’avait soigné était dépositaire de ses secrets, et qu’il pourrait me transformer de fond en comble, faire de moi un surhomme par une technologie totalement nouvelle - un cybernanthrope, un homme-machine -, et que le vieux rêve de l’humanité pouvait se réaliser à travers moi: transformer la chair pour en acquérir une qui fût véritablement glorieuse!

    Sur le moment la perspective d’être mêlé à des objets dénués de vie, en métal ou en plastique, m’épouvanta, et je rejetai sa proposition, mais les fois suivantes - car il revint -, il me peignit un avenir éblouissant, dans lequel, tel un dieu de l'Olympe, je volerais à travers les airs, pénétrerais le fond des mers - irais même un jour d’astre en astre, conquerrais les étoiles!

    Et pour commencer je ne régnerais pas seulement sur Amiens, mais aussi sur Paris; et je transfigurerais avec son aide la capitale de la France, la détachant à jamais des lois de la nature qui enchaînent l’Homme, l’assujettissent - je ferais de cette ville magnifique, nimbée de lumière, ce qu’elle city futuristic future artwork 1920x1080 wallpaper_www.wall321.com_53.jpgaspire à être au fond d’elle-même, ce à quoi elle tend, ce qui est le fond de sa destinée: un grand vaisseau spatial pouvant voyager de planète en planète et se nourrir d'un feu inextinguible saisi par ses ingénieurs – capté par eux dans le gouffre où lui-même, Fantômas, avait vécu!

    Et il me raconta son étrange histoire - qu’il vivait depuis quinze siècles, qu’il avait été un lieutenant à Rome du général Stilicon, qu’il avait combattu les Goths d’Alaric et qu’il avait vu les Romains périr de leur incurie, et qu’il avait juré de les venger et de poursuivre leur rêve - qui était de faire de Rome une ville absolue, libre des lois terrestres, de l’édifier en cité du ciel, de la forger en nouvel astre!

    Mais, au cours des siècles, il avait compris que Rome, livrée à son évêque - à ce pape infâme qui la laissait dans l’archaïsme, dans l’obscurantisme -, était perdue à jamais, et que Paris désormais était le réceptacle de la Divinité; donc s’appuierait-il sur cette ville pour réaliser l’ancien rêve romain!

    Il fallait toutefois d'abord vaincre tous les médiocres qui ne voulaient pas de cet espoir, et entendaient demeurer dans la routine des jours, ou rester soumis aux lois d'une vile nature vouant les hommes à la mort, au mal; il était nécessaire de m3864771-8623557320-darks-batman-vs-superman-doomsday-metallo-or-darkseid-do-these-set-photos-confirm-darkseid-for-batman-v-superman.jpegettre à bas le pouvoir illégal qui maintenait dans Paris la superstition des vieux principes - plus du reste par lâcheté que par conviction véritable.

    Dès lors on pourrait faire de cette ville le centre rayonnant de toute l'humanité: tous tourneraient vers elle leurs yeux éblouis!

    Fantômas mit fin à son discours par ces mots pleins de feu.

    Mais il est temps, cher lecteur, de laisser là cet édifiant récit, et de renvoyer sa suite à une autre fois.

  • Degolio LIII: la suite du récit de Paul Colibut, picard

    7472851954_d6c2dff7d5_b.jpgDans le dernier épisode de cette série à vocation somme toute très sociale, nous avons laissé Paul Colibut - dit le Cyborg d’argent -, alors qu’il racontait sa vie à nos deux héros, Captain Corsica et le Génie d’or - ainsi qu’à Cyrnos (roi de la Corse occulte) et à Tilistal son médecin. Le récit se poursuit: il en est au moment où, la guerre ayant été déclarée, il poursuit sa carrière de petit malfaiteur, de voleur, de délinquant, tout en suivant une formation de mécanicien-automobile.

    Bientôt j’atteignis la majorité et obtins le droit d’être salarié; mais je préférai la voie du crime, et un jour, à Amiens, je braquai une bijouterie avec deux complices. Or le bijoutier, lorsque nous fûmes ressortis de son magasin, se précipita sur nous avec un fusil à la main, et tira: je pris la balle dans l’épaule, mes deux camarades m’emportèrent tant bien que mal et me laissèrent à un médecin de leur connaissance.

    Il me soigna, mais j’eus la fièvre, et pendant plusieurs jours je délirai, j’avais des hallucinations. Or, au sein de celles-ci, un visage étrange m’apparut, qui avait deux yeux de braise et de longues dents blanches, mais dont les traits étaient indistincts - et il semblait ricaner, se moquer de moi. Je me réveillai en sueur.

    Un soir, plus tard, alors que je commençais à aller mieux, je fus témoin d’un phénomène singulier, qui me donna la chair de poule: dans l’obscurité, une forme noire traversa le mur de ma chambre, et parut me regarder fixement. Je reconnus les yeux et le sourire abject de l’être que j’avais vu en rêve. Terrifié, j’allumai - la forme avait disparu. Mais à partir de ce moment j’eus peur de m’endormir, et même d’éteindre.

    Or, cela se répéta, et je me crus fou, ou possédé. J’allumai, et à chaque fois la forme avait disparu; elle m’avait pourtant paru si vivace, si expressive, dans le noir!

    J’avais toujours une carafe d’eau à mon chevet. Il me sembla qu’elle se vidait plus vite que je n'y buvais, comme dans la célèbre nouvelle du Horla que j'avais lue à l'école, et je songeai que la créature que Maupassant décrit devait être réelle, et que je l’avais rencontrée!

    Mais un soir, il se passa quelque chose de plus extraordinaire encore: cet être qui venait à moi en 2134193-darkseid.jpgtraversant les murs, je l’entendis me parler! Il chuchotait, et ricanait doucement, et je ne comprenais qu’à demi mot ce qu’il me disait. Mais j’étais sûr qu’il était là, qu’il me parlait, et cette fois, quand j’allumai, une forme sembla rester quelques instants, comme une vapeur, une fumée qui avait une vague figure d’homme.

    Or la nuit suivante, il se produisit la même chose, mais, de la vapeur, de la fumée, de la brume obscure, un visage terrifiant sortit - et c’était celui de Fantômas!

    Je ne le connaissais pas, alors; mais c'est la première fois que je le vis si distinctement - avec ses ordinaires yeux cruels et moqueurs, son sourire démoniaque, sa forme dont les contours semblent se modifier à chaque instant mais qui est constamment retenue par des fils d'argent en réseau - ainsi que vous l'avez perçu vous-mêmes.

    Il ouvrit la bouche, et ses paroles me parvinrent; je tressaillis, car sa voix était effrayante, comme sortie d’un gouffre, et elle grinçait comme une vieille porte qu’on ouvre au sein d’une cave.

    Hélas le récit du Cyborg d'argent doit s'interrompre ici pour le moment.

  • Degolio LII: la vie de Paul Colibut, picard

    Captain_Atom_Vol_2_1_Textless.jpgDans le dernier épisode de cette étonnante série, nous avons laissé le Cyborg d’argent, Paul Colibut, alors qu’il racontait, à Captain Corsica, au Génie d’or, à Cyrnos et à Tilistal, son existence – cherchait à leur faire comprendre comment il en était venu à se rallier au terrible Fantômas. Il évoquait son enfance à Saint-Quentin, en Picardie, et son manque d’enthousiasme face à ce qu’on lui enseignait à l’école publique; il poursuivit comme suit.

    Un jour un de mes instituteurs me raconta la vie et les exploits de Mandrin, le célèbre brigand dauphinois, et aussi de Raoul de Cambrai, dont une chanson de geste sauvage a été composée au Moyen-Âge, et qui était d’une violence extrême, les hommes y suivant les principes de l’honneur et de la vengeance, à la mode des anciens Francs. (Ne s’étaient-ils pas installés nombreux, au nord de la Seine?) Je sentis dans ces personnages une force qui se communiquait à moi, et qui donnait une direction à ma rage, à mon dépit.

    Je commençai à fréquenter des jeunes gens de mauvaise vie, tombai dans la délinquance. Je pensais exercer ma liberté - et me promettais toujours, comme Robin des Bois, de donner ce que je prenais aux pauvres. Et ne le faisant pas, j’estimai du moins que voler était pour moi un droit, puisque je n’étais pas si riche, ni si glorieux à l’école - qui ne me semblait faite que pour les fils de bonne famille. Mon père était ouvrier, ma mère réceptionniste dans une administration hospitalière; ils étaient sérieux et simples et gagnaient normalement leur vie, mais ils n’appartenaient pas aux gens brillants que les instituteurs donnaient inconsciemment pour modèles - en se projetant sur ces grands hommes qui, ayant réussi leurs études à Paris, y étaient restés et menaient à présent une carrière grandiose. Ils évoquaient ces gens éblouissants qui, depuis la capitale, avaient réformé la France, l’avaient refondée, en avaient fait une république juste, égalitaire; ils étaient, disaient-ils, sans-titre.pngparvenus à réaliser l’idéal qu’ils avaient porté dès l’enfance, alors qu'ils habitaient encore dans leur province, et on devait les honorer infiniment! Or, comment avaient-ils fait? À coup sûr, ils avaient brillé par leurs résultats dans l’école de la République.

    Hélas, ce n’était pas mon cas! J’avais compris que je ne ferais pas partie de ces hommes d’élite, et comme je ne voulais pas pour autant n’être personne, mes modèles devinrent Mandrin et Raoul de Cambrai!

    Je commis quelques vols, plusieurs escroqueries, participai même au cambriolage de riches maisons pendant que leurs propriétaires étaient en vacances. Officiellement, j’étais apprenti dans un garage; mais la nuit, et mes jours de congé, je menais mes petites affaires, fomentais mes larcins.

    Quand la guerre avec l’Allemagne fut déclarée, j’étais encore trop jeune pour être incorporé; le désordre qui alors régnait ne m’empêcha pas de poursuivre ma petite carrière de malfaiteur - même s’il la compliquait.

    Le récit de Paul Colibut doit néanmoins s’interrompre; il reprendra une autre fois.

  • Degolio LI: le récit du Cyborg d’argent

    CaptainAtom.JPGDans le dernier épisode de cette romanesque série, nous avons laissé nos héros, le Génie d’or et Captain Corsica, alors que le cyborg qu’ils avaient sauvé venait d’entrer, amené par le médecin de Cyrnos Tilistal, dans la salle royale où eux-mêmes se trouvaient.
     
    Tilistal alors annonça: Or voici votre homme, le Cyborg d’argent - car tel sera désormais son nom. Dans une autre vie, sachez-le, il s’appelait Paul Colibut, et était de Picardie. À présent il est un être à demi céleste, car son armure a été tissée de rais de Lune, et elle est mêlée à sa chair. La précédente a été enlevée et détruite: elle était maudite; des esprits infernaux l’habitaient. Elle rongeait sa conscience, la plongeant dans les ténèbres, et permettant aux êtres de l’abîme de s’emparer de son âme, de son corps. Cette armure au contraire le protège des êtres mauvais, et le rend parfaitement libre - quoiqu’elle le condamne à rester sur l’île de Corse, sous la protection de Cyrnos: car loin de son palais sa source d’énergie ne lui parviendrait plus, et il dépérirait! Il doit seconder Captain Corsica, s’il s’en va au loin: car le fils de Cyrnos seul aura le pouvoir de lui confier ce feu dont il a besoin pour vivre. Mais il a accepté son sort; il en est reconnaissant au seigneur Cyrnos, dont il veut à présent être le serviteur fidèle, le loyal lige! 

    Délivré du gouffre, de la terreur, de l’illusion, il est prêt à vous parler: sa vie antérieure lui est restée en mémoire, et il voudrait vous la raconter, afin que vous compreniez comment il est devenu le suppôt de Fantômas et que vous lui pardonniez de vous avoir assaillis en tant que tel, ô messires.

    À ces mots, le Génie d’or et Captain Corsica répondirent tous deux qu’ils souhaitaient ardemment de l’entendre, qu’ils en éprouveraient beaucoup de plaisir, et en attendaient un grand enseignement.
    Tous quatre, avec Tilistal, s’assirent alors près de Cyrnos, sur des sièges qui avaient été placés pour eux à cet endroit par des vassaux du roi; et le Cyborg d’argent commença ainsi son histoire: 

    Je suis né, messieurs, en France, en Picardie, dans la ville de Saint-Quentin - connue, entre autres Van_Dyck_-_Emanuele_Filiberto_di_Savoia_1624.jpgchoses, pour avoir vu le duc de Savoie Emmanuel-Philibert à la tête d’une armée espagnole écraser l’armée française et ainsi retrouver ses États! J’ai trente ans - étant né en 1921, un 3 janvier. J’ai reçu le nom de baptême de Paul, et mes parents étant légalement mariés, mon père s’appelait Colibut, et je reçus son nom.

    Je fus élevé correctement, mes parents s’occupèrent bien de moi, et je suis allé à l’école comme tout le monde. Toutefois très tôt j’ai été comme irrité, comme impatienté par l’enseignement que je recevais. On me chargeait la mémoire et l’intelligence de choses qui me semblaient au-dessus de mon âge, et tantôt j’en tirais de l’orgueil, tantôt de l’humiliation - quand j’échouais à comprendre ce qu’on me disait, ou à l’appliquer. Une sourde colère se développa peu à peu en moi.
     
    La suite du récit de Paul Colibut ne pourra cependant être donnée qu’une fois prochaine.

  • Degolio L: le renouveau du cyborg

    Dr_Strange_011.jpgDans le dernier épisode de cette psychédélique série, nous avons laissé le Génie d’or alors que Cyrnos, roi de la Corse occulte, venait de lui annoncer qu’il le regardait désormais comme son ami et qu’il l’admirait d’avoir mêlé volontairement sa destinée à celle des mortels.
     
    Il continua de lui parler - disant qu’il voyait que sa résolution lui donnait un point commun avec son fils, même si le chemin qu’ils avaient pris pour se mêler aux hommes n’était point identique! De telle sorte qu’il se sentait le désir de l’aimer.
     
    Le Génie d’or, ému, lui répondit qu’il le remerciait, et qu’il se louait d’abriter en lui la conscience d’un mortel, puisque cela lui permettait, par contraste, de mieux saisir la splendeur du roi de la Corse occulte!
     
    Cyrnos alors rit, et lui dit de se garder de prendre trop goût à cette âme terrestre, car il ne fallait pas qu’il perde le sens des cieux, comme tant de mortels le font, attribuant aux seules choses terrestres l'éclat céleste, et de se retrouver à jamais exilé en ce monde, oublieux de sa plus noble origine! 
     
    En vérité, cela était arrivé à bien des gens de son peuple, qui étaient alors devenus mauvais, et avaient cherché à asservir les hommes, au lieu de les ouvrir à des royaumes supérieurs. Ils pensaient pouvoir imposer à ce monde une transformation en étoile brillante: sous leur direction, pensaient-ils, cela se passerait mieux! Mais ils ne se rendaient pas compte qu’eux-mêmes avaient pris un goût excessif pour la Terre, et aussi pour leur propre personneorc.jpg: ils voulaient s’assimiler à des dieux, recréer l'univers. Et ils étaient devenus les ennemis du genre humain, les ogres épouvantables de la tradition, mangeurs d’enfants et violeurs de filles; c’était eux, à vrai dire, qui avaient invité Fantômas en Corse, et lui avaient montré comment il devait agir pour s’imposer aux hommes: il devait préparer leur venue, leur retour; car pour le moment ils sont dans des prisons où des héros les mirent.
     
    Le Génie sourit, et jura qu’il ne tomberait jamais dans un tel travers, qu’il s’était lui-même voué au Christ, et avait abandonné son seigneur qui faisait le mal, sous la forme d’un monstre, pour se mettre du côté des anges. Qu’en aucun cas il n’entendait à présent revenir en arrière!
     
    Cyrnos alors déclara qu’il en avait ouï parler, qu’il en était bien ainsi, et qu’il s’était sans doute exprimé légèrement. Et il ajouta: Mais ce n’est pas pour cela, pour discuter de cette question, que je vous ai fait ven10712788_674008192695197_7248468265146958874_n.jpgir. Sachez que le mortel que vous avez amené, si mal en point, est guéri. Qu’on le fasse entrer!

    Un garde ouvrit une porte, et le cyborg entra. Tilistal l’accompagnait, se tenant devant lui; et il le suivait docilement.
     
    Ils eurent de la peine à le reconnaître, car il avait été profondément modifié. Il portait désormais une armure d’argent qui luisait d’un éclat chatoyant, et des pierres précieuses avaient comme germé à différents endroits de son corps; en particulier à sa poitrine un saphir en forme d'étoile était visible. A ses poignets, ses chevilles, son cou, étaient des bandes d'or. Son visage était masqué par une visière bleue, mais en les apercevant il la releva d’un seul mouvement de sa pensée, et ils virent en lui un beau visage d’homme, apaisé, les yeux calmes, et luisant d’un feu doux.
     
    Ce qu’il advint alors ne pourra néanmoins être dit qu’une fois prochaine.

  • Degolio XLIX: la tentation du Génie d’or

    Dans le dernier épisode de cette interstellaire série, nous avons laissé le Génie d’or alors que, prenant le temps d’observer la salle du trône où se tenait assis le roi Cyrnos, asd54938.jpgil en admirait les éblouissants détails.
     
    Si le trône de Cyrnos, taillé dans un jaspe unique et orné d’acanthes d’or, soutenait la majesté de ce roi antique, elle semblait être aussi cristalliser l’âme même de la salle. La lumière y descendait d’escarboucles serties dans des colonnes d’onyx; des vitraux aux couleurs éclatantes laissaient par surcroît passer la clarté du jour, laquelle elle teintait - projetant d’étranges images, ombres d’êtres divins. Car sur ces vitraux Cyrnos avait fait peindre les souvenirs de son pays natal, au sein du Ciel; on y voyait même sa venue sur Terre, entouré des siens, en de grands vaisseaux luisants. Captain Corsica néanmoins n’y était pas visible - à moins que ce ne fût l’enfant qu’on voyait dans les bras d’une femme à la pure beauté!
     
    Soudain le Génie d’or sentit en lui une âpre pulsion de jalousie: l’homme mortel qui sous sa conscience vivait s’éveillait, et laissait passer en lui ce souffle. Car Charles de Gaulle, percevant ces merveilles, brûla de s’en emparer, et trouva injuste qu’elles fussent réservées à des êtres démoniaques n’ayant point le droit réel d’habiter la Terre, propriété des hommes. Il éprouva l’implacable désir de s’asseoir sur le trône de Cyrnos - et le Génie d’or en fut troublé. Cependant, il se concentra sur la Dame qui l’avait envoyé, et cela apaisa son cœur - et par contrecoup celui de Charles. Car elle parut sourire, et lui envoyer des rayons bienveillants, dont s’exhalaient des parfums.
     
    smoke demons fantasy art artwork ghost_www.wallmay.net_72.jpgUn instant une vapeur vague et noire s’échappa des membres de Solcum, telle une ombre - et Cyrnos la vit. Alors un rayon sortit de son œil, qui aussitôt l’anéantit: elle fut morcelée en une poussière qui brièvement brilla, avant de disparaître.
     
    Il s’était agi, en vérité, d’un spectre né de la pensée envieuse de l’hôte mortel: il s’était formé, et s’apprêtait à se répandre dans le palais du roi; fort heureusement, il n’en avait pas eu le temps: dès qu’il l’avait vu, Cyrnos l’avait détruit!
     
    Sous son masque, le Génie d’or soupira; mais Cyrnos sourit, et Captain Corsica, comprenant soudain ce qui s’était passé - les choses sur le moment étant allées trop vite -, fit de même. Le feu bleu qui luisait sur le casque du Génie d’or, lorsqu’il les vit, s’accrut. En lui les autres distinguèrent la joie, le ceignant, le pénétrant comme une clarté; son âme s’ouvrit, et ce fut comme s’il riait. Un poids s’était envolé!
     
    Alors Cyrnos parla, et de sa voix mâle et pleine il annonça au Génie d’or qu’il le regardait comme son intime ami, désormais. Il avoua qu’il l’admirait d’avoir mêlé sa destinée à celle des mortels comme il l’avait fait - volontairement.
     
    Mais la suite de son discours ne pourra être livrée qu’une fois prochaine.

  • Degolio XLVIII: dans la salle du trône

    Herald.pngDans le dernier épisode de cette émouvante série, nous avons pu entendre le chant du Génie d’or, adressé à la dame qu’il aime et qui lui a confié la mission de protéger Paris et ses alliés, le monde, d’y promouvoir la justice, la liberté, l’amour. Ce fut pour nous un privilège.

    Lorsque la voix du génie se fut tue, Captain Corsica resta silencieux. Aucun des deux ne brisa le silence: ils gardaient les yeux baissés, songeant à leur destin. Cela dura-t-il une minute, un jour, un an? Le temps cessa de passer. Soudain, un homme entra, messager du vieux Cyrnos: Captain Corsica le connaissait bien. Il annonça que le mortel que les deux héros avaient amené dans ce royaume pour y être soigné était guéri, et que l’heure était venue de venir le visiter et d’échanger avec lui des paroles.

    Ils se levèrent de la place où ils s’étaient tenus assis durant leur conversation, et suivirent le messager jusqu’à la salle du trône. Là, les attendant, était assis Cyrnos; et cette fois le Génie d’or eut tout le loisir de le scruter: car auparavant, il avait été pressé par ce qu’il avait eu à faire, et ne lui avait jeté qu’un bref coup d’œil. Il put voir qu’il était semblable à un géant: plus grand qu’aucun mortel, il était, sur son trône de jaspe, davantage semblable à une statue qu’à un homme vivant. Il tenait, dans sa paume ouverte, devant lui, une pierre jaune, sorte de topaze dont rayonnait une clarté qui était la vivante image d’une femme - mais à la taille réduite. Elle était belle, gracieuse, et appartenait assurément à la race des fées.

    Quand cependant il s’aperçut de la présence des deux héros, il ferma le poing, et l’image disparut. Il les regarda, et le Génie d’or vit que son visage lisse ne marquait aucune émotion, comme si on l’eût gravé dans l’airain; seuls ses yeux brillaient, éclatants, et de ses cheveux, longs et bouclés, une lueur aussi s’exhalait, et une améthyste taillée était à son front, qui jetait des feux.

    Le Génie d’or le regarda dans les yeux, et, au-delà de leur éclat, il crut voir des lointains fabuleux, des odin-thor-945634-1920x1200.pngterres grandioses parmi des nébuleuses: il reconnut celles qu’il avait traversées pour descendre sur Terre. Des épis d’étoiles et d’aurores y oscillaient sous des brises cosmiques; on n’eût su dire autrement ce qui se miroitait dans leur profondeur!

    Face à une telle puissance, le Génie d’or baissa le regard: elle lui rappelait celle de son vieux roi, le père de sa Dame, jadis parti au fond de l’abîme universel, à l’époque où il pensa accueillir le roi Saint Louis pour lutter contre Onicalc; mais c’est une autre histoire. Elle ne fit pas revenir en lui seulement de bons souvenirs, hélas!

    Toutefois la nature de Cyrnos était-elle bien comparable à celle du vieil Ethön: ils appartenaient au même rang. Peut-être s’étaient-ils connus, au Palais de la Lune! Le Génie n’osa le demander. Il se mit à regarder la salle, qu’il n’avait pas scrutée dans le détail, la première fois qu’il était venu.

    Mais la suite de cette description ne pourra être donnée qu’une fois prochaine.

  • Degolio XLVIII: le chant du Génie d’or

    Kings_pray_by_LordHannu.jpgDans le dernier épisode de cette grandiose série, nous avons laissé le Génie d’or et Captain Corsica, nos deux héros, alors que le premier s’apprêtait à livrer un chant évoquant sa peine et son chagrin - sa langueur.
     
    Or il fit entendre, dans une mélodie mêlée au doux vent, et s’accordant au son lointain de la rivière coulant sous les murs de Cyrnos - paraissant, aussi, remplir de lumière les salles ornées, et charmant jusqu’aux immortels qui l’entendirent -, ces mots:
     
    Toujours marchant sur les chemins obscurs du monde
    Où souffrent les mortels sous le lourd joug du Temps,
    Ne pourrai-je jamais, ô ciel, voguer sur l’onde
    Qui se jette aux divins étangs?
     
    Hélas! la piste au loin se remplit des étoiles
    Qui baignent dans le lait de la dame au sein d’or;
    Et si je vois mille héros hisser leurs voiles,
    Je reste au pays de la mort.
     
    Quand reverrai-je enfin l’immortelle princesse
    Qui m’envoya dans cet abîme où je me perds,
    Afin que j’accomplisse un destin qui sans cesse
    Me laisse nu face aux enfers?
     
    Pour réparer dit-elle une faute commise
    À l’endroit des mortels par les anges pécheurs,
    Je dois errer sur terre où gémit une bise
    Pleine d’esprits pleins de fureurs!
     
    Il me faut dans ce siècle affronter sans relâche
    Les monstres que jadis un dieu précipita,
    Et qui dans les vapeurs s’efforcent à la tâche
    Où le destin les confina.
     
    Loin de ma terre auguste et de celle que j’aime,
    Loin de mon peuple d’or et des jardins si purs
    Où vivent les lignées dont on dit l’œil de gemme,
    Je suis comme entouré de murs.
     
    Les douleurs des mortels me font couler des larmes;
    Leur sort me donne envie tous les jours de pleurer;
    Ils n’ont jamais connu le royaume aux cent charmes
    Où seul un heureux peut errer!
     
    Jamais ils n’ont pu voir la dame aux mille étoiles
    Parsemant ses cheveux - ni non plus entendu
    Sa voix pure et céleste imprimant à ses voiles
    L’éclat de l’ancien feu perdu!
     
    Le jour viendra pourtant où cette nef d’opale
    Qui s’en va vers le monde où jadis je naquis
    M’emmènera aussi vers la divine salle
    Où dans l’or trône l’être exquis.
     
    Sur les ailes du cygne enchanté mon voyage
    Ramènera mon cœur et mon corps fait d’éther
    Aux pieds de la beauté qui dans un corps sans âge
    S’incarna pareille à l’éclair!
     
    Le bonheur m’étreindra; je montrerai la voie
    Dès ce moment à ceux qui vivent pour périr
    Dans ce monde sans âme et je crois que la joie
    Alors viendra tous les nourrir.
     
    J’aurai rempli ma tâche, et serai face aux astres
    Rédimé pour toujours, rendu digne immortel
    kronos_2.jpgMéritant son séjour loin de tous les désastres
    Qu’ici vit, hélas! tout mortel.
     
    Les anges des splendeurs de l’empyrée immense
    Me béniront d’un geste et puis me permettront
    D’épouser l’être aimé - et bientôt une danse
    Nous portera d’un rythme prompt
     
    Vers la lumière où nous irons tous deux ensemble,
    - Vers la chambre céleste où nous demeurerons,
    - Vers la salle étoilée où tout feu déjà tremble
    Face à ce qu’alors nous serons!
     
    De notre amour naîtra quelque flamme nouvelle
    Et l’on dit qu’un soleil soudain verra le jour;
    Mais l’image à mes yeux à l’excès étincelle,
    Me repoussant de ce séjour.
     
    Mon regard obscurci se pose sur la terre
    Et contemple le mal qui se saisit des hommes;
    Il revient au devoir, il revient à la guerre
    Fatale en ce monde où nous sommes!
     
    Voici quel fut le chant du Génie d’or; ce qu’il advint alors devra être dit une fois prochaine.