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  • Accueil des Savoyards

    images.jpgLes nouveaux arrivants, comme on les appelle, se plaignent souvent de ce que les Savoyards ne sont pas spécialement accueillants. Et peut-être que certains sont effectivement rétifs à toute nouveauté, pour ainsi dire. Mais je ne sais pas combien, parmi ceux qui arrivent, s’intéressent vraiment à l’histoire de la commune dans laquelle ils s’installent, par exemple ; se penchent sur les intérêts traditionnels et principaux de la population locale ; et ainsi de suite. Car ceux qui arrivent peuvent eux aussi être rétifs à la nouveauté, en fait.

    On pourrait croire que non, puisqu’ils s’installent dans une région nouvelle. Mais en réalité, ils s’insèrent ou croient s’insérer d’abord dans un paysage, un territoire qu’ils croient impersonnel. Or, déjà, dans les faits, ils emménagent dans une maison qui dépend forcément d’une commune, et il n’est pas de commune, en Savoie ou en Haute-Savoie, qui n’ait pas été créée du temps du duché de Savoie, par les Savoyards eux-mêmes. Mais ensuite, même le paysage a une âme, liée aux habitants, au moins parce qu’ils y sont soumis. L’enjeu, quand on s’installe quelque part, ne peut pas être de rester tel qu’on a toujours été : on est obligé d’accepter le changement, et de se laisser fondre dans la population déjà présente. Si le souvenir de la vie précédente crée une forme de rejet de ce qu’on découvre, on ne peut pas espérer susciter soi-même la sympathie.

    Naturellement, pour les locaux, une fois que le contact est établi, ce serait une faute, de ne pas profiter de l’expérience personnelle des étrangers, de ne pas s’enrichir en entrant en relation avec ce qu’ils ont vécu. Mais à mon avis, les premiers pas ne peuvent pas être attendus d’eux. La nationalité n’y change rien, ni le prestige du lieu d’où on vient, même quand il s’agit d’une grande et noble ville, comme Paris ou bien Genève, ou d’une région également prestigieuse, quelle qu’elle soit. Du reste, on pense toujours que la région ou la ville dont on vient - ou dont on dépend psychologiquement, pour ainsi dire - est la plus belle et la plus irriguée d’esprit noble et pur. Les Savoyards tendent à penser pareil de la Savoie, bien sûr : pourquoi non ?

  • Langages transfrontaliers

    FlagoftheBasqueCountry.pngJ’ai déjà dit que je m’étais rendu l’été dernier au Pays basque. Après l’architecture, lorsqu’on visite une région nouvelle, on peut s’intéresser à la langue, ainsi qu’à l’histoire. Or, le Pays basque, sur le plan linguistique, est vraiment original, en France même. Déjà, la langue basque est d’une grande particularité. Mais plus encore, c’est l’ampleur du bilinguisme qui m’a frappé. Même les écrans des distributeurs de billets des grandes banques proposent du basque, à côté du français.

    Ce n’est pas le lieu de faire un cours sur l’origine du basque, qui serait proche du géorgien, et dont les origines se perdent dans la nuit des temps. Pierre Loti, qui fut basque par choix, si je puis dire, affirme qu’on ne peut réellement en saisir l’organisation que si on la parle depuis son enfance. Par ailleurs, elle est liée à la religion, comme le breton, puisque jusque sous la IIIe République, elle était la langue du catéchisme. Au reste, les premiers à avoir écrit en basque sont des prêtres. Cela fait une différence profonde avec la Savoie, où les prêtres sont passés du latin au français sans vraiment passer, à l’écrit, par le dialecte local, même si on sait que tous les prêtres catholiques le parlaient et l’utilisaient au besoin dans leurs sermons. Au demeurant, cela n’a pas empêché les Français du temps de trouver que François de Sales avait un fort accent provincial. Mais au moins a-t-il eu le droit de prêcher à Paris. Je ne sais pas si on l’y eût autorisé, en francoprovençal. Mais ce n’est pas ici le sujet.

    L’omniprésence légale du basque en France doit sans doute aussi quelque chose au statut autonome du Pays basque espagnol, où il existe une Académie de la Langue basque, dont sont membres évidemment beaucoup de Français basques. Cela me rappelle que l’hymne genevois, qui est au fond en dialecte savoyard, est légal à Genève !

    Mais plus encore, sur un plan culturel plus vaste, la littérature et l’histoire du Pays de Vaud peuvent se recouper avec celles de la Savoie : Othon de Grandson en est en quelque sorte l’emblème. Car son importance fut à la fois historique et littéraire. Or, l’université de Lausanne dispose d’un centre d’étude tout à fait officiel, sur la culture proprement romande. Cela fait bien un point commun. Les régions frontalières ont toujours des liens avec les pays voisins : forcément. Car les grands pays modernes se sont faits en s’étendant vers des territoires dont l’originalité culturelle rendait incertaine la situation, et qui, de ce fait même, ont limité l’expansion de ces grands pays modernes, l’ont rendue ardue. Cependant, une pensée vraiment universelle dépasse bien sûr ce problème de frontières.

  • Rencontres culturelles

    -El_Greco-The_Martyrdom_of_St_Maurice.jpgLe sondage qui a vu exprimer le désir des Suisses romands que les rejoignent, dans la Confédération, les Francs-Comtois et les Savoyards donne certainement l’occasion de créer des sortes de rencontres culturelles. Beaucoup de faits pourraient être retenus, si on voulait.

    Dans La Tribune de Genève, j’ai évoqué la rencontre, à Chamonix, d’Horace-Bénédict de Saussure et de son célèbre guide Jacques Balmat, le Christophe Colomb des Alpes, selon Alexandre Dumas : pourquoi ne pas la commémorer ? A Chamonix, Saussure a une statue : le lieu de célébration est tout désigné.

    Par ailleurs, même si elle s’est mal terminée, on peut aussi commémorer la rencontre entre Sébastien Castellion, qui était savoyard, et Jean Calvin. Ce n’est pas sans lien avec la conversion de Bonivard, qui était, lui aussi, comme Castellion, issu de la province alors savoyarde du Bugey.

    Certains ont parlé du traité de Saint-Julien de 1603 : pourquoi pas ? Mais une date qui commémorerait un accord entre les princes de Savoie et la cité genevoise me paraîtrait devoir plutôt être 1287, quand le comte Amédée V accorda des franchises à Genève et reconnut ainsi l’existence de sa commune.

    Pierre II est respecté, dans le Pays de Vaud ; l’est globalement le règne des Amédée, aussi : ce serait bien l’occasion de quelques commémorations.

    Une commémoration de la fondation de Carouge comme cité sarde pourrait également rassembler des Suisses romands et des Savoyards.

    Dans le Valais, saint Maurice peut être célébré conjointement, puisqu’il est le patron spirituel de la Savoie, et fut celui de sa dynastie : la fête ducale officielle de la Savoie était autrefois la Saint-Maurice.

    De nouveau à Genève, le roi Gondebaud peut toujours rassembler, dans une cérémonie commémorative !

    Et puis pensons à tous les écrivains et les peintres qui ont créé un lien entre la Savoie et la Suisse romande actuelle : Rousseau, bien sûr, mais aussi Töpffer, Ramuz, Novarina, Calame, et bien d’autres. Je n’oublie pas saint Amédée de Lausanne, qui fut abbé de Hautecombe et gouverna la Savoie en l’absence de son prince, parti en Terre Sainte...

    Du côté savoyard, certains eurent des liens avec la Suisse romande actuelle : les frères de Maistre, François de Sales, Jacques Replat : j’en passe. Car il y a de quoi faire, comme je l’ai dit.

  • Un chemin de fer sous mes fenêtres

    Traintransfrontalierd'autrefois.jpgOn a raison, sans doute, de réclamer, ou d’espérer un chemin de fer menant d’Annecy à Genève, ou du Salève à Genève. Mais je suis un peu déconcerté par la réaction, à cet égard, de certains citoyens genevois, qui non seulement voudraient qu’existe ce chemin de fer, mais en plus disent qu’il doit être à la charge de la France, puisqu’il serait situé sur le territoire français.

    Déconcerté, oui, car qui veut d’un chemin de fer sur son territoire - sous ses fenêtres ? Ce n’est pas l’endroit où sont les rails, qui compte, mais ce que ces rails permettent en matière de déplacement d’un lieu à un autre. Or, Genève est une ville plus grosse et plus riche que toutes les villes françaises de la région transfrontalière. Les déplacements permis par des rails profiteront donc, sur le plan économique, avant tout à elle. Genève est un pôle majeur, et des trains  ne feraient que le manifester une fois nouvelle. Personne n’en doute.

    J’ai pu lire que si De Gaulle s’était désintéressé de ces liens ferroviaires avec Genève, c’eût été par jalousie. Mais j’ai assez consulté les Archives diplomatiques françaises pour savoir qu’à Paris, on pense simplement déraisonnable de dépenser de l’argent pour encourager des échanges dont la balance commerciale est favorable à la Suisse.

    Bien sûr, si, à Paris, on décidait de dépenser de l’argent pour des liaisons ferroviaires entre Genève et la France voisine, je serais content, parce que le résultat me paraît en soi souhaitable. Mais à qui ne le paraît-il pas ? La question est seulement celle du financement.

    Certains croient qu’en cette occurrence, on est simplement à court d’idées. Mais les suppressions passées de portions françaises de lignes ferroviaires qui reliaient la Suisse à la France (telles : Evian-Saint-Gingolph, Annemasse-Samoëns, Morez-La Cure) sont si nombreuses qu’à mon avis, ce n’est pas vraiment une question de génie.

    Le problème est plutôt de convaincre Paris que la France profiterait de ces lignes à la mesure de son investissement. Mais j’ai le sentiment, sans vouloir trop m’avancer, que cela passerait par une répartition de cet investissement selon les bénéfices estimés de part et d’autre. L’argument territorial en tout cas me paraît mince.

  • Les Savoyards et Genève

    Xavier_de_Maistre.jpgContrairement à ce qu’on pourrait croire, les écrivains savoyards, au cours de l’histoire, ont peu parlé de Genève. Ils ne s’y rendaient sans doute pas beaucoup. Ou alors, seulement pour affaires, et sans égard particulier pour la tradition administrative genevoise.

    Joseph et Xavier de Maistre y avaient des amis, mais dans leurs œuvres, ils n’ont guère évoqué l’auguste cité.

    Jacques Replat a loué les écrivains genevois ayant évoqué la Savoie, mais lorsqu’il aborde les questions religieuses, voire politiques, il songe surtout à Lausanne : en prologue à un de ses romans, consacré à la mort du Comte Rouge et au duel qui s’en est suivi, impliquant le poète Othon de Grandson, il raconte qu’il est allé prier la Vierge dans la cathédrale de la cité lacustre, en regrettant que cette cathédrale ne fût plus, comme autrefois - comme au temps des princes savoyards -, vouée à la sainte mère de Dieu !

    A la fin du XIXe siècle, cependant, le parti conservateur, représenté par l’abbé Ducis ou Charles Buet, évoquera une cassure à la fois politique et religieuse dont Genève est estimée principale responsable. Or, même un laïque tel qu’Antony Dessaix s’exprimera globalement d’une similaire façon : estimant que la religion n’avait fait que masquer des enjeux politiques, il trouvait regrettable que Genève eût assez voulu garder son autonomie fiscale pour rejeter Amédée VIII et son grand rêve de reconstruction du royaume de Bourgogne, dont Genève eût pu être la capitale, si elle avait accepté d’accueillir le duc de Savoie dans ses murs. Dessaix va même jusqu’à dire qu’au bout du compte, Genève ne s’en serait pas portée plus mal. Mais évidemment, il parlait en Savoyard qui eût bien voulu partager avec la riche Genève les charges fiscales imposées par le Prince...

    Celui qui a peut-être le plus parlé de la Genève physique, c’est Maurice-Marie Dantand, qui raconte qu’il a dû s’y rendre souvent pour les affaires de son père, quand il était petit. Il dit du bien de Genève en soi, et il reconnaît son intérêt culturel, mais est évidemment très mécontent, étant d’un patriotisme ardent (comme on l'était généralement en Savoie au XIXe siècle), de la façon dont les Genevois regardent traditionnellement les Savoyards. Le souvenir de l’Escalade lui est particulièrement désagréable. Il assure du reste que ses amis genevois sont tous originaires de Carouge : qu’on ne peut rien lui reprocher, à cet égard. Le vieux contentieux avec la cité de Genève n’était donc pas terminé, même si les Communes réunies suscitaient déjà une profonde sympathie chez les Savoyards.

    On estimait, somme toute, que c’était Genève qui avait choisi de rompre avec les Savoyards, bien plus que le contraire.

  • Sondage romand

    PalaisfédéraldeBerne.jpgUn autonomiste franc-comtois a commandé un sondage sur le sentiment des Suisses quant à la possibilité d’intégrer à la Confédération la Savoie et la Franche-Comté, et il s’est avéré que grâce au sentiment très favorable des Romands, les Suisses étaient majoritairement favorables.

    Le pourcentage des autres Suisses est légèrement défavorable ; on n’a pas donné, à ma connaissance, le pourcentage des Alémaniques en particulier, dont le poids politique est pourtant très important.

    Du reste, il me semble que c’est cette question qui est principalement en jeu ici. Sans doute, les liens historiques entre les Francs-Comtois et les Savoyards d’un côté, les Suisses romands de l’autre, existent : ils remontent au royaume de Bourgogne, ou au moins aux comtes de Savoie, et les dialectes sont de la même famille. Joseph Dessaix, l’auteur de l’hymne des Allobroges, ne disait-il pas que les Savoyards et les Suisses romands étaient des peuples frères ?

    Mais il disait aussi qu’il n’était pas question de laisser les Alémaniques s’emparer du mont Blanc. Or, mon impression est que ce sondage ne traduit pas tant le souvenir vivace des Rodolphe, de la reine Berthe ou du comte Pierre II - voire de Charles-le-Téméraire -, que le désir des Romands de mieux peser sur les décisions prises à Berne. Il s’agit d’abord, à mon avis, de s’adjoindre des francophones.

    Je ne suis pas persuadé absolument que ce sondage traduise une affection particulière pour les Savoyards et les Francs-Comtois en tant que tels.

    On peut en outre douter que la Confédération, à Berne ou Zürich, accepte une entrée aussi massive de francophones.

    Cela dit, ce sondage est une belle occasion de développer nos liens culturels. Entre voisins, comme on dit, il faut s’entraider - et s’entraimer. Cela ouvre certainement d’attrayantes perspectives.

  • Décès d'un historien savoyard

    Blason_Faucigny.pngClaude Castor, un historien savoyard originaire de Samoëns, spécialiste de cette cité aux sept monts, et président de l’Académie du Faucigny, nous a quittés récemment. Comme il a travaillé longtemps au B.I.T., à Genève, je me permets de signaler ici que j’ai voulu lui rendre hommage cette semaine dans Le Messager.

  • Almanachs savoyards

    Jean-Jacques_Rousseau.jpgIl existe plusieurs almanachs savoyards, et personnellement, je collabore à celui des éditions Arthéma, nommé Almanach des Pays de Savoie, de création assez récente. Or, l’année 2009 est disponible, et on y trouve un article qui pourra intéresser les Genevois, sur la façon dont les écrivains de cette noble cité, à travers Jean-Jacques Rousseau, Horace-Bénédict de Saussure et quelques autres, ont fait connaître au monde la Savoie. On y trouve également une évocation du comte Léon Patek de Prawdzic, fils d’un horloger fameux, né à Genève et installé à Thonon, dont il est devenu un grand bienfaiteur, après s’être mêlé à l’aristocratie locale.

    Bref, ce numéro atteste du rapprochement qui, depuis le temps des Lumières, s’est effectué entre Genève et la Savoie ! Il peut donc être acheté, notamment à Saint-Julien, à Annemasse, à Douvaine - aux portes du canton.

  • Le retour des Allobroges

    Tonkinaffiche.jpgLe nouveau numéro de La Voix des Allobroges est paru. On y trouve nombre d’informations intéressantes sur la vie politique et culturelle savoyarde. Cela parle notamment de la ligne de chemin de fer dite du Tonkin (Évian-Saint-Gingolph), qui pourrait être réhabilitée prochainement. Et de l’idée de Nicolas Sarkozy de faire fusionner les départements dans les régions : que restera-t-il, sur le plan institutionnel, de l’ancienne Savoie, c’est ce que se demandent certains. Quelques allusions sont également faites aux sentiments favorables à leurs voisins français les plus immédiats qu’éprouvent les Suisses romands, ainsi qu’un sondage récent l’a montré : j’en reparlerai, à l’occasion.

    Il y a, en outre, un petit poème sur François de Sales, évêque de Genève : il est d’un certain Charmeur giffriote, mais si j’en avais été l’auteur, j’aurais mis au cœur, et non a cœur (c’est une coquille), dans le troisième vers ; et, certes, il est toujours difficile de terminer un sonnet, mais la fin n’est pas des plus heureuses. Sinon, j’en approuve le contenu.

    Une rubrique me présente exagérément comme le poète le plus important, après Jean-Vincent Verdonnet, de la Savoie actuelle, et un compliment fait toujours plaisir, mais enfin, des poètes savoyards vivants, il y en a beaucoup, et ceux qui ont été plus primés ou honorés que moi sont assez nombreux. (Jean-Luc Favre, dont j’ai parlé l’autre jour, en est un bon exemple.) Cela dit, Brice Perrier m’honore, par cet éloge flatteur. Espérons que ne sont pas trop nombreux ceux qui de son jugement riront.

    Aux Genevois qui éprouveraient le désir de lire ce journal, je rappelle qu’il est disponible à leur frontière méridionale & orientale : Annemasse, Saint-Julien, Douvaine, etc. Il faut en profiter, car malgré l’association de soutien qui s’est mise en place (et dont le président est le journaliste télévisuel Gilles Meunier), ce n° pourrait bien être le dernier, faute de moyens.

  • Université de Genève et Français voisins

    Geneva_University.jpgCertains Français frontaliers se disent qu’il serait rationnel que leurs enfants fassent des études à Genève, et ils n’ont pas tort. Si eux-mêmes travaillent à Genève, ils sont au fond entrés dans la logique qui permet à l’État de Genève de nourrir des universités : ils pourvoient indirectement aux besoins des universités. Par ailleurs, j’ai déjà fait la remarque qu’intérieurement, on se modèle volontiers sur le patron réglementaire du pays dont légalement on dépend, au sein de son contrat de travail. Cela peut être contesté, parce que cela reste dans l’inconscient. Mais en fait, à partir du moment où on travaille à l’étranger, en général, c’est parce qu’on désapprouve, de fait, les conditions qui permettraient de travailler dans son propre pays. Or, le système en place est censé émaner de la volonté nationale, et chaque citoyen est censé en être solidaire.

    On peut du reste individuellement se sentir plus de sympathie pour tel ou tel système étranger ; en particulier, le système globalement appliqué en Suisse ne manque pas de qualités.

    Pour autant, ce sentiment individuel n’est pas forcément reconnu par la collectivité. Il n’empêche pas, déjà, que les droits civiques qu’on possède demeurent ceux du pays d’origine. Et du coup, on vote plus en fonction de son domicile, qu’en fonction de ses conditions de travail, alors que le premier dépend mille fois plus des secondes que le contraire. Donc, en travaillant à l’étranger, on réduit pour ainsi dire ses possibilités syndicales, ou équivalentes. C’est d’ailleurs un des avantages qu’il y a à employer des étrangers.

    Pour en revenir à l’université de Genève, précisément, le problème est que la gratuité des universités ne dépend pas forcément de la participation indirecte à leurs frais, mais des droits liés à une citoyenneté donnée. En d’autres termes, les Français frontaliers sont invités à faire étudier leurs enfants dans les universités françaises, et en particulier celles de la Région Rhône-Alpes. C’est ce que j’ai vu faire aux Français de Haute-Savoie, qu’ils fussent d’Annecy, de Saint-Julien ou de Thonon.

    Je ne sais pas ce qu’on y peut. Cela entraîne des frais supplémentaires de transport, mais une économie mondialisée dans un réseau d’États qui surveillent leurs frontières et ne mondialisent pas, de leur côté, leurs services, crée toujours de tels effets. Remarquons du reste que, de façon assez incongrue, en France, on peut passer un concours pour entrer dans la fonction publique seulement si on est ressortissant de l’Union européenne, c’est à dire que cela exclut les citoyens helvétiques. C’est un peu bizarre : en principe, seules les compétences comptent. Les intérêts politiques et stratégiques n’ont pas à entrer en ligne de compte. Cela prouve que la fonction publique peut être très dépendante de l’esprit national et des intérêts nationaux : son objectivité est relative. Mais en fait, spontanément, qui l’ignorait ?

  • Helvétisation de l'emploi

    Genève jet d'eau.jpgJe crois que quand on a passé un contrat de travail de droit suisse, il faut se considérer, en tant qu’on travaille, comme dépendant d’abord de la Confédération helvétique, même quand on est de nationalité française. Psychologiquement, d’ailleurs, on épouse, peu ou prou, la culture d’entreprise propre au pays où l’on est employé.

    En outre, un contrat de travail se signe sous couvert de l’Etat de tutelle de l’entreprise, et conformément au droit qui est le sien. Or, le droit du travail, dans un pays, dépend totalement de la philosophie qui domine le pays, et donc de sa culture, de ses traditions.

    Que les Français salariés à Genève se sentent liés à cette cité plus qu’à leur lieu de domicile (dont somme toute leur subsistance ne dépend qu’indirectement, tandis que leur employeur subvient directement à leurs besoins), cela est sensible, en réalité, quand on est en relation avec eux.

    Un jour, une amie qui était annécienne mais avait, par sa mère, la nationalité suisse en même temps que la française, décida de travailler elle aussi à Genève, dans un restaurant. Elle fut assez surprise d’entendre dire beaucoup de mal, et souvent, des Français voisins, par les employés ses collègues : c’était sans arrêt. Or, un autre jour, elle fut encore plus surprise d’apprendre que de tous les employés du restaurant, elle était la seule à avoir la nationalité suisse : tous les autres étaient français.

    Peut-être que quand on devient salarié en Suisse, on se sent appartenir à un autre monde, à un monde plus beau, plus noble. Peut-être aussi qu’on répète et même amplifie les moqueries et les critiques qu’on entend énoncer par les Genevois, qui somme toute détiennent encore le capital dont le salaire dépend (au moins par le biais de l'immobilier). En tout cas, il n’est guère douteux que, quoi qu’il y ait écrit sur la carte d’identité, quelque soit le lieu où on habite et où on est né, quand on devient employé, on modèle, plus ou moins consciemment, son esprit sur celui de son employeur !

  • Salon du livre de botanique alpine

    1509948962.jpgAux portes de Genève (ou tout comme), à Samoëns, aura lieu, les samedi 21 et dimanche 22 juin, un salon du livre de botanique, organisé par l’Association Jaÿsinia Animata (responsable de l’accueil du public au jardin botanique alpin de Samoëns, la Jaÿsinia) et les Éditions Le Tour.

    Les Genevois ont toujours été passionnés de botanique alpine, et André Charpin, l’ancien conservateur du jardin botanique de Genève, a rédigé, par exemple, le chapitre sur la flore bonnevilloise que contient le Notre Bonneville de Paul Guichonnet. J’invite donc tout le monde à venir à Samoëns, village du reste principalement mentionné dans la littérature, au départ, par les Genevois, en particulier R. Töpffer et F.-J. Martin.

    Il y aura des savants, des peintres, des photographes, mais aussi des poètes du monde végétal. Un récital poétique aura lieu (le samedi à 16 h 30, à la villa Jaÿsinia), avec le groupe de Poésie à Trois Voix de Marcel Maillet, Solange Jeanberné et Marcel Gaden : ils liront des poèmes de tous les lieux et de tous les âges en relation avec le règne végétal, et je les accompagnerai un petit temps. Devrait également être présent Jean-Vincent Verdonnet, dont plusieurs poèmes seront lus, ainsi que Georges Bogey et Danielle Drab.

    Venez nombreux ! Le jardin de la Jaÿsinia est de toutes façons digne, en lui-même, d’être visité. Fondé par Marie-Louise Cognacq-Jaÿ, la fondatrice de la Samaritaine (à Paris), il a fêté récemment ses cent ans (les Éditions Le Tour ont sorti un livre pour commémorer ce premier siècle d’existence, du reste), et il est fait dans un style tel qu’en son sein, on se croirait dans un poème de Lamartine ! En tout cas, c’est mon avis.

  • Parkings

    2142338161.jpgJean-François Mabut a proposé, il y a quelque temps, sur son blog, de créer, à la frontière, de grands parkings pour les travailleurs frontaliers, afin de désengorger les rues genevoises. C’est une bonne idée, mais comme M. Mabut pensait à des parkings créés du côté français, on a du mal à croire qu’elle est réalisable, puisqu’il serait étonnant que les contribuables français acceptent de payer pour désengorger les rues genevoises. De surcroît, il proposait d’allonger les lignes de transports en commun jusqu’à ces parkings ; or, il paraît plus sensé de placer ces parkings aux bouts actuels de ces lignes : on ferait des économies, dans l’absolu. Enfin, M. Mabut, en tant que citoyen genevois, lui-même, peut essayer de convaincre son propre gouvernement de créer des parkings ; tandis que je doute que les élus français aient à son endroit une oreille spécialement attentive, sauf son respect. Bref, on peut rêver tout haut le monde futur, mais une fois encore, il s’agit d’être réaliste. Ou alors, il faut se consacrer à la poésie : car dans la poésie, on peut décrire le monde futur idéal sans se soucier des moyens de sa mise en œuvre. C’est ce qui est beau.

  • Le train Genève-Chamonix

    1078140170.jpgOn aimerait bien qu’il existe un train reliant Genève à Chamonix. Mais fait par qui ? Assumé par qui ? A ma connaissance, les Français préfèrent créer des trains pour amener au mont-Blanc des Parisiens, des Lyonnais. Pour ce qui est des Savoyards, ils peuvent bien sûr demander des trains. Mais je crois que le tourisme est déjà bien développé, au mont-Blanc, et que certains élus de la vallée se plaignent, même, de la pollution que cela crée (le sommet de l’Europe se couvre des déchets que laissent les touristes derrière eux). A mon avis, un train permettant aux Genevois (ou même aux Anglais et aux Américains qui transitent par l’aéroport de Genève pour visiter les Alpes), d’aller au pied du mont-Blanc, devrait être surtout assumé par ceux qui le prendraient. Si c’est rentable, c’est possible. Mais je ne pense pas que les Français offriront un tel service à des personnes qui ne paient pas leurs impôts en France. Cela paraît bien utopique.

  • La place

    1571342100.jpgDes amis genevois m’ont un jour dit que le canton de Genève manquait de place, et que c’est à cause de cela qu’eux-mêmes avaient dû acheter en Haute-Savoie leur maison. A mon avis, c’est un peu théorique. La loi est telle qu’un terrain agricole, en France, peut plus facilement devenir un terrain à bâtir qu’à Genève. Mais ce n’est pas forcément à cause de la place. La Haute-Savoie ne contient pas forcément de vastes prairies où l’on chasse le bison. Ni même de vastes pâtures sans propriétaires, comme à l’aube des temps, où paissaient des vaches qui appartenaient à tout le monde... Malheureusement, ce n’est pas l’Arcadie rationalisée, et sans faunes et sylvains, imaginée par Rousseau.

    Le dogme donnant un accès facilité à la propriété est fondamental, dans la République française. Victor Hugo n’a, par exemple, jamais cessé de le défendre.

    Quoi qu’il en soit, acheter en Haute-Savoie est un droit.

  • Citoyens et salariés

    Je ne sais pas comment on peut être à la fois journaliste à La Tribune de Genève et invité de La Tribune de Genève. Or, sans vouloir critiquer, sur la plateforme dudit journal, c’est ce qui semble être le cas : les journalistes se mêlent aux invités, en plus d’avoir leur permanence. C’est un peu comme si on était invité chez quelqu’un, mais servi en dernier.

    Il y a aussi les blogs citoyens, qui apparaissent ainsi deux fois. C’est vrai que moi, je suis citoyen de la Haute-Savoie : je n’ai donc pas de permanence à Genève. Je fréquente pour ainsi dire plus les salariés des entreprises genevoises, que les patrons : le pouvoir décisionnel est moindre.

    Cela dit, j’enseigne le français, je dois le dire, à nombre d’enfants de frontaliers. Ensuite, ils en ont besoin, je suppose, dans leur travail, et en plus, cela occupe les enfants dont les parents sont trop occupés.

    Or, cela revient cher. Et le pire est que je ne suis pas payé de façon mirobolante. Je pense que les décideurs genevois pourraient faire un effort, en faveur des salariés frontaliers et des gens qui leur rendent service sur leur lieu de domicile !

    Et notez que la question n’est pas nationale, car je rends volontiers service à des enfants de frontaliers de nationalité suisse, mais les patrons français qui ont une entreprise en Suisse et y vivent ne sont pas non plus pressés d’augmenter mon salaire, à mon avis. C’est surtout social. La frontière a bon dos.