Lettres - Page 4

  • Jacques Chessex à Genève

    Le salon du livre de Genève était intéressant, comme toujours. Au départ, je trouve que s’y rendre est compliqué ; au bout du compte, je suis bien content d’y être allé.

    Il y avait quelques amis lettrés savoyards, soit venus d’eux-mêmes, soit invités par l’intermédiaire de la Région Rhône-Alpes : car pour les organismes spécifiquement savoyards, je n’ai pas l’impression qu’ils soient spécialement contactés. Il est vrai qu’ils devraient peut-être se relier plus activement à la Région Rhône-Alpes. Mais le fait est qu’ils ne le font pas, et qu’à mon avis, les organisateurs du salon n’en tiennent aucun compte.

    Cela dit, mon opinion est que quand un Savoyard prend des initiatives, on les trouve fréquemment ridicules et vides de motivation profonde.

    Je parlerai donc plus volontiers des Suisses, et notamment de Jacques Chessex, dont j’ai écouté une partie de l’intervention, tout en discutant avec un ami lausannois. A un certain moment, cet ancien prix Goncourt, dont j’ai lu quelques pages qu’il a écrites sur ses compatriotes du Pays de Vaud, a évoqué sa mère, qu’il n’a jamais vue nue, dit-il. Il avait l’air d’accorder à ce fait profondément moral une importance très grande. C’est curieux, car moi, j’ai des parents qui dans leur jeunesse ont fait beaucoup de nudisme, et sur lesquels les idées nouvelles sur l’amour avaient beaucoup de prise. Chessex voulait se défendre de n’avoir jamais eu aucun sentiment incestueux. Il a raison : il vaut mieux donner de soi bonne réputation. Mais j’ai aussi compris qu’il présentait un livre qu’il avait écrit. Or, il existe tellement de tragédies antiques sur des relations incestueuses, ou même de magnifiques films sur la question, que je me suis demandé ce que, sur le plan esthétique, cela pouvait signifier. De surcroît, rien de ce qui est humain ne doit être étranger à un écrivain, à mon avis. Parlait-il en tant qu’homme public qui devait défendre sa réputation, ou en tant qu’artiste qui eût pu faire n’importe quel bon livre avec n’importe quel sentiment ? J’hésite à répondre.

  • Ménaché à Genève

    Mon camarade Claude Lacroix, sur son blog consacré aux écrivains du Léman, a cité abondamment des extraits de Ménaché, qui a longtemps vécu à Annecy, et a possédé une maison au bord du Léman : http://autourduleman.blogspot.com/2007/11/155-menache.html . J’en ai fait un article qui paraît cette semaine dans Le Messager (Haute-Savoie), mais avec la partie concernant Genève d’une façon spécifique, on aurait pu aussi créer tout un article, car il y a de la substance. De fait, Ménaché, durant l’Occupation, se réfugia, avec ses parents, dans la cité de Calvin, depuis Lyon, où sa famille s’était installée : elle était originaire de Constantinople et était de confession juive. Il affirme que le Jet d’eau de Genève lui paraissait pouvoir éloigner les bombardiers qui accablaient alors l’Europe. Il avait un pouvoir magique ! Mais Ménaché a voulu surtout présenter le Léman en général comme un havre de paix. C’est un écrivain à découvrir, très lié à la vie culturelle d’Annecy, quoiqu’il soit retourné vivre à Lyon, depuis qu’il a atteint l’âge de la retraite. Au demeurant, ses activités ne se limitent pas à la région Annecy, où il fut surtout professeur au lycée Gabriel Fauré. (Je ne l’ai pas connu, j’étais au lycée Berthollet.)

  • Les auteurs de Genève

    J’ai beaucoup aimé les écrivains genevois, en général, et pas seulement Rousseau, Mme de Staël et Amiel, les plus connus, mais aussi Töpffer, Cingria, Pourtalès, Haldas : ils ont toujours montré, à mes yeux, une sorte de netteté de la pensée qui, quoiqu’elle empêchât le merveilleux, la fable - le baroque -, n’empêchait absolument pas la poésie. Évidemment, elle se faisait, ainsi, plus discrète, plus subtile - mais aussi plus naturelle. Je crois que cela jure avec la littérature française, en tout cas pour le XIXe siècle, sauf peut-être avec Stendhal et d’autres héritiers du XVIIIe. Car les Genevois eux-mêmes demeuraient dans les travées du classicisme : il faut l’avouer. Pour les Savoyards, ils ont été davantage de l’école française, en réalité.

    Les Genevois me font plutôt penser à l’école anglaise, et Mary Shelley, par exemple, n’était pas genevoise seulement dans son sujet - Frankenstein étant censé être citoyen de Genève -, mais aussi dans son esprit, sa pensée : le romantisme de son style admettait le fantastique, mais soumis à la raison. Les Genevois ont bien une forme de bonhomie de caractère qui les rapproche des Savoyards, et les différencie des Français (comme cela se voit chez Töpffer), mais sinon, ils se différencient des premiers comme des seconds par leur goût spontané pour la pureté morale, l’éthique grandiose qui au fond fit de Rousseau l’enthousiaste que l’on sait.

    Quoi qu’il en soit, cette forme d’austérité non dénuée d’élégance, de beauté, de charme, d’éclat, de vie propre, je l’ai chantée dans deux poèmes de mon dernier recueil, lesquels ont cependant été retranscrits sur un site électronique consacré aux écrivains du Léman, et dont voici l'adresse : http://autourduleman.blogspot.com . Son auteur est d’Évian, et vit à Lyon ; c’est un professeur bien sympathique et qui aime tendrement son lac où se reflètent les cieux ! N'hésitez pas à le consulter.