Economie

  • Biodynamie et goûts personnels

    0000000000.jpgUne étude du sociologue Jean Foyer, appelée Syncrétisme des savoirs dans la viticulture biodynamique et publiée en 2018 dans la Revue d'anthropologie des connaissances, met en avant le sentiment des agriculteurs qui pratiquent la biodynamie: ils ne comprennent généralement pas la logique de Rudolf Steiner qu'ils appliquent, mais les effets leur en plaisent. Ils constatent que leurs vignes se portent mieux, qu'elles sont plus en forme, plus rutilantes, et eux-mêmes se sentent mieux parmi elles. Donc ils la pratiquent, même si l'ésotérisme des conceptions anthroposophiques leur échappe.

    Cela montre, déjà, qu'il n'est pas vrai, comme le disent certains, que la biodynamie dépend humainement de la Société anthroposophique: la pratique qui veut – et même le label Demeter, donné effectivement sous contrôle de la Société anthroposophique, n'est pas obligatoire. On peut pratiquer la biodynamie pour son bien-être, à la rigueur sans le dire, sans le mettre en avant. La vérité est qu'il déplaît à certains qu'une méthode enseignée par Rudolf Steiner puisse avoir de bons effets, ils voudraient pouvoir tout nier.

    Cela montre, ensuite, que pour les agriculteurs qui ont le sentiment évoqué au-dessus, la biodynamie est psychologiquement bénéfique. Même s'il était vrai, comme l'affirment les détracteurs, que la biodynamie n'a pas d'effet avéré sur les plantes, il n'en resterait pas moins authentique qu'elle motive et stimule les praticiens, les rend heureux, et donc leur donne envie de travailler – et leur permet de le faire. Car les hommes ne sont pas des robots, il leur faut motivation et stimulation. En mettant de la poésie dans la pratique, elle rend celle-ci agréable et aimable – à peu près comme la poésie de Virgile donne envie de cultiver son jardin, lorsque, dans les Géorgiques, il chante, en la mêlant de mythologie, la pratique agricole. On pourra au moins reconnaître à Steiner le talent d'un Virgile. Or, quoi qu'on dise, ces Géorgiques ont motivé des générations d'agriculteurs, ont stimulé l'agriculture occidentale durant des siècles; par elles, la civilisation a survécu, a vécu, a bien vécu!

    Mais il y a plus. Il y a que contester la validité scientifique du sentiment des agriculteurs concernés n'a aucune valeur légale, morale ou républicaine, car, en droit, les agriculteurs sont absolument libres de faire ce qu'ils veulent chez eux, et leur contester ce droit de pratiquer la biodynamie en les harcelant et en les accablant d'études orientées relève simplement du despotisme, 000000000.jpgressortit à l'abus des fonctionnaires qui cherchent à imposer leurs vues aux entrepreneurs – à faire de leur capital une propriété d'État, en un mot à les exproprier de facto. On n'a pas le courage de faire comme l'Union soviétique, du coup on harcèle jusqu'à ce que les entreprises privées exécutent les vues de l'État. Mais en un sens c'est pire, puisque cela échappe au droit et justifie l'abus par la Science – une forme de religion qui, loin d'être laïque, rend l'État tout sauf neutre.

    La liberté exige que les agriculteurs soient mis au courant de l'efficacité réputée scientifique de leurs pratiques lorsqu'ils le demandent eux-mêmes. La liberté, et le respect de l'individu. Sinon, à vrai dire, ils n'ont pas de comptes à rendre. Ils sont maîtres chez eux. Cette façon d'essayer de contrôler leurs pratiques et leurs pensées par des voies détournées est-elle digne d'une démocratie?

    L'agriculture biodynamique fait du bien aux agriculteurs qui la pratiquent, et ce n'est pas à l'Université, au ministère de l'Agriculture ou à d'autres fonctionnaires engagés dans des missions interministérielles de combattre ce bien ressenti; l'État est là pour l'être humain, non le contraire.

  • Projet national et biodynamie: ou l'incertitude du non mesurable

    J000000000000.jpgules Michelet (1798-1874) assimilait la Nation à Dieu: il y voyait des forces de création fondamentales – surtout lorsqu'il s'agissait de Paris, de son peuple. Il pensait à la Révolution, pour lui manifestation des ultimes forces de création cosmiques!

    Rudolf Steiner (1861-1925) ne l'aimait guère, et, lorsqu'il a créé la biodynamie, il songeait d'emblée que l'économie devait échapper au contrôle de l'État – et ne dépendre que de l'individu créateur, reflet en lui-même de la divinité, doté de la libre capacité d'accueillir le Saint-Esprit. Cela n'était pas réservé à la Nation! Comme Joseph de Maistre (1753-1821), il ne croyait pas tellement en celle-ci, en laquelle les dirigeants pouvaient bien mettre ce qu'ils voulaient.

    Or, ces dirigeants peuvent, par le calcul rationnel, contrôler la production agricole dans sa quantité – ou du moins, leur but est justement ce contrôle quantitatif, c'est à dire sortir la production nationale des aléas du climat, arracher la production au cycle des saisons, à ce qui vient du ciel – à ce qu'ils ne contrôlent pas. Ils ne veulent pas dépendre de ce qu'on pourrait appeler le hasard des nuages et du soleil qui brille, et qui est aussi la Providence. Ils veulent être la Providence. Ils veulent que l'État soit considéré plus ou moins comme un Dieu.

    Si jamais quelqu'un peut agir dans l'agriculture à partir de ces forces naturelles venues du ciel, cela les inquiète, non pas seulement comme une illusion répandue dans le peuple, mais aussi comme une forme de concurrence. Le projet national n'est pas de pactiser avec les forces célestes; de s'arranger avec elles. Non: cela serait – est – vu comme une complicité avec l'Église catholique! Le projet national est de saisir les forces de création et de production, de les arracher à la Nature, et de rendre l'État seul maître du Temps.

    La biodynamie est donc perçue comme un retour dangereux en arrière, puisqu'elle rétablit la qualité dans son lien avec les forces célestes; et si la qualité ne peut être maîtrisée totalement, au moins qu'aucun arrangement avec ces forces ne soit possible, qu'on la laisse dans l'obscur, et qu'on laisse à la Nation seule le soin de régler ce qui peut être réglé, à partir des seules forces physiques!

    Il y a là un souvenir (en France au moins) de l'impulsion napoléonienne, émanée des profondeurs terrestres et, sur le modèle prométhéen, donnant à la Nation le pouvoir démiurgique de créer les conditions d'un avenir éternel et sublime. Il y a quelques 0000000000000.jpgannées, Jacques Attali a annoncé que l'énergie nucléaire pourrait rallumer le soleil, quand il en viendrait à s'éteindre; le projet national doit donc l'intégrer. Mais la biodynamie peut bien avoir des fondements; il ne faut pas qu'elle interfère dans ce projet, le seul juste, le seul bon, le seul vrai – puisqu'elle replace l'humanité dans les mains des anges, des dieux, et que le projet national implique que Dieu soit cristallisé dans l'État, y soit capté, y soit assujetti!

    Mais une telle vision manque au fond de pragmatisme. Elle est nourrie d'illusions postromantiques et napoléonistes. La vie n'est pas ainsi. Les forces qui meuvent les choses n'ont pas un socle aussi aisément contrôlable. Les hommes, aussi initiés soient-ils, ne sont pas des dieux – juste des enfants, au regard de l'univers. L'avenir devra encore rendre hommage aux forces cosmiques – à ce qui se meut au-delà des nations, et au fond les soumet. Il devra encore s'arranger avec elles, et les traiter avec respect. La biodynamie est réellement une agriculture d'avenir, même si elle n'est pas soumise à la Nation, parce qu'elle est soumise à ce qui dirige réellement l'univers, et à laquelle la nation réelle est elle aussi soumise.

    Lorsqu'il parlait du Christ évoluteur, j'en suis sûr, Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955) prédisait la biodynamie!

  • Autonomie, liberté et biodynamie

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    J'ai été surpris, quand je me suis mêlé, sur Twittter, à des controverses relatives à la biodynamie – j'ai été surpris de constater que, pour une grande partie des ennemis de la biodynamie, les méthodes agricoles devaient être dirigées depuis l'extérieur, depuis l'État. Les détracteurs de la biodynamie n'étaient généralement pas des agriculteurs mais des fonctionnaires, qui parlaient tout à fait comme si les agriculteurs n'étaient que les exécutants de directives venues d'en haut. Si on le leur avait demandé à froid, ils auraient sans doute admis que l'agriculteur était un homme libre, mais dans la polémique relative à la biodynamie, ils parlaient réellement comme s'il n'était qu'un employé de la République – un domestique de la Nation!

    À leurs yeux teintés du rouge de Karl Marx et de Maximilien Robespierre, les enjeux de l'agriculture étaient avant tout nationaux: il s'agissait de nourrir le Peuple. Généralement anonymes et ne se réclamant officiellement de rien, mais agissant tout de même avec autorité et avec la certitude d'une légitimité, je n'ai pu établir qu'une seule filiation spirituelle, parmi ces détracteurs: attaquant plus personnellement Rudolf Steiner que les autres, auteur d'une vidéo sur Youtube contre moi et la croyance aux esprits élémentaires, son représentant avouait, assez honnêtement, son admiration pour René Guénon, franc-maçon traditionaliste converti à l'Islam et croyant que le monde spirituel ne pouvait être connu qu'à travers des symboles consacrés; il en voulait à Steiner d'avoir estimé qu'on pouvait le connaître directement, par des forces intérieures couronnées de grâce divine. Au reste, Guénon n'était pas nationaliste, et il n'est pas sûr qu'il aurait lui aussi pensé que les agriculteurs devaient être principalement au service de l'État: il ne faisait pas de politique.

    Une autre sorte de détracteurs de la biodynamie était constituée par des agriculteurs qui ne croyaient pas à ces vertus, et la discussion était eux était également audible, au fond plutôt sympathique. Mais la sorte la plus nombreuse était faite de représentants officieux du gouvernement, désireux de maintenir l'agriculture sous la coupe de l'État. Et comme le régime français n'est tout de même pas communiste et laisse officiellement libres les entreprises agricoles, la discussion était alors difficile, puisque la question de cette liberté était éludée au profit de considérations prétendument objectives sur l'efficacité pratique de la biodynamie – justement ce qui fait souci à ceux qui pensent que l'agriculture est d'abord là pour fournir la Nation en alimentation bon marché. La qualité même est définie par eux selon des critères tout extérieurs, totalement indépendants des goûts et choix personnels des producteurs et des consommateurs – calculés selon ce dont le citoyen de la République a scientifiquement besoin, quoi qu'il veuille, ressente ou pense. Et peu importe que les lois laissent libres les producteurs et les 00000000000.jpgconsommateurs: il y a une partie des gens qui pensent qu'il faut quand même diriger les choses à cet égard.

    Si la biodynamie est légale, elle gêne les objectifs nationaux, les programmes quinquennaux, elle fait échapper la production et la consommation alimentaires à l'État.

    Mais j'aime l'esprit des lois, inspiré par l'ange de la Liberté, comme auraient dit Victor Hugo et André Breton. Au fond, la biodynamie est romantique, et lie la science à l'art, met de la poésie dans la vie. La république qui protège cette liberté s'imprègne de ses forces célestes: car la liberté vient bien des étoiles. Et elle y trouve, mystérieusement, sa légitimité. C'est aussi le sentiment des individus qui fait vivre la République; et il faut savoir faire confiance au monde: les oiseaux trouvent de quoi se vêtir et se nourrir, et comment? Par la grâce, la même grâce qui a inspiré Steiner quand il a conçu la biodynamie, et qui touche les agriculteurs, quand ils sont motivés à la pratiquer.

  • Paysans et instruction (Savoie et biodynamie)

    00000000000.jpgJ'ai évoqué, dans un précédent article, le sentiment de l'archevêque de Chambéry Alexis Billiet (1783-1873) sur la nécessité d'instruire les paysans, dans la Savoie de son temps – et c'est très intéressant, car cela parle, peut parler encore à notre époque, relativement au choix libre d'effectuer la biodynamie notamment.

    Billiet dirigeait l'éducation en Savoie, car elle était alors prérogative de l'Église; et il a écrit un mémoire sur l'état de la chose, qui porte à une méditation profonde.

    Il disait que l'instruction était indispensable aux masses laborieuses, parce que, sans instruction, on ne pouvait être bon chrétien: il fallait savoir lire et écrire si on voulait saisir les prières et les passages de l'Évangile commentés en chaire. Il y fallait certaines facultés intellectuelles, et il n'était pas question de laisser les fidèles dans la bêtise, une piété sans discernement.

    Mais Billiet admettait, aussi, que l'instruction était nécessaire à l'autonomie: les paysans devaient pouvoir être libres face à l'administration, et pour cela encore il fallait savoir lire, écrire, compter. Il y voyait un avantage objectif qui relevait de l'humanisme, et sans doute ses propres origines paysannes ont pu l'aider à orienter son esprit en ce sens. Il avait bénéficié, déjà, de l'instruction primaire financée par les communes sur ordre du roi de Sardaigne. D'autres avaient été dans ce cas avant lui – tel saint Pierre Favre, au seizième siècle: on se souvient que, natif des environs de Thônes, puis devenu compagnon de chambrée, à la Sorbonne, de saint Ignace de Loyola et de saint François Xavier, il fut le premier prêtre jésuite de l'histoire.

    Il y avait, toutefois, encore un sens chrétien à cette volonté d'affranchir les paysans: il ne s'agissait pas les délivrer de l'Église mais de la noblesse (dont, je le rappelle, il n'était pas, lui-même). Et il ne s'agissait pas de les délivrer de la noblesse dans un esprit révolutionnaire mais parce que, disait-il, certains nobles ne cherchaient pas à faire des paysans de bons chrétiens: pour améliorer les rendements, pour accroître les profits, ils les laissaient dans l'ignorance – espérant, ainsi, les maintenir dans la servitude! Libérer les paysans des nobles, les rendre autonomes, c'était donc les faire vraiment chrétiens, et les prêtres devaient les soutenir dans cette émancipation.

    Elle était surtout effective dans les montagnes – disait notre homme, qui venait de Tarentaise: les paysans des plaines (ce qu'on nomme, en Savoie, l'avant-pays) étaient plus asservis, leur instruction moins bonne. L'histoire de Samoëns, que je connais bien, le confirme: la cité faucignerande a donné naissance à nombre d'écrivains distingués et d'entrepreneurs actifs, de Hyacinthe-000000000.jpgSigismond Gerdil à Marie-Louise Cognac-Jaÿ.

    Billiet condamnait néanmoins l'instruction secondaire, qui endoctrinait dans un sens matérialiste et athée – et détournait les paysans de la religion, pervertissant l'instruction de ses vrais buts!

    Et je vois dans tout cela un rapport avec la biodynamie, qui n'est pas enseignée dans les universités, mais nécessite une instruction; qui n'est pas recommandée par les classes dirigeantes (dans les chambres d'agriculture), mais s'articule bien avec une dévotion intelligente et nourrie de christianisme – et qui, enfin, rend libres les paysans en leur laissant fixer des prix décents, au lieu de les asservir aux objectifs industriels du gouvernement, qui veut baisser les prix de l'alimentation afin de soutenir la consommation de biens technologiques. J'y reviendrai.

  • Biodynamie et agriculture d'excellence

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    Je crois que la biodynamie peut marcher très bien en France, parce qu'elle nécessite une certaine instruction, et les autorités ont toujours été exigeantes quant aux capacités de réflexion des agriculteurs. On pourrait penser que le but en était la soumission aux méthodes matérialistes fondées sur le critère de quantité, et la biodynamie se centre sur la qualité, et en explore les mystères. Mais peu importe: toute faculté de compréhension, même de la logique matérialiste, est bienvenue, en ce qu'elle développe l'intelligence. La biodynamie ne renvoie pas à des pensées préétablies à apprendre par cœur et à appliquer servilement, mais nécessite la capacité à réfléchir.

    Le matérialisme nie, certes, qu'il y ait aucun phénomène cosmique dans la croissance et la reproduction végétales, comme l'assure la biodynamie. Mais est-il sincère? Car il sait être incapable de prouver que tout est chimique et mécanique puisqu'il ne peut pas reproduire les phénomènes en cause – il ne peut pas créer des graines de synthèse, par exemple, ou faire fleurir du bois mort! La vérité est plutôt qu'il est agnostique: il admet qu'il existe des forces inconnues, à l'œuvre, mais nie qu'on puisse jamais les comprendre: à ses yeux, il s'agit de rester passif face à l'apparition des tiges, des fleurs, des fruits – face au phénomène de métamorphose des plantes. On a le droit, pensent les adeptes de ce refus, de s'appuyer sur la tradition paysanne et de se soumettre à ces forces inconnues comme le faisaient en toute ignorance, mais en s'appuyant sur leur instinct 00000000000.jpgprofond, les agriculteurs anciens; mais c'est un crime, que d'essayer de comprendre les métamorphoses, qui certes n'ont rien de mécanique, mais impliquent des choses trop subtiles pour l'esprit humain, ou trop dangereuses!

    Car s'il y a bien une chose que ne saisit pas le matérialisme, c'est la métamorphose. Comment on passe de la feuille à la fleur; comment on passe de la fleur au fruit. L'esprit ordinaire ne se pose pas la question: cela relève de l'évidence. On est si habitué à contempler ces phénomènes qu'on ne cherche plus à les saisir par la pensée. Mais quand Rudolf Steiner dit que la fleur surgit sous l'influence conjuguée du soleil et de certaines planètes; quand il dit que les forces terrestres suffisent à la croissance des plantes mais que la Lune seule produit en elles des graines, il frappe l'esprit: il étonne. Et là, deux possibilités existent.

    Soit l'âme a été bien formée, et l'étonnement ne crée pas de peur, et la pensée essaie de saisir la validité de telles affirmations et finit, selon moi, par en convenir; soit il crée de la peur, et le sentiment rejette toute idée de ce genre, sans attendre de la vérifier.

    Pourquoi crée-t-il de la peur? Parce que ces forces existent aussi dans le corps humain, et dans l'âme humaine, à un niveau inconscient. Le maîtrise n'est plus là, parce qu'il s'agit de forces en elles-mêmes conscientes, agissant hors de la conscience humaine. Il s'agit de mystères, et cela fait chavirer l'esprit. On se trouve face à un abîme dont surgissent par éclairs les pensées étincelantes, et cela fait peur. On a peur de tomber. Et des conséquences.

    Car ces métamorphoses ont évidemment une portée morale, chez l'être humain. La poésie l'a souvent montré. Les fruits de la passion, les fruits de l'action sainte, nous les connaissons. Les fleurs de la pensée aussi. Ils impliquent beaucoup. Ils impliquent une possibilité, dans l'univers, de jugement. Car il y a les plantes qui fructifient, et les autres; et celles qui fructifient se lient au ciel. Cela fait peur, on voudrait que cela n'existe pas. Mais la biodynamie tend à montrer que cela existe.

    Pour le saisir, il faut de l'instruction, minimalement; pas d'endoctrinement, mais de l'instruction – l'exercice de la pensée, la faculté à discerner. Et cela complique l'exercice du gouvernement – l'existence de la pensée libre! Beaucoup aimeraient pouvoir s'en passer, chez les autres. L'archevêque de Chambéry Alexis Billiet en parlait, en son temps. J'y reviendrai.

     

  • Biodynamie et Occitanie

    0000000000000.pngJ'ai expliqué, dans un précédent article, pourquoi la biodynamie, qui crée des produits alimentaires d'excellence, peut soutenir profondément une économie française désindustrialisée, et est réellement rationnelle dans ses perspectives économiques. Elle l'est en général, mais je pense qu'elle l'est particulièrement pour la France, et notamment certaines régions qui vivent difficilement l'évolution économique, comme l'Occitanie ou la Corse.

    Et cela, à deux égards, sous deux rapports différents.

    D'abord, il me semble, à moi – de façon peut-être subjective – que l'esprit méridional n'est pas très adapté à la rationalisation scientifique du travail telle que la voulait Henry Ford (1863-1947). On peut bien l'y contraindre – et, mû par l'amour des machines qui étreint le monde entier, constater à cet égard des progrès –, mais en général les programmes d'industrialisation de ces régions a été un échec – a fait long feu.

    Pas seulement en France. En Italie, les industriels piémontais et lombards, à la demande du gouvernement romain, ont tâché par exemple de soutenir l'industrialisation de la Sardaigne; le résultat en a davantage été la pollution que la richesse. Et il faut admettre qu'en Corse et en Occitanie, il en va de même – en particulier dans le département de l'Aude, que j'ai eu l'honneur 00000000000.jpgd'habiter quelque temps. (Car je vis désormais à Toulouse, pour préparer le concours de l'Agrégation.) On y a fait des chapeaux, des sacs, on s'y est adonné à l'industrie textile alors que c'était un pays de bergers, mais il n'en reste que peu de choses. Quelques usines fournissent en chapeaux l'industrie du cinéma, mais cela ne suffit pas à enrichir un département, et le tourisme n'y a été qu'artificiellement nourri par les contes relatifs à Bugarach et Rennes-le-Château: là encore, cela a fait long feu.

    Même le souvenir cathare (que n'avaient guère les locaux, catholiques à la mode ordinaire) s'étiole. La solution n'est pas là, pour la vallée de l'Aude – où, passé l'effet des fantasmes sur Marie-Madeleine et les extraterrestres, on se demande ce qu'on peut faire. Il n'y a qu'à Narbonne et à Leucate, au nord-est du département, qu'on se divertit à la mer – et c'est le seul endroit qui marche vraiment, d'un point de vue économique.

    Mais curieusement, c'est aussi là qu'on trouve le vigneron qui marche le mieux aussi – et qui a ses champs justement entre Narbonne et Leucate: 0000000000000.jpgGérard Bertrand. Or, il a adopté la biodynamie, et l'affiche ouvertement.

    Le fait est que la vallée de l'Aude reste viticole, et que les vins font partie de l'excellence française: le gouvernement n'a pas pu ne pas s'apercevoir qu'elle permettait de la maintenir à un haut niveau.

    Le vin ne s'achète en effet pas seulement pour sa quantité, car ce n'est pas un produit de première nécessité: dans la viticulture, 0000000000000.jpgla réduction de la production ne nuit pas à l'autonomie alimentaire nationale. Ce qui compte est la qualité, le goût, les saveurs, et l'effet de la biodynamie a été à cet égard constaté, sinon compris.

    Mais le goût est une sensation, appartient à l'âme humaine, et, sous ce rapport, ne peut pas être mesuré mathématiquement.

    Il est donc évident que Gérard Bertrand est la locomotive qui montre le chemin aux vignerons de la vallée de l'Aude, et sans doute à toute l'Occitanie, voire à la France entière. Mais, à terme, il est probable que le maraîchage et l'élevage même seront saisis dans cette dynamique biodynamique, si je puis dire, car la quantité est politiquement nécessaire, mais la qualité est humainement indispensable. Et la biodynamie la permet vraiment, contrairement à ce que disent ceux qui, ne comprenant pas comment la qualité se créée, ne parlent soit que de quantité, soit que de tradition. De fait, la vallée de l'Aude produit également de la viande de qualité, mais les revenus sont bas, et, pour sauver les agriculteurs, je pense que la biodynamie vient à point.

    Il y a une autre raison pour laquelle les Français en général peuvent très bien réussir en biodynamie, mais je la donnerai une autre fois.

  • Biodynamie et économie

    000000000000000000.jpgLes vins biodynamiques ont beaucoup de succès, et quelques sceptiques s'en plaignent, estimant que la biodynamie n'est qu'un discours de fantaisie destiné à tromper les gens. Je n'en crois rien, et pense que le public est légitimement attiré par elle, que les produits biodynamiques contiennent des qualités spéciales, senties d'instinct.

    Il y a cependant un enjeu politique. J'ai été dernièrement surpris d'entendre que le gouvernement français acceptait de faire la promotion des emplois disponibles dans l'agriculture car, depuis au moins De Gaulle, la politique industrielle de la France est de vider les campagnes, d'accroître la productivité agricole par les engrais chimiques et la mécanisation, et de concentrer l'investissement dans la croissance technologique. De Gaulle, je pense, était encore tout obsédé par la défaite face à une Allemagne industriellement plus performante – ainsi que par la suprématie américaine sous ce rapport. Il cherchait l'autonomie alimentaire et technologique – dans son esprit encore marqué par Louis XIV et l'absolutisme monarchique, la fierté française et son esprit d'indépendance voire de domination: au fond, beaucoup croyaient que la suprématie américaine ne durerait pas, que le capitalisme allait s'effondrer, et en ce sens les prévisions illusoires du communisme arrangeaient De Gaulle, et expliquent au moins autant que son pragmatisme ses alliances de fait avec ses militants, ou même avec l'Union soviétique de Kroutchev.

    Or, la biodynamie, en s'appuyant sur des pratiques demandant beaucoup de bras, en proposant des emplois intéressants et motivants, en vendant à un bon prix des produits rares, brise ce contrôle indirect par l'État de la production agricole et alimentaire – et, dans le même temps, la logique industrialiste de la 000000000000.jpgFrance depuis plusieurs décennies. Cela fait peur aux souverainistes de la logique gaulliste, mais aussi aux communistes qui persistent à croire aux bénéfices issus de l'étatisation de la production agricole, c'est à dire à sa non insertion dans l'économie de marché.

    Car, contrairement à ce que laissent entendre ses détracteurs, la biodynamie s'insère justement dans l'économie normale et rationnelle, celle qui ne crée pas artificiellement des prix bas pour pallier aux manquements de l'État à l'égard des pauvres, ou bien pour favoriser indirectement la consommation de biens industriels – mais simplement celle dont le prix varie en fonction, d'une part, des coûts de production, d'autre part de la valeur accordée par les consommateurs aux produits. En un sens, c'est l'agriculture chimique, avec sa soumission aux principes nationalistes et communistes, qui est économiquement irrationnelle – artificiellement soutenue par des fantasmes dépassés.

    Cependant, il semble que le gouvernement actuel de la France ait pris la mesure du problème, pour plusieurs raisons. D'abord, par pragmatisme: si, dans les faits, les produits biodynamiques sont à forte valeur ajoutée (contredisant les prévisions positivistes assurant que cela serait pour toujours réservé aux machines), la taxe qui en est issue est bénéfique pour l'État, et les excédents commerciaux, lorsque les produits biodynamiques français (les vins, donc) se vendent bien à l'étranger, sont bénéfiques aussi pour l'État. Ensuite, par ouverture d'esprit: les vins biodynamiques marchent réellement bien, et récemment Le Monde a admis l'efficacité des pratiques, même si elles restent intellectuellement difficiles à saisir; il serait économiquement suicidaire de ne pas soutenir cette branche sous prétexte que les matérialistes contestent la validité scientifique de la démarche. Le sectarisme n'est pas forcément là où on croit – et il nuit toujours. Enfin, l'industrialisation de la France a vécu et, comme l'a énoncé Michel Houellebecq dans La Carte et le territoire (2010), l'avenir économique du pays repose probablement davantage sur les produits alimentaires d'excellence, traditionnels, issus d'un terroir renouvelé et dynamisé, renaissant de ses cendres justement grâce à la biodynamie.

    Inutile de revenir en arrière. Une bonne partie du territoire français semble irrémédiablement vouée à l'agriculture, et ne pas pouvoir suivre le chemin technologique suivi à outrance par la Chine. Il faut l'assumer; la biodynamie le permet.

  • Le poivre de Kampot selon Luc Mogenet

    luc.jpgMon oncle Luc Mogenet est l'auteur d'une petite dizaine de livres, tous documentaires, portant soit sur le relief savoyard, soit sur la Guinée Conakry, soit sur Kampot, au Cambodge. Les sujets sont divers, et il est intervenu à la télévision pour évoquer l'enfance de Marguerite Duras en Indochine. C'était dans une émission sur Arte. Il a aussi écrit un livre sur la question, qui fait référence.

    Il anime, de surcroît, le musée de la ville de Kampot, siégant à son Conseil d'Administration. Il a une maison dans cette noble cité que protège le puissant Bokor, montagne tutélaire au pied de laquelle coule le paisible fleuve qui porte le nom de la ville. Au Cambodge, mon oncle est une personnalité.

    Il m'y a invité, un jour, et, plus récemment, il m'a envoyé son dernier ouvrage, consacré à la spécialité de Kampot, qui la rend célèbre à l'étranger: son poivre. Grâce à ce petit livre, je sais tout sur l'élaboration de cet assaisonnement excellent, que moi aussi j'adore, et sur l'histoire de la culture du poivre à Kampot.

    Il apparaît que ce sont les Chinois qui l'ont créée. Les Chinois fondent des colonies partout, assez fermées, et autrefois ils avaient leurs propres écoles, à Kampot même, et n'apprenaient pas le khmer. Je crois que cela leur a valu des déboires à l'époque de Pol Pot, on estimait qu'ils étaient capitalistes dans l'âme, et les Khmers Rouges avaient de toute façon un fond nationaliste.

    La culture du poivre a donc été interrompue, mais elle a repris, ces dernières années, notamment grâce à des Français désireux de s'investir dans la culture locale au sens le plus concret. Leur œuvre est également chaboche.jpgphilanthropique, car ils financent la scolarité des enfants de leurs ouvriers, sauvent des bâtiments traditionnels khmers, ont créé un poivre biologique spécial et en tout cas une marque protégée, avec l'accord du gouvernement du Cambodge – avec même je pense son enthousiasme. Ces Français s'appellent Nathalie Chaboche et Guy Porré. Ils ont dû faire appel, pour relancer la culture du poivre, à des descendants des Chinois qui l'avaient créée autrefois, mais leurs ouvriers sont khmers. Le plus grand soin est apporté à l'activité de récolte et de traitement.

    Car j'ai appris qu'il y avait du poivre vert, du poivre blanc, du poivre noir et du poivre rouge, selon le moment où on le cueille: quand la graine est jeune, le fruit est rouge. Soudain, des grains contenus dans des fioles prennent place dans l'économie naturelle, et ce qui n'avait pas de sens en prend un. C'est parce que les philosophes ont appris à vivre dans un monde détaché de la nature qu'ils ont cru que l'univers n'avait aucun sens. Ils ne comprenaient déjà pas d'où venait le poivre qu'ils consommaient! Grâce à mon oncle, c'est changé: le poivre est issu d'un souffle du sol. On le sait en théorie, mais il faut le saisir dans le réel de la chose.

    De belles photographies nous le dévoilent, dans cet ouvrage intitulé La Renaissance du poivre de Kampot, édité en 2018 à Kon Sat, dans la province de Kampot, par La Plantation – le nom de l'entreprise dont j'ai parlé. On le trouvera en s'adressant à elle.

  • Donald Trump et le Kurdistan

    donald-trump-ne-decolere-pas-et-peine-a-dissimuler-son-inquietude.jpgRudolf Steiner affirmait que le but secret de la politique anglo-américaine, dans le monde, était d'y créer une instabilité contrôlée, afin d'y favoriser le commerce que les anglophones dirigeaient, pour lequel ils étaient particulièrement doués. Ils dressaient, disait-il, les peuples les uns contre les autres, étaient pour cela très doués aussi, ils connaissaient d'instinct ce qui pouvait toucher les êtres humains à travers le monde, les fasciner, les exciter, les pousser, les tirer.

    Il caractérisait ainsi la politique de Woodrow Wilson, en 1919, et sa manière de favoriser l'éclosion des nationalismes, sa prétention à donner aux peuples le droit de disposer d'eux-mêmes, qui n'était qu'une façon de les contrôler en émiettant les empires européens unissant plusieurs peuples – notamment l'Autriche-Hongrie, dont Steiner était issu. Les égoïsmes nationaux étaient éveillés, excités par le gouvernement américain, qui était lui-même, au fond, excité et galvanisé par son propre égoïsme national, au-delà des prétentions universalistes de son melting pot.

    Je ne dirai rien de la prétention de la France à représenter aussi un universalisme voué à une nation déterminée, car elle a une part qui la tire vers l'Amérique, mais aussi un reste d'empire carolingien, qui rend indistincte sa politique, hésitante, mais en même temps lui suscite de la sympathie dans le monde – de cette sympathie incarnée par exemple par Jacques Chirac s'opposant à BOYAIIXGRM6B3C54J5FMHE32RQ.jpgGeorge Bush, ou ami des Palestiniens contre la rigueur des agents de sécurité israéliens: on s'en souvient. C'est l'héritage de De Gaulle.

    Il est ainsi naïf de s'étonner de la politique de Donald Trump dans les pays arabes, qui suit bien plus celle de Barack Obama qu'on aurait pu croire, quoique le prétexte soit différent. Les régimes autrefois alliés de l'Union soviétique et s'appuyant sur des monarques plus ou moins élus, forts, autoritaires, avaient fait leur temps, et il s'agissait de réorganiser l'Orient. L'émiettement favorise forcément ceux qui ont un sens pratique particulièrement aigu, ont l'instinct du commerce, sont connus pour leur pragmatisme. Les préoccupations de Donald Trump sont d'abord commerciales, sa vie entière l'atteste, et dans le commerce les États sont en compétition, conformément aux principes darwinistes majoritairement adoptés aux États-Unis.

    Rudolf Steiner est souvent attaqué, dans la presse et les universités, parmi les penseurs et les écrivains, mais c'est peut-être parce qu'il était lucide, et est encore susceptible d'ôter leurs illusions à ceux qui rêvent de gendarmes faisant régner la vraie justice sur Terre, la démocratie, les droits de l'homme, faciles prétextes pour déstabiliser les uns et les autres, quand le libre commerce l'exige – ce libre commerce qui favorise justement les Américains.

  • Culte de l'ouvrier, fascination des robots

    Robots_at_Work_by_Mistress_D.jpgJ'ai écrit l'autre jour que, pour moi, le prolétariat, s'il était remplacé par des machines, pouvait se reconvertir à l'agriculture biologique, qui, dans sa méthode, présuppose la présence de l'humain, et le maintien de la production (le plus possible) dans un cycle organique. Les matérialistes peuvent toujours dire que l'aliment n'en est pas réellement meilleur: le consommateur est convaincu du contraire, et est prêt à payer plus cher les aliments produits de cette façon. Il y a donc de l'emploi, des possibilités.

    Or, Benoît Hamon, pendant ce temps, parle de réduction de temps de travail, à cause, dit-il, des robots. Mais ici c'est plutôt absurde, car il est reconnu que l'agriculture biologique demande plus d'heures de travail que ce que je pourrais appeler l'agriculture chimique - même si les matérialistes disent que tout est chimique. Le problème est que l'agriculture biologique relève plutôt de l'alchimie, comme disait Marc Veyrat que relevait aussi la grande cuisine. Cela tombe bien, puisque les meilleurs vins sont biodynamiques. Cela relève d'une alchimie.

    Mais celle-ci n'ajoute rien en volume mesurable, et comme l'économie reste dominée par le matérialisme, cela oblige l'agriculteur biologique à travailler davantage. Pourquoi, donc, Benoît Hamon propose-t-il une nouvelle réduction du temps de travail?

    Il n'y a pas d'explication logique. Cela émane de son partage inconscient de l'idée matérialiste selon laquelle le vrai travail au fond est mécanique, et chimique, et que le travail biologique et alchimique est de l'ordre de l'illusoire fumée. Cela ressortit à un culte de la machine et de la tradition ouvrière dont témoignait Karl Marx, puisque l'idée que tout est mécanique a plu justement à une classe ouvrière arrachée à la nature végétale et projetée dans des usines exclusivement consacrées au minéral.

    Naturellement, si on disait que le coût des machines devant baisser grâce aux robots, on pourra augmenter le prix des denrées alimentaires biologiques, et donc réduire le temps de travail des agriculteurs en b21154.jpgmultipliant l'emploi dans les fermes, on comprendrait son raisonnement; mais on en est loin. On reste dans le dogme qui assure que les aliments doivent rester peu chers, étant de première nécessité, et qu'il est normal que les machines soient chères, puisqu'elles manifestent la grandeur de l'esprit humain. Mais c'est là pur matérialisme - de nouveau. Il s'agit d'opinions subjectives, qui essaient au fond d'imposer des doctrines quasi mystiques au marché.

    Mais comment feront les pauvres pour se nourrir? dira-t-on. Se nourrir est pourtant un droit fondamental de l'être humain!

    Prétendre résoudre d'un seul coup les problèmes économiques et les droits humains est vide de sens, et c'est l'erreur majeure des socialistes. Des taxes générales sur les produits doivent créer un système de bourses alimentaires pour les nécessiteux. Dans l'antique Rome, on distribuait gratuitement le pain chaque jour. On ne cherchait pas à s'arranger pour que le prix du pain soit bas; il était simplement malséant de se rendre à la distribution gratuite de pain quand on avait de quoi l'acheter. C'est la cité qui l'achetait pour les pauvres.

    Dans le Chambéry d'autrefois, les soins des pauvres étaient payés par la commune. Cela n'empêchait pas le médecin du coup de vivre correctement, même quand il soignait ceux qui ne pouvaient pas le payer.

    Il faut accepter que la plus-value ne vienne pas seulement des machines, comme on en est persuadé depuis deux siècles, mais aussi des aliments, des produits de l'agriculture. Il faut même partir du principe que l'humain étant plus important que le robot, la plus-value de l'agriculture biologique doit être supérieure à celle de la technologie. C'est le vrai programme écologique d'avenir, et pas celui qui veut désœuvrer l'ouvrier chassé par le robot, ôtant tout sens à sa vie professionnelle – l'humiliant à nouveau, au fond.

  • Robots et temps de travail

    goethe Bild.jpgJ'ai vu passer l'information selon laquelle Benoît Hamon voulait réduire le temps de travail parce que, disait-il, les robots remplacent les hommes à l'établi: il faut donc partager le temps qui reste.

    Cela paraît logique. Mais cela ne l'est pas. Cela me rappelle Goethe, tel qu'en parle Rudolf Steiner dans Une Théorie de la connaissance de Goethe (1886). Il nous dit que, pour le poète de Weimar, la méthode à suivre lorsqu'on s'occupait du monde végétal dans un but scientifique, ne pouvait pas être la même que pour le monde minéral, physique. Le vivant ne suit pas les mêmes lois que le mort, et, pour le saisir, il faut le prendre dynamiquement, dans son évolution continue, et donc imaginativement. L'intuition guide alors les représentations, et la raison se fait plastique, comme le recommandait aussi Louis Rendu, professeur de philosophie à Chambéry au temps des rois Charles-Félix et Charles-Albert (évêque d'Annecy ensuite).

    Les robots fabriquent merveilleusement bien les machines, et tout ce qui est mort et sans vie – et qui, répondant à des mécanismes constants, ressortit au minéral. Le secteur secondaire, comme disent les économistes, est celui concerné. Les robots y remplaceront les hommes.

    Or, ce n'est pas réellement triste, car les métiers de ce secteur asservissent l'être humain - en faisant de lui un robot, justement. Les tâches répétitives, non inventives, prédéterminées, humilient l'humanité, comme s'en plaignaient dès le dix-neuvième siècle les évêques - tels, encore, que Louis Rendu.

    Que recommandaient-ils? L'agriculture. Pour eux, le paysan était en lien avec les forces de la nature vivante, qui reflétait la puissance divine. Celles des machines reflétaient plutôt le diable. Ils faisaient d'elles la cause de la désaffection de l'ouvrier pour la religion catholique, remplacée dans son cœur par le marxisme. Ils avaient raison.

    J.R.R. Tolkien, qui était catholique traditionaliste, a avoué dans sa correspondance avoir fait tourner sa mythologie autour de cette question: le règne de la Machine était bien celui de Sauron. La nature céleste, Wrath-of-the-Ents-treebeard-33433582-1600-959.jpgau-dessus des lois mécaniques terrestres, créait sur Terre la vie, notamment végétale. Et c'est à ce titre que les Ents, ses arbres parlants, s'opposent saintement à Saruman, qui manie des machines créées sous terre. Or les Ents ont été éveillés à la conscience par des êtres qui sont liés à la lumière, notamment celle de l'Occident céleste - et en sont les intermédiaires: les Elfes.

    C'est fort de ces pensées qui font émaner la vie des astres que Rudolf Steiner, au fond dans le sillage de Goethe, a créé l'agriculture biodynamique. Elle est décriée. Les principes en sont contestés. Steiner répondrait qu'il en est ainsi parce que justement on pense pouvoir appliquer à tout la méthode propre aux sciences physiques. Le problème est que les résultats en sont probants, aussi inexplicable cela soit-il: les vins biodynamiques, dont la qualité n'est pas évaluée au poids, sont déclarés parmi les meilleurs par les œnologues, leur succès est réel.

    L'agriculture maniant le vivant, disait Steiner, il est indispensable qu'elle soit faite par les humains, et reste dans le cycle du vivant. L'agriculture biologique est admise comme devant faire intervenir l'organique, non le chimique ou le mécanique. C'est la source de l'aliment sain.

    Et même s'il était vrai, comme certains le prétendent, que les différences entre les aliments sont illusoires, les consommateurs, c'est un fait, sont convaincus du contraire. Donc il y a du travail manuel encore disponible: il y a l'agriculture biologique. Réduire le temps de travail n'est pas une option obligatoire.

  • Croissance économique et matérialisme historique

    keynes.jpgLes socialistes ont souvent évoqué l'idée de la relance par la consommation, que je crois héritée de John Keynes, car j'ai suivi des cours d'économie, quand j'étais au lycée. Mais ce n'est pas un auteur que j'aie lu, et du reste peu me chaut. Ce qui m'importe est que j'ai toujours trouvé aberrant le projet de résoudre les problèmes de l'égalité en même temps qu'on soutient la croissance économique. Une telle position me semble relever de l'angélisme et de la naïveté.

    Je trouve de toute façon choquant qu'on pense ramener l'égalité des droits à des calculs mesquins et au fond l'assujettir à la croissance. Rudolf Steiner disait que, dans les faits, les droits individuels n'étaient en rien un moteur pour l'économie, mais un frein nécessaire, une limite dont le devoir, dont le sentiment moral rendait la présence impérieuse. Il les comparait aux obstacles naturels: les droits individuels font obstacle à l'économie comme les montagnes, les mers, les fleuves font obstacle aux échanges et nécessitent des dépenses supplémentaires. Il faut donc les intégrer au coût des produits, ne serait-ce qu'à travers une taxe ensuite reversée pour que les nécessiteux bénéficient du droit à l'éducation, à la santé, au logement, et ainsi de suite.

    Cela me semble une bonne conception, car je trouve absurde l'idée que la mécanique historique ou économique soit imprégnée de la moindre moralité, de la moindre tendance à l'égalité qu'il n'y aurait qu'à faire éclore par une sorte de magie d'État. Au fond cela rejoint l'illusion libérale qui prétend que si tous les égoïsmes s'unissent, le monde s'en trouvera mieux. À la différence qu'il existe une frange de la philosophie qui essaie de masquer que le moteur premier de l'économie est l'égoïsme.

    Les machines qui fondent l'essentiel de l'économie moderne en émanent avant tout. On a du mal à l'admettre, car on veut les vénérer, les adorer, les regarder comme des portes vers un avenir radieux. Dans les faits, elles donnent surtout une satisfaction égoïste.

    Ce qui spirituellement renvoie à l'égoïsme, ce sont les mécanismes physiques, issus des profondeurs terrestres. Car le matérialisme pour moi ne saisit pas ce qui est en question, voulant soumettre l'univers à son monisme naïf. Quoiqu'il soit lié à des objets matériels, l'égoïsme, en soi, est une force spirituelle; il est leur vénération depuis les profondeurs de l'âme. Il est une sorte de fétichisme.

    La moralité n'émane pas du même endroit. Elle émane de l'horizon. C'est l'horizon d'un monde plus juste, qui suscite le sentiment moral. C'est la perfection du soleil, dans sa rotondité telle sunset-fog-over-sea-mountains.jpgqu'on la perçoit quand il se couche, qui crée le sentiment de l'harmonie humaine. Cela s'oppose frontalement à ce qui meut l'économie.

    L'erreur du monisme spiritualiste est de croire qu'il n'existe qu'une seule sorte de force spirituelle. En vérité, il y en a au moins deux – et même trois, dit le dogme trinitaire.

    Il ne s'agit donc pas de dire qu'on va abandonner l'activité économique pour entrer dans une forme de mysticisme, mais qu'il existe un conflit entre les deux, et qu'il est illusoire voire hypocrite de croire qu'on peut le résoudre par un simple pas de côté.

    Non, le sentiment moral humain n'émane pas de la superstructure. Il émane simplement de ce qui vient de l'horizon. Le réel essaye de concilier les deux choses qui s'opposent, et non pas d'imposer à l'esprit une vision uniforme des aspirations humaines.

    Il existe plusieurs dieux - si l'on peut s'exprimer ainsi.

  • Jean-Marc Ayrault et les gros groupes

    Jean-Marc-Ayrault-nomme-premier-ministre-par-Francois-Hollande_article_main.jpgBeaucoup de gens s’en prennent au gouvernement français, actuellement, et j’avoue n’avoir pas envie de défendre Jean-Marc Ayrault, notamment à cause de ce qu’il a dit lorsqu’il a annoncé des mesures pour améliorer la compétitivité des entreprises. Quelle que soit l’intention qu’il a eue en parlant de cela, il a mentionné les gros groupes qui font la fierté de la France; or, pour moi, la France n’est fière que de ses citoyens pris un à un, pauvres ou riches, petits ou gros, qu’ils soient solitaires ou qu'ils vivent en groupe. Ennoblir d’emblée de cette façon les gros groupes qui permettent aux Français de s’imposer à l’étranger m’a paru ressortir à l’impérialisme monarchique.
     
    D’ailleurs, ce n’est pas la fierté de la France, qui compte, en économie, mais la capacité à créer des produits qui se vendent, qu’on ait envie d’acheter. Or, contrairement à ce qu’on pourrait croire, cette elprimero.jpgcapacité n’est pas forcément liée aux gros groupes. L’horlogerie suisse marche bien justement parce qu’elle n’est pas monopolisée par un gros groupe, mais animée par de petites et moyennes entreprises qui rivalisent d’efforts pour créer de belles montres. Le gros groupe - tout comme l’État centralisé - tend à figer l’innovation, à faire obstacle à la créativité - laquelle ne vient pas de la multitude des cerveaux mis ensemble en connexion électromagnétique, comme on se l’imagine ici ou là, mais des individus qui trouvent au fond d’eux-mêmes des idées nouvelles et de leur entourage qui accepte de les appliquer après les avoir comprises.
     
    En tout cas, personne n’achète un produit parce qu’il est français.
     
    Et puis, personnellement, je crois que les gros groupes qui font la fierté de la France coûtent souvent plus qu’ils ne rapportent. Je suis favorable à ce que leurs monopoles soient brisés. Plusieurs de ces gros groupes, d’un côté sont soutenus par l’Etat, de l’autre se parent du concept de service public pour mieux s’imposer. C’est le cas du gros groupe qui s’occupe de l’électricité. Il a une politique v-21-1028727.jpgcommerciale agressive, et se prévaut de décisions politiques allant dans le sens de l’écologie, dans le même temps. Or, cela tend à uniformiser les pratiques, et à empêcher des petits groupes d’être innovants dans les transports, le chauffage, l’éclairage - ou même les individus de faire des choix autres, de dépenser différemment leur argent. En soi, par conséquent, ce monopole coûte cher et a des avantages plus politiques qu’économiques.
     
    Car les gros groupes qui font la fierté de la France participent du sentiment national, qui n’a jamais servi l’économie, et qui, sur le plan culturel, n’est qu’une couleur parmi d'autres. On peut aussi aimer les petits groupes qui font la fierté de la Savoie, pourquoi pas? Ou les petits groupes qui font la fierté de mon village. Ou les individus qui font la fierté de l’humanité. L'échelon national n'est pas sacré.

  • Français & Allemands: le rêve grec

    pont-patras-gate-8188.jpgQuand j'étais en Grèce, j'ai pu constater une étrange chose: toutes les grosses infrastructures commandées par l'État avaient été faites soit par des Allemands, soit par des Français. Or, j'ai entendu plus tard dire que les banques françaises et allemandes étaient en crise parce que les Grecs ne pouvaient plus rembourser les prêts pris auprès d'elles. Cela m'a donné l'impression que les Grecs avaient commandé des infrastructures à des industriels qui s'arrangeaient avec les banques de leur propre pays pour fournir l'argent. Les Grecs pouvaient avoir l'impression que cela ressortissait au fond au cadeau, parce que les experts mandatés par les gouvernements allemands et français étaient ceux qui avaient montré aux gouvernements grecs ce qu'ils pouvaient commander à leurs industriels et par conséquent emprunter à leurs banquiers.

    Cela signifierait que la responsabilité de la faillite grecque incombe aussi aux gouvernements français et allemands: car c'est eux qui ont pensé que les Grecs pourraient rembourser. Est-ce que réellement les Grecs pouvaient en savoir plus long que leurs experts, à ce sujet? Ils pouvaient en douter, puisque ces experts faisaient probablement valoir leur expérience, leur connaissance de ce qui se faisait depuis longtemps en France et en Allemagne.

    On se disait que tout le monde avait à y gagner. On prenait donc l'expérience acquise comme suffisamment probante pour l'avenir. On se faisait des illusions en Grèce, certes, mais aussi en France et en Allemagne. L'impression existe que loin d'avoir pris la mesure de leurs erreurs, les Français et les Allemands demeurent dans l'idée que la Grèce doit être mise sous tutelle parce qu'elle est la principale responsable deAgriculture traditionnelle.jpg la situation, les infrastructures que leurs experts ont proposées étant naturellement toujours des plus nécessaires! Comme ce pont que j'ai vu, à Patras, qui passe par-dessus une mer, et qui n'est emprunté que de ceux qui peuvent payer le passage... Les autres prennent le bac, qui est moins cher.

    Mais l'économie grecque étant surtout agricole, elle est de faible valeur ajoutée, et les rêves qu'on peut faire sur l'industrialisation de l'univers ont toujours quelque chose de faussé: c'est comme les pouvoirs magiques qu'on attribue à la radioactivité! Les Français adorent croire, par exemple, que l'industrie nucléaire représente une étape majeure de l'Évolution. Ce n'est pas forcément le cas.

  • Générosités du Capital

    Kapital.pngJ’ai l’impression que certains Français frontaliers sont spontanément persuadés que leur salaire suisse est élevé parce que les patrons des entreprises suisses sont généreux. Dans les faits, c’est surtout parce qu’en France, les patrons paient beaucoup plus à l’État, y compris en temps.

    Je me souviens d’un jour, Jacques Chirac étant alors Président, où les fonctionnaires faisaient grève, pour lutter contre les attaques supposées du Capital, en France, contre les salariés. Bien que fonctionnaire, je n’avais pas suivi ce mouvement de grève. Des amis français salariés en Suisse, très hostiles aux prérogatives naturelles du Capital, manifestèrent leur surprise et même leur indignation, face à ma décision. Je leur ai demandé, alors, pourquoi eux ne faisaient pas grève aussi. Ah, non ! répondirent-ils : en Suisse, cela ne se fait pas.

    Peut-être pensaient-ils, de fait, que le Capital y est spontanément plus altruiste.

  • Mondialisation et Haute-Savoie

    visite_guidee.jpgUn journaliste littéraire du Monde, sur son blog, a récemment évoqué mon livre sur la Savoie, et une partie de ce qu’il énonce concernait Genève. Selon lui, j’aurais à peu près dit que la mondialisation avait eu pour effet de faire manger aux Genevois des reblochons. A vrai dire, si j’ai dit cela, c’est assez absurde, car le reblochon a surtout du succès à Paris.

    Ce que je me souviens plus précisément avoir dit, c’est que durant la seconde moitié du XXe siècle, les machines étaient venues en Haute-Savoie depuis Genève et plus généralement la Suisse. De fait, Genève est connue en France, au sein du peuple, par ce dont les journalistes ne parlent guère (ils préfèrent aborder des sujets plus élevés, sans doute) : c’est simplement la présence en son sein de grosses et belles voitures. La Suisse est réputée pour avoir des voitures automobiles qui brillent !

    Le plus amusant est que si on lit Michel Butor, par exemple, on s’aperçoit que cela s’y reflète : car dès qu’il regarde vers Genève, il voit les avions qui s’élèvent des bords du Léman, et s’enfoncent dans l’azur du ciel. Butor est un grand écrivain parce qu’il sublime ce dont parle le peuple, et non parce qu’il évoque de préférence des sujets qui paraissent élevés au commun des journalistes qui écrivent.

    Ce qui est remarquable, et spécifique, en Suisse et en Haute-Savoie, c’est le mélange permanent entre la nature - les montagnes, les lacs, la campagne - et les machines les plus modernes ! A Paris, les choses sont différentes : l’industrie étant centralisée, c’est la ville qui est imaginativement mécanisée, tandis que la campagne est restée agricole et dénuée de machines visibles. C’est ce qu’on appelle le désert français.

    Or, la Haute-Savoie épouse, spontanément, le modèle suisse, plus décentralisé, qui dissémine la technologie, qui ne regroupe pas l’activité économique autour d’une capitale administrative en particulier. Cela crée, je crois, des images poétiques du type de celles de Butor, qui a également évoqué le travail d’usinage des gnomes, sous la terre, durant l’hiver savoyard, quand ils préparent le printemps ! Ce mélange entre l’organique végétal et le mécanique m’a toujours paru profondément intéressant, et se différencier d’une vision parisienne au sein de laquelle la machine est plus intimement liée à la pierre des cités - à la civilisation urbaine, à l’héritage romain. C’est cela dont j’ai réellement voulu parler : non du reblochon.

  • Libéralisme transfrontalier

    1. Tramway.jpgCertains, en France voisine, ne sont pas réellement favorables à la construction de transports en commun pour les frontaliers, parce qu’il existe certains secteurs où des Français, motivés surtout par les perspectives salariales, vont travailler en Suisse alors que les entreprises françaises manquent de bras. Ils le font, de surcroît, après avoir été formés gratuitement en France, en général.

    Pour résoudre ce problème des transports en commun, indispensable pour l’environnement, et utile sur le plan global, il faut tenir compte de cet aspect. Sinon, on continue de s’étonner de l’ineptie des Français voisins qui ne font rien.

    Mais de fait, dans certains cas, payer un transport en commun, c’est sacrifier un argent immédiat à des bénéfices plus grands sur le long terme. Cela demande de l’abnégation. Dès qu’on l’a compris, on a aussi compris qu’un tel sacrifice doit être global, commun à tous les acteurs, à tous ceux qui sont impliqués dans cet emploi de gens qui habitent loin de leur lieu de travail, ainsi que les contrats de travail l’indiquent clairement. Cela veut dire qu’en rendant valables ceux-ci, l’État de Genève, par exemple, est aussi partie prenante : il a aussi sa responsabilité.

    A mes yeux, même, la charge doit être calculée non en fonction des territoires, mais de la plus-value réalisée par la situation. Je crois que c’est ce qui est réellement équitable. Il faut raisonner en fonction de l’économie, et non des États. L’Etat n’est là que pour vérifier que l’équité est respectée.

    Raisonner en fonction des frontières, c’est bien raisonner aussi en fonction du territoire. Trop de frontières, dans le monde, servent à protéger le capital dans un sens, à l’accroître dans l’autre. Le vrai libéralisme a pour base la vie de l’entreprise, et la regarde comme un tout, au-delà des nations. Et à l’intérieur même de l’entreprise, ainsi délivrée des nations, l’équité doit régner. En effet, aucune liberté ne peut durablement s’exercer sans sens de la responsabilité. L’Etat exploite précisément les injustices qui se répandent dans l’entreprise pour se donner le droit d’y intervenir, parfois abusivement. Le marxisme même repose sur le présupposé qu’aucune justice ne peut régner au sein de la libre entreprise.

    Je crois, néanmoins, qu’on peut le détromper : cela dépend de la volonté humaine. L’Etat même peut n’intervenir que ponctuellement, quand, je dirais, le Capital exagère.

    Cela dit, une économie responsable n’est pas seulement celle où les propriétaires du Capital sont soucieux des autres hommes : car c’est là une règle morale qui s’exerce même en dehors de l’économie ! Sur le strict plan économique, la responsabilité consiste à regarder le long terme, et les effets finaux de l’action. On pourrait ainsi évaluer le coût environnemental. Or, la création de richesses ne doit pas être fondée sur le vol : y compris de la Nature. On ne devrait pas laisser se répandre l’idée que tout accroissement de richesses est fondé sur la création d’un déséquilibre. Car cela amène les esprits responsables à contester la légitimité de la croissance même.

    Quoi qu’il en soit, comme c’est là aussi une affaire de foi, ou du moins de philosophie, on ne peut s’appuyer sur tout le monde, pour créer une vision responsable de l’économie. Mais les transports en commun restent quand même de la responsabilité de ceux qui les utilisent, ou les font utiliser, ou de ceux qui les y autorisent. A mon avis.

  • Libéralités du Capital

    317443671.jpgDans La Tribune de Genève du 7 mai dernier, Armand Lombard stigmatisait les riches qui gagnaient de l’argent pour gagner de l’argent, et ne voulaient rien en faire pour aider leur prochain. L’idée était déjà énoncée par Robinson Crusoë dans le roman de Daniel Defoe, selon laquelle tout gain superflu devait servir à la libéralité : être donné aux autres.

    Armand Lombard a parlé de sommes vertigineuses, pour les patrons. Il a recommandé aux patrons suisses plus de solidarité avec le reste de l’humanité.

    Personnellement, je l’ai dit, je pense que le souci de l’environnement est un bon placement ; mais aussi, l’investissement social que représente la création d’un chemin de fer local, pour les employés, notamment frontaliers, des entreprises suisses, est bon, parce qu’il crée du bien-être général. Je ne dis pas que ce soit les seules choses à faire. On peut aussi aider les arts, la culture, la science, les pauvres, la défense des Etats souverains, la paix dans le monde, la sécurité intérieure, la formation, l’éducation, tout ce que l’Etat assume tant bien que mal (et avec plus ou moins d’équité et de jugement) avec les impôts, et donc, aussi, aider à la baisse de ces impôts (ou à un meilleur équilibre dans la redistribution, selon ce qu’on croit juste).

    Mais Armand Lombard évoque en particulier les patrons qui pensent à assurer bien-être et travail à leurs salariés. Or, leur transport sur leur lieu de travail est en ce moment une préoccupation majeure. Il est donc possible d’y songer.

  • Echanges agricoles

    J’ai lu, récemment, dans Le Messager, que les agriculteurs savoyards n’arrivaient généralement pas à vendre leur production à Genève. L’Etat de Genève protège ses propres agriculteurs.

    Parallèlement, les salariés de Genève doivent de plus en plus habiter en France. Souvent, ils construisent sur du terrain agricole savoyard (ou gessien, ou même bugiste) déclassé.

    Est-ce cohérent, d’un strict point de vue économique ? Pour qu’on trouve que oui, il faut que l’économie ait été pensée en fonction des Etats, à mon avis.