Spectacles

  • Le pistolet enchanté de David Lynch

    000.jpgIl y a dans INLAND EMPIRE, de David Lynch (que j'ai revu récemment), un motif impressionnant, sublime, génial – celui d'un pistolet confié par des vieillards à un homme assailli par des événements contraires. Il a cru sa femme infidèle, et l'a abandonnée. Mais elle était hypnotisée, et était innocente.

    Ces vieillards habitent au premier étage d'un immeuble polonais, à Lodz, et ils sont manifestement des sortes de dieux, malgré leur apparence anodine. Twin Peaks, la série de David Lynch et Mark Frost, a pour habitude connue de montrer des êtres spirituels qui ont l'air d'hommes ordinaires.

    On comprend que ces vieillards sont des dieux dès les premières scènes. Un homme demande à l'un d'eux le droit de descendre. Il cherche une entrée. Cet homme est le diable: c'est lui qui hypnotise les mortels pour leur faire faire des choses, dont des malheurs surviennent.

    On comprend que ces vieillards sont des dieux aussi parce qu'ils ont parfois l'apparence d'hommes et de femmes à têtes de lapins – 00000000000000000000.jpgconversant dans une pièce étrange, symbolique, en un sens grandiose.

    Le pistolet est donc donné à un homme pour qu'il agisse contre ce diable. Il le place dans un meuble et plus tard, l'héroïne du film l'en sort, et a l'occasion de tirer sur le démon, dans un couloir dont une porte mène à la pièce des hommes-lapins. Elle doit tirer plusieurs fois: le démon prend d'abord le visage grimaçant de l'héroïne même, puis devient une tête hideuse, cauchemardesque, indistincte, avec une bouche énorme dont il coule du sang. Image de l'homme primitif, inconsciemment enfoui – le démon que chacun a en soi, et qui revient d'époques antérieures, lointaines et obscures. Cet être finit donc par mourir, et le destin est rendu aux forces bonnes: la femme induite en erreur est pardonnée, l'héroïne l'embrasse, et le couple 0000000.jpgbrisé se reforme. Moment magique.

    Les vieux récits avaient des armes données par les dieux, et elles avaient des qualités spirituelles, autant que matérielles: les anciens ne croyaient pas que si les épées n'étaient pas en même temps des talismans, elles pussent vaincre les ennemis qu'animaient des forces maléfiques. La mythologie souvent se situe dans le seul monde spirituel – le monde physique ne servant que d'appui à la compréhension extérieure. L'arme a l'allure d'une épée, mais elle jette des rayons spirituels.

    David Lynch renoue avec le style mythologique, en s'appuyant sur des images ordinaires du monde physique. Mais il refuse de rester sur les objets traditionnels et anciens, les épées et les lances: pourquoi une arme spirituelle ne 000000.jpgprendrait-elle pas, dans une conscience moderne, l'allure d'une arme moderne? Le raisonnement est juste, je l'adore. C'est ainsi qu'on crée du merveilleux moderne, ou urbain.

    Nul besoin même d'une arme futuriste: un pistolet simple suffit!

    D'un autre côté, le monde des esprits ou des dieux est étrange à la conscience matérialiste moderne; c'est peut-être pour cela que David Lynch ne cherche pas trop à se faire comprendre. La conscience moderne croit que les armes magiques sont celles de la technologie à venir. Grossière erreur, dans laquelle avec raison il ne veut pas tomber. À la rigueur, on est plus près du fétiche africain lanceur de foudres qu'on a vu dans certains films mythologiques africains. La notion de talisman est ici fondamentale. Elle est méconnue. Bien plus qu'on ne croit, il s'agit de cela dans les objets magiques des vieux récits – bien plus qu'on ne croit, les armes futuristes de la science-fiction sont aussi cela – de simples fétiches.

  • Eugène Ionesco et sa cantatrice chauve

    00.jpgJe n'ai pas beaucoup pratiqué ce qu'on appelle le Théâtre de l'Absurde. Ou en tout cas, peu attiré par les pièces trop philosophiques, je ne l'ai pas beaucoup prisé. Quand l'expression d'idées est d'une telle importance qu'elle détruit l'action dramatique, je ne ressens rien, et m'ennuie. C'est, je pense, ce goût récent pour l'abstraction qui a ruiné le théâtre auprès du grand public, qui a préféré aller au cinéma.

    D'un autre côté, sans le Théâtre de l'Absurde, la situation aurait pu être encore pire car, face à lui, il n'y avait qu'un théâtre classique suranné, ayant perdu l'essentiel de sa vigueur depuis longtemps. L'impression de répétition à l'infini des mêmes pièces n'était pas plus propice à conserver au théâtre un public, et, dira-t-on, le Théâtre de l'Absurde lui a conservé au moins la frange intellectuelle, parisienne et philosophique qui, aujourd'hui encore, le maintient en vie.

    Mais Ionesco suscite une sympathie particulière, à cause de sa fantaisie, peut-être liée à son origine roumaine: l'intellectualisme chez lui n'étouffe pas l'inventivité, et son art garde quelque chose d'oriental, qui d'ailleurs peut laisser à l'action dramatique une progression sensible, propre à être appréhendée par l'intelligence: Rhinocéros en particulier est l'une des meilleures pièces qu'on ait écrites en français au vingtième siècle.

    Car si elle reste démonstrative, à thèse, elle n'en a pas moins une histoire qui a un début et une fin, et une évolution du meilleur au pire, de la vie heureuse 000.jpgd'une petite ville à la tragédie d'un homme seul parmi les fauves. De surcroît, elle contient du fantastique, des symboles vivants insérés dans la trame dramatique, qualité nécessaire qui a si souvent manqué au classicisme français, voire européen.

    La seule pièce qui fasse réellement exception, c'est le Faust de Goethe! En un sens, Ionesco se situe dans sa lignée.

    En langue allemande, il y a aussi Albert Steffen, méconnu. Il est même plus grandiose qu'Ionesco.

    Mais Ionesco s'est d'abord rendu célèbre par sa pochade de La Cantatrice chauve. Je l'ai découverte récemment pour des motifs professionnels. Mais je l'ai choisie, aussi, par curiosité. Il y a de bonnes blagues. Mais tant mes élèves que moi-même avons regretté qu'il n'y eût pas de trame dramatique claire. L'atmosphère désordonnée s'intensifie, il y a un rythme et de la couleur, pour ainsi dire, comme dans les pièces de Valère Novarina. Mais le chemin ne s'appuie pas sur un enjeu particulier, même mystérieux.

    La qualité de la pièce, du coup, c'est qu'elle est courte: puisque c'est une blague, il ne fallait pas qu'elle soit longue. La fin qui intervertit les personnages comme si une mécanique infinie était annoncée est émouvante, assez belle, tragique. Cela crée tout de même un fil.

    L'avenir est peut-être aux récits absurdes qui reçoivent une explication: les personnages seraient des robots manipulés par des expériences d'extraterrestres, par exemple. On a cela, dans certains films de science-fiction. Ici, l'explication manque, je pense.

  • Gouffre de Cabrespine

    Cabrespine 01.jpgPuisque j’ai emménagé en Occitanie dans la région de Carcassonne, je fais du tourisme avec les membres de ma famille que j’accueille, et, après avoir visité la Cité de Carcassonne, assisté à un spectacle de chevaliers, exploré la Maison Hantée et visité la Basilique Saint-Nazaire, je suis allé au Gouffre de Cabrespine, immense et comme dévoilant que la montagne est creuse. Il y avait un Philosophe de la Nature allemand, peut-être Oken, qui disait que les cristaux, les gemmes, étaient des fleurs ou des fruits de la pierre, et certaines formations de cette grotte énorme le rendent patent. Les minéralogistes, selon le guide présent, n’expliquent pas certains cristaux qui ont l’air de fleurs, ou de gros flocons de neige. La forme est inattendue, mais féerique, et on croirait vraiment être au pays des Nains, ou des Gnomes, tel que Tolkien l’a peint. Ce qu’a créé la pierre sous la poussée, dit-on, de l’eau – ou même seule, directement –, est si varié qu’il est impossible de croire qu’elle obéit à des lois physiques générales, abstraites, et que, à sa manière, comme le disait Teilhard de Chardin, la pierre n’ait pas aussi sa vie propre, ses saisons propres, et ses voies pour créer des fleurs et des fruits qui lui sont propres. Car l’auteur du Phénomène humain affirmait que même le minéral avait sa part de psychisme...

    On avait l’impression d’être à l’intérieur d’un immense organisme, le corps d’un géant, et la taille de la cavité était sidérante. Les trous par lesquels les explorateurs s’enfonçaient semblaient être des bouches ou l’ouverture d’artères, et leurs mystères étaient sans nom.

    Pourtant, comme Horace-Bénédict de Saussure explorant la grotte de Balme près de Cluses, on ne pouvait croire à des fées physiques, et, en un sens, les formations naturelles suffisaient à l’émerveillement. Mais elles étaient, justement, si étonnantes, qu’on pressentait leur présence, la présence des Nains, sourde et obscure, par-delà les rideaux de calcite tombant du plafond. Au cœur de la terre, les forces cosmiques semblent s’exprimer sans voile, et l’on dit que ces grottes ont été imitées par les bâtisseurs des cathédrales gothiques – cela, d’autant plus Cabrespine 02.jpgqu’elles ont servi de lieux de culte, parce que les puissances célestes s’y voyaient sans ambages, sans brume, la terre épousant sans faille leurs souffles.

    L’air dans ce gouffre est d’une limpidité fabuleuse, et la lumière s’y répand sans obstacle. Les formes lointaines en éclatent d’autant plus aisément à la vue, et les couleurs en jaillissent d’autant mieux. Car on y voit du rouge, du blanc, et les pierres épaisses y sont transparentes, laissant passer les rayons des lampes. Alors, elles rougissent comme une main.

    Beaucoup de formes rappellent les méduses, les pieuvres, comme si les forces fondamentales qui ont créé ces êtres imprégnaient dans les profondeurs la roche, comme si la puissance éthérique était la même au sein du vivant qu’au sein du minéral.

    Mais qu’est-ce à dire? Le vivant se forge dans l’eau, dans le liquide, ne serait-ce qu’amniotique; et justement ces formes émanent du travail de l’eau, comme si les mêmes forces habitaient toujours l’élément liquide, qui tendaient à lui faire donner naissance à des êtres vivants. Mais d’où viennent ces forces, si ce n’est de l’air? On ne les y voit pas, mais elles sont là. Rudolf Steiner disait que la forme cristalline des flocons de neige venait de la forme même de l’air, rempli soudain de glace; et, au-delà, c’est la chaleur qui a ces formes. Or, les fleurs de cristal à l’origine inexpliquée surgissent justement quand la grotte a en elle de la chaleur. Elle anime, elle engendre, elle donne la vie. Car la roche est vivante, et quand il y a de l’eau et de la chaleur, même quand il n’y a pas de végétation, l’éthérique est présent, il est actif.

  • Jean du Pré face aux femmes-biches

    20190628_215033.jpgComme prévu, je suis allé au spectacle de Rachel Salter à Villelongue-d'Aude, et elle a ému son public par trois contes et deux chansons, dont un des aspects remarquables est que l'une d'elles était en occitan: il s'agit d'une création originale d'artistes de ses amis, évoquant le mystère d'une rivière à passer. Ce qui est remarquable est que Rachel Salter est écossaise et qu'on aurait pu penser absurde de parler occitan avec l'accent anglais, mais en réalité, elle le prononce mieux que la plupart des francophones, étant douée en langues et parlant aussi très bien espagnol - et comprenant mieux, comme souvent les étrangers, la variété linguistique des régions que les Français eux-mêmes, qui s'imaginent bizarrement qu'il existe une fusion totale du territoire français et de la langue de Paris.

    Rachel Salter a aussi conté un conte traditionnel du Quercorb, la seigneurie verdoyante qu'elle habite au pied des Pyrénées, et la fin était émouvante: une fée a quitté son mari mortel qui l'avait traitée de folle et de dame d'eau, mais elle revient voir ses enfants; or quand ceux-ci l'annoncent au père, il n'y croit pas, il dit qu'elle est morte. Ils lui tendent un piège en l'attachant et en la recouvrant de tissus, mais quand on les ouvre, il n'y a plus rien - qu'une larme. C'est triste et tragique, la fuite des fées. Le monde doit survivre sans elles. Mais peut-être que les mortels peuvent devenir des hommes-fées, des elfes, comme les super-héros dont je me plais à raconter les histoires ici-même?

    Rachel Salter m'a surtout impressionné par le conte qu'elle a créé, écrit de sa propre plume - ou élaboré de sa propre imagination. Il s'agit de l'histoire d'un certain Jean du Pré qui tombe amoureux d'une femme aux yeux étranges et profonds, et qui lui rétorque qu'il doit la laisser fuir et disparaître un jour par semaine s'il veut l'épouser. Il donne son accord mais dès que le moment vient de la laisser, il est torturé de jalousie et d'inquiétude, il a des sueurs froides, il a des sueurs chaudes, se retourne sans fin sur son lit. La seconde fois qu'elle disparaît, il n'en peut plus, il se lève, et voit le vieux fusil que son père lui a légué; et l'arme lui parle, l'invitant à la saisir pour aller tuer dans la forêt.

    Il le fait, et s'enfonce dans les ténèbres. Il voit les habits de sa femme accrochés à une branche et son sang ne fait qu'un tour, qu'est-ce que cela? Mille pensées horribles le traversent. 

    Soudain, il voit une biche exquise au pelage argenté. Il épaule son fusil, vise, mais la bête se retourne et le regarde. Et au-delà de sa fureur, il distingue les doux yeux de sa femme, qu'il aime toujours. Elle lui parle et cernunnos.jpgl'invite à la suivre. Il s'exécute et, d'expérience en expérience intime, il se change lui-même en cerf aux bois dorés, disparaissant avec elle dans le bleu - comme disent les Américains.

    Ce qui est beau, dans ce conte, c'est la fusion entre les motifs symboliques et la psychologie: non la réduction des premiers à la seconde, mais leur alimentation par elle, leur revitalisation. Les figures traditionnelles parlaient directement aux peuples anciens, sans passer par l'exploration intérieure, parce qu'elles étaient ressenties d'emblée comme intérieures autant qu'extérieures. Mais pour l'auditeur moderne, il est nécessaire de les relier à la vie intime telle qu'il la reconnaît, par exemple par l'appréhension de la jalousie, ou du goût du meurtre - mais aussi, dans un sens plus mystique, par le sentiment d'unité entre l'homme et la nature: car le jeune chasseur se sent dilaté, dans son âme, jusqu'à ne plus reconnaître la frontière entre sa peau et la forêt - juste avant de se métamorphoser. Or, cela passe par le féminin en lui-même, l'intuition, l'oubli du masculin conquérant et rationaliste, qui ne fantasme que des choses physiques et donc négatives, au lieu d'imaginer, lorsqu'il est ignorant, un miracle, un épanouissement spirituel - une union entre l'homme et les animaux.

    Un jour, peut-être, Rachel Salter publiera ses contes en volume et, à la manière de William Beckford et de Charles Duits, eux aussi anglophones, elle apportera à la littérature française ce qui lui manque de profondeur et de mystère, de merveilleux. Les étrangers le font souvent, le français tendant à se scléroser. La Renaissance venait des Italiens, le Romantisme des Allemands et des Anglais, le Surréalisme de l'Europe entière...

  • Nuit blanche au pays des fées à Villelongue-d'Aude

    64315861_10219072430063647_629164411956756480_n.jpgL'association Noyau. Au cœur du conte, que je préside, est co-organisatrice, avec Le Petit Théâtre de contes de fées, d'un spectacle de contes avec musique appelé Nuit blanche au pays des fées. Trois contes splendides et mystérieux seront dits au Verre à Soif, café de Villelongue-d'Aude, en Occitanie, le vendredi 28 juin à 20 h. Je sais bien que c'est loin de Genève. Mais de nos jours, il suffit de prendre l'avion: il y a une très bonne ligne Genève-Toulouse - je l'ai utilisée, une fois, pour assister au spectacle de Renata la renne et la nuit de Noël, à Narbonne. Vous aurez peut-être compris qu'il s'agit de la même belle artiste Rachel Salter. Cette fois elle sera seule, et il n'y aura pas de marionnettes; mais il y aura la musique de sa légendaire tempura, instrument indien superbement décoré par John Slavin, et ses beaux chants.

    Et je vous conseille vivement d'y aller, car je connais les contes qu'elle dira, et ils sont sublimes. Mêlant son génie propre à des contes traditionnels occitans, indiens ou écossais, Rachel Salter répondra aux questions fatidiques que se posent réellement les gens au fond d'eux-mêmes - par-delà les problèmes ordinaires auxquels ils feignent de s'intéresser: pourquoi les fées lavandières lavent et sèchent-elles leurs vêtements la nuit? pourquoi n'entend-on jamais d'histoires d'homme-sirènes? pourquoi le trésor des fées devient-il poussière dans les mains de certains, et fait la fortune d'autres? Oui, ces énigmes brûlantes et passionnantes - et d'autres encore! - seront abordées dans cette soirée envoûtante de Villelongue (près de Limoux, dans le département de l'Aude, bien sûr). Les grands-mères peuvent venir, les enfants ne doivent pas être oubliés.Venez nombreux!

    (Merci à l'artiste Anna Steane de Anna Steane Art pour l'affiche si poignante ci-dessus.)

  • Magie de Noël à Narbonne

    39154844_10216609084801555_7016068337759158272_n.jpgÀ Narbonne, en Occitanie, j'assistais à un spectacle de contes et de marionnettes destiné aux enfants, appelé Renata la Renne et la Magie de Noël, écrit par mon amie Rachel Salter secondée par Johan Brauns, et un élément m'a frappé par sa beauté. Car les personnages joués par des acteurs étaient soudain placés sur une petite scène au pied d'un rideau vert, sous la forme de marionnettes. Un autre espace s'ouvrait - plus intime, plus mystérieux, plus hiératique.

    Or, en son sein, une discussion s'élevait entre Renata la femme-renne et un certain Jean Gingembre, garde-forestier farouche et sans pitié, sur la Magie de Noël: le second affirmait qu'elle n'existait pas, et que l'important était de piéger les loups - pas de les apprivoiser. Le problème de Renata était en effet que le grand Caribou lui avait demandé d'inviter Louis le Loup au banquet de Noël, et qu'elle craignait de se faire dévorer...

    Jean Gingembre, tout à son matérialisme froid, essayait même de capturer le Père Noël. Finalement, des hauteurs de cette fenêtre du monde des marionnettes une poudre dorée tombait, recueillie par la belle Renata: elle matérialisait la magie de Noël, et j'adore, justement, qu'une force spirituelle soit manifestée - rendue visible par un objet devenu dès lors talisman, grigri.

    Or, dans la scène suivante, Renata, jouée par Rachel Salter, apparaissait en chair et en os devant le décor, et elle avait un sac rouge contenant la poudre jaune. À son appel, les enfants, levés de leurs 48383392_263330030983931_2639078509414187008_n.jpgchaises, venaient la chercher, et elle la leur versait dans les mains, afin qu'ils l'aident à résoudre son problème.

    Soudain, noir, grand, marchant sur deux jambes, vêtu d'une salopette bleue et joué par Johan Brauns, Louis le Loup apparaît, et s'en prend à Renata, affirmant adorer la chair de renne. À son cri, les enfants accourent pour jeter la poudre: le loup s'écroule, abattu par leur pouvoir d'anges.

    Le passage entre le monde secret, ou semi-secret des marionnettes, et les acteurs humains qui à leur tour se liaient aux enfants du public, avait quelque chose de magique en soi, qui aussi était la féerie de Noël. Comme si le monde avait plusieurs plans, et que, de plan en plan, on pouvait matérialiser la magie jusqu'à la faire venir dans le monde ordinaire. D'ailleurs, d'où tombait cette poudre d'or? Le plan, cette fois, était trop intime pour être montré. On ne pouvait que l'imaginer, ou le pressentir.

    Le loup finalement se relève et, converti au Bien, devient le bon ami de la Renne - dansant avec elle. Le retournement était sympathique, amusant. La magie ne doit pas seulement matérialiser des pouvoirs extraordinaires, comme dans la science-fiction américaine, mais aussi, et surtout, des puissances morales cachées. Ce qui agit dans le monde, et qui émane de l'amour. Cela existe plus qu'on ne croit.